La conclusion que F. Muamba ne tire pas : les d

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 François Muamba justifie "la grave décision" de suspendre la participation du MLC au Sénat…

Dans une interview au journal Le Potentiel, François Muamba, secrétaire général du MLC, justifie "la grave décision de suspendre la participation du MLC au Sénat, à l’Assemblée nationale, à l’Assemblée provinciale ville de Kinshasa". (Lire Le Potentiel de ce mercredi 9 juillet 2008). A notre humble avis, cette interview cerne mieux la question de l’insécurité sévissant au Congo. Elle en retrace une historique permettant de percer tant soit peu la nature exacte. Cette interview pourrait jouer le rôle d’un début d’une cure spirituelle que nous appelons depuis tout un temps de tous nos vœux. Elle aide à identifier la nature de la menace planant comme une épée de Damoclès sur les têtes des Congolais en tant que peuple. Cette interview mène à une conclusion que François ne tire pas: les dés sont pipés; le système est verrouillé.
 
Ce système impuissante les institutions issues des élections dites libres, transparentes et démocratiques. Les acteurs politiques siégeant au sein de ces institutions sont "envoûtés", c’est-à-dire leurs cœurs et leurs esprits ont été mangés par l’idolâtrie de l’argent et du pouvoir. A telle enseigne que vautrant dans ces institutions "sorcières" comme dans la boue, ils ont accepté de ne plus en sortir. Et les rares fois que les écailles leur tombent des yeux, ils estiment qu’ils ont fait un mauvais rêve; l’attrait de leurs idoles le conduit à remettre aux calendes grecques la défection du cercle "sorcier". Revenons à l’interview.
 
Menace identifiée !  
 
Prenant l’opinion publique congolaise à témoin, François Muamba lui rappelle "cette nuit où tout le monde s’attendait à la publication des résultats du premier tour au mois d’août 2006, la résidence du président du MLC, Jean-Pierre, notre permanence ont été l’objet d’une attaque par l’armée de la république démocratique du Congo, avec chars, mortiers, etc.".Après ce premier coup de semonce, "au mois de novembre, toujours dans les alentours de la résidence du président Bemba, des échanges des tirs ont lieu, avec toujours le MLC comme point de mire. Je ne reviens pas, dit François Muamba, sur les événements du 22-23 mars 2007 marqués par des attaques dirigées contre MLC."
 
Evoquant le cas de l’assassinat de Daniel Botethi, François Muamba avoue qu’"il se trouve qu’il a été assassiné dans des conditions qui ressemblent à toute une série d’attaques qui concernent la population en général, mais d’une manière particulière, un certain nombre d’élus." Il rappelle le cas d’Adolphe Onosumba, "ensuite Matadi Nenga, voire des officiers supérieurs de l’armée, en ce compris le secrétaire général de la défense. Je ne parle pas de Shabani Nonda, qui n’est pas un élu, mais une figure de proue du football, de ce que nous avons de meilleur dans ce pays." (La pègre s’attaque aussi à ce que notre pays a de meilleur!)
 
Cette violence délibérée ne semble même pas épargner "les Congolais de service" présents aux côtés de Joseph Kabila. François Muamba a "entendu dire que le Conseiller du président de la République, Antoine Ghonda, a été attaqué dans le même périmètre (de Ma Campagne transformé en un no man’s land)." 
 
L’instrument utilisé pour entretenir cette menace est "l’armée congolaise" (!) et plus particulièrement la Garde dite Républicaine. C’est-à-dire des Congolais et des étrangers réunis au sein de quelque chose semblable à une armée! "Ce sont les gens qui disent que ce sont des militaires de la Garde Républicaine. D’autres relèvent que ce n’est pas politique, c’est crapuleux. Ils prennent le risque d’être contredits par les faits. Nous constatons (…) qu’il y a dans ce quartier un stationnement anarchique des éléments disposant d’armes et minutions, ayant imposé dans ce périmètre la loi du Talion, du plus fort; donnant la mort à qui ils veulent, dépouillant qui ils veulent, faisant passer qui ils veulent. Ce sont quand même des faits vérifiables. Cette présence, sous cette forme-là, est porteuse d’insécurité en soi."
 
Dans l’assassinat de Daniel Botethi, "on est en train de nous dire par l’auditorat militaire qu’il ya trois ou quatre gardes républicains qui sont concernés. Eux-mêmes disent qu’il y a un militaire déserteur, un civil, ce n’est pas le MLC qui le dit." Et remontant la chaîne de responsabilités, François Muamba pose une question en y répondant lui-même: "Qui est le patron de l’armée dans ce pays, c’est le président de la République Joseph Kabila." Et le périmètre protégé par les escadrons de la mort est celui où Joseph Kabila a une demeure.  
 
Impuissance des institutions
 
François Muamba soutient que "depuis tout un temps, il y a des décisions que l’Etat (manqué) n’a pas prises." Et pour lui, "depuis longtemps, on n’a cessé, du haut de la tribune du Sénat, de l’Assemblée nationale, de décrier cette situation (de violence délibérée). Rappelez-vous cette affaire d’Onosumba. Tout le monde est monté au créneau, que ce soit dans la presse, ou au niveau de deux Chambres du Parlement pour réclamer des mesures de protection. Ces mesures n’ont jamais été prises."
 
Depuis qu’il est aux affaires, François témoigne que "dans ce pays, on nous a habitué à des déclarations et non pas des actions. La léthargie, ce n’est pas seulement en termes économiques et sociaux, mais aussi en termes sécuritaires." Il donne des exemples historiques vérifiables. "Regardez dit-il, ce que nous avions demandé quand un avion est tombé à Kingasani. Le discours était de condamner avant les enquêtes. Ensuite, laisser faire les commissions d’enquête parlementaire et gouvernementale. Et lorsque les conclusions sont déposées, ce sont des décisions idoines qui sont prises. Avez-vous le souvenir depuis les événements de Kingasani que quelqu’un a été puni par rapport à toutes ces missions d’enquête? N’est-ce pas qu’il y a eu entretemps un autre problème d’avion à Goma, même si ce n’est pas de même nature? Combien de temps, de morts nous faut-il pour sanctionner ou sinon prendre de véritables mesures pour que plus rien ne soit comme avant? Nous avons joué notre rôle, avoue François Muamba, et le sentiment qui s’est dégagé, c’est que cela ne sert pas à grand-chose. Partant, nous changeons de méthodes. Nous nous mettons dehors et nous disons: "Nous reviendrons quand vous aurez agi."
 
En effet, François Muamba n’est pas le premier député à constater que le rôle joué par les institutions de la troisième République ne sert pas à grand-chose.
 
Après ce constat, faut-il seulement changer de méthodes? Et changer de méthodes n’aurait-il pas exigé une étude minutieuse de la façon dont procède le camp d’où vient la menace? Passer du constat de la léthargie de l’action gouvernementale à l’étude des actions entreprises par les réseaux maffieux opérant avec les gouvernants pour que le Congo soit à jamais une vallée des larmes? Quand François Muamba pose cette question: "Combien de temps, de morts nous faut-il pour sanctionner ou sinon prendre de véritables mesures pour que plus rien ne soit comme avant?", il passe à côté de la plaque. La véritable question serait, à notre avis, celle-ci: " Combien de temps, de morts nous faut-il pour que" les Congolais de service" siégeant dans les institutions actuelles comprennent qu’ils sont les dindons d’une farce dont se moquent les tireurs de ficelles?
 
 
Une interview à conserver à jamais !  
 
Nous devrions rompre avec cette habitude nous poussant à parler de nos hommes politique, quelle que soit leur qualité, après leur passage sur cette terre des hommes. La sortie médiatique de François Muamba nous permet d’identifier davantage la menace qui pèse sur le Congo et ses commanditaires. Mais aussi les cibles privilégiées de cette menace.
 
Il ressort de cette interview que nous n’avons pas un Etat digne de ce nom mais un réseau de mercenaires. La langue de bois que François Muamba adopte à une certaine étape cette interview n’enlève rien à sa clarté.
 
Après avoir identifié cette menace et ses commanditaires, François Muamba et tous les siens devraient examiner ce qu’ils ont comme points forts. Et cela sans complaisance. Examiner froidement les atouts et les moyens dont ils disposent et les soutiens dont ils bénéficient. Après, examiner les points forts de leur propre camp et les moyens dont ils disposent.
 
(Soulignons que nos plus de 5000.000 de morts n’ont jamais ému les responsables politiques du monde entier. La fameuse communauté internationale n’a jamais inquiété Paul Kagame, Joseph Kabila, Laurent Nkunda comme elle est en train de le faire avec Mugabe. Passons.)
 
En lisant cette interview, il y a des questions qui demeurent sans réponse et des constats à faire Le pays ne dispose pas d’une armée citoyenne. Comment pouvons-nous, dès lors, sans une armée citoyenne, faire face à ceux qui instrumentalisent les escadrons de la mort commis aux trousses de notre peuple? De quels moyens disposons-nous pour faire face à ceux dont l’accession à de hauts postes de responsabilité a permis de disposer des réseaux efficaces dans l’entretien de la violence délibérée chez nous? Comment nous, Congolais, en sommes-nous arriver à croire que nous pouvons changer le monde par la simple parole? Combien de fois, les commanditaires de cette violence délibérée chez nous parlent-ils? Changer de méthode ne serait-il pas, pour plusieurs d’entre nous, engagés dans la lutte pour le renversement de la vapeur, nouer une alliance avec le silence et la discrétion? Changer de méthode ne consisterait-il pas aussi à rompre avec l’idolâtrie de l’argent et du pouvoir? Tant que nos hommes politiques seront des "Congolais de service" pour les prédateurs, se mettre momentanément en dehors des institutions favorisant l’impunité, la corruption, la prédation et la mort ne sera d’aucun secours pour un autre Congo que nous appelons de tous nos vœux. Les questions susmentionnées devraient nous mobiliser dans une quête collective et ininterrompue de sortie de l’imbroglio politique où notre pays est plongé…
 
Relisons cette interview, nous nous rendrons compte que les dés sont pipés. Le système est verrouillé. Rien de consistant ne se fera sans une grande rupture avec ce système criminogène, génocidaire et mortifère. Nos petites dénonciations, bien que nécessaires, n’y changeront rien. Même pas nos gris-gris (autour des reins et du cou).
 
Comprendre cela n’est pas au bout d’une petite sortie médiatique, mais au cœur d’une méditation permanente retraçant l’histoire de notre pays telle qu’elle est faite à travers la résistance de certains de ses fils et filles. Mais aussi à travers la trahison et la compromissions de certains autres, idolâtres de l’argent et du pouvoir.
 
Non. On ne peut pas servir deux maîtres, disait un certain Etranger d’Emmaüs. Non. On ne peut pas servir l’Amour Fraternel, la Vérité, la Justice, la Liberté, le Courage (en Dieu) et l’Argent (et le pouvoir pour le pouvoir). Sans un choix rationnel pour "Dieu" (Dieu est Amour dit Jean l’évangéliste), on devient comme l’or et l’argent. Ces idoles ont des yeux et ne voient pas. Des oreilles et n’entendent pas. Ils deviennent comme elles ceux et celles qui les adorent. Ils ont des yeux et ne voient pas. Des oreilles et n’entendent pas.
 
Il ne s’agit pas ici d’une prédication d’un illuminé. Mais plutôt d’une sagesse tirée de l’expérience millénaire des peuples et de la vie d’un Maître (de Sagesse) nommé Jésus. Le service de l’Argent et du Pouvoir élevés au niveau des divinités entraîne la haine des valeurs susmentionnées, le cynisme et le sadomasochisme.
 
Tel est le piège dans lequel de l’homme et de la femme politique congolais sont englués ainsi que tous ceux qui leur sont soumis. Voilà pourquoi une thérapeutique collective de désenvoûtement des cœurs et des esprits est devenue, pour nous, incontournable. Elle prendra beaucoup de temps et d’énergie ; elle invitera au silence certains d’entre nous et sacrifiera beaucoup de postes et de vies. Pour les morts en sursis que sont les veilleurs-protecteurs de la mémoire historique de nos populations et les autres ascètes du provisoire empêchant de penser en rond, faire avec la menace permanente de la mort suspendue sur leurs têtes est devenu une réalité quotidienne. François Muamba et le MLC le savent-ils? 
 
"Nous nous mettons dehors et nous disons: "Nous reviendrons quand vous aurez agi""
 
Voici un bout de phrase qui devrait se passer de tout commentaire! Depuis que François Muamba est aux affaires, il sait qu’il y a chez nous "ceux qui agissent efficacement" et ceux qui obéissent c’est-à-dire ceux qui subissent les actions des acteurs majeurs de la scène politique congolaise. L’opposition dite institutionnelle n’est qu’"une force de proposition". Or, aux dires de François Muamba, les propositions faites par cette opposition jusqu’à ce jour n’ont pas servi à grand-chose.
 
Au lieu de poser avec les siens la question du comment de cette inefficacité et d’initier des actions pouvant conduire ces acteurs majeurs à rompre avec un désordre politique suicidaire pour nos populations, François et le MLC leur disent: "Nous nous mettons dehors et nous disons: "Nous reviendrons quand vous aurez agi."" A supposer que les acteurs majeurs répondent à cet appel par une action stratégique préparant d’autres assassinats mais appâtant François Muamba et le MLC avec l’or et l’argent, comment ces derniers le sauront-ils? Parce qu’il ne dit pas: "Agissons ensemble mais "agissez" et nous reviendrons". Quelle garantie François Muamba a-t-il que ces acteurs majeurs changeront leur mode opératoire? Agir pourrait aussi signifier corrompre l’un ou l’autre "dignitaire" du MLC pour que l’opposition dite institutionnelle rentre dans les rangs. Quelle garantie François Muamba nous donne-t-il pour que quand le MLC aura repris les travaux demain, nous puissions croire qu’il a échappé à une action stratégie forte des conséquences négatives pour notre devenir commun? Cela d’autant plus que François Muamba sait, comme nous, que "dans ce pays, on nous a habitués à des déclarations et non pas d’actions." Qu’il ne comprenne pas que se fier aux initiateurs des déclarations non suivies d’actions est une porte ouverte sur le suicide collectif, voilà où se situe la sorcellerie.
 
Non. Sans une rupture de l’ordre politique actuel pour une refondation d’un autre Congo, il n’y aura rien de bon sous le soleil congolais. Il appartient aux "utopistes Congolais" de continuer de fourbir les armes de cette rupture refondatrice. Car, à lire l’interview de François Muamba donnée au journal Le Potentiel, il semble que le MLC et l’opposition dite institutionnelle "ensorcelés" ne sont pas partants pour cette autre lutte. "Baza ko rond point"!
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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