La Fondation Beni-Lubero

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Comment éviter une escalade destructive du conflit ouvert depuis le 6 janvier dernier par médias interposés au sein de la «Convention des Fédéralistes pour la Démocratie Chrétienne», COFEDEC en sigle ? Comme la COFEDEC est un parti politique d’inspiration chrétienne, nous voulons proposer dans cette petite réflexion une voie chrétienne de sortie de crise, à côté de la voie politique que les uns et les autres ont déjà proposée, à savoir, l’application des statuts et du règlement d’ordre intérieur de la COFEDEC.
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Selon Douglas Johnston et Cynthia Sampson[1] la religion est la dimension manquante de l’art de diriger un état car, poursuivent-ils, ce qu’on appelle problème politique est aussi, très souvent, un problème spirituel, une crise morale des acteurs. C’est pourquoi, quand on oublie l’aspect spirituel d’une crise dite politique, plusieurs stratégies de résolution de conflit n’aboutissent pas. Pour appuyer la voie politique dans la résolution de la crise au sein de la COFEDEC, nous proposons une voie chrétienne comme issue au conflit qui tend à diviser ses membres entre partisans de l’Honorable Pierre Pay Pay et ceux du Président National Venant Tshipasa.
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La particularité de la voie chrétienne est qu’elle vise la guérison et la réconciliation des cœurs des parties au conflit dans la vérité et ne connait ni vaincus ni gagnants à la fin du processus. Seule la vérité gagne et triomphe. Dans la cas de la COFEDEC, c’est le parti politique COFEDEC, ses textes fondateurs, son esprit chrétien, qui doivent gagner. La solution chrétienne permet ainsi de mettre fin au cycle de la violence qui souvent transforme les gagnants d’aujourd’hui à bourreaux de demain.
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En parcourant les différents communiqués de presse et déclarations des uns et des autres, on constate que les relations au sein de la COFEDEC sont toujours marquées par une certaine courtoisie et que personne n’a violé une loi de la République pour être traduit en justice. Malgré le débat houleux par médias interposés, la crise est donc encore transformable en opportunité de croissance. Ainsi par exemple, dans son interview rediffusée à Goma par Radio Kivu 1, le Président National Venant Tshipasa reconnait que l’Honorable Pay Pay est un grand politicien congolais et que la porte du parti lui est toujours ouverte. De son côté, l’Honorable Pay Pay, dont la suspension a soulevé la base de la COFEDEC au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, garde son calme et continue de remplir sa mission de représentant de la ville de Butembo à l’Assemblée Nationale. Le député Lusenge Bonane qui avait trouvé que son premier message n’était pas bien compris, a fait une mise au point dans un deuxième et un troisième message. On n’a pas non plus un seul mot de Mme Kavira Mapera dont la promotion comme Ministre de la Culture et Art fait parti de la goutte qui a fait déborder le vase. Bref, le capital social de réconciliation au sein de la COFEDEC paraît ainsi encore très grand.
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Mais la question qui demeure est celle de savoir pourquoi tout ce capital social de réconciliation n’est pas mis en contribution pour résoudre le conflit au sein de la COFEDEC ?
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En parcourant le message de l’Honorable Domi Kabuyaya, Député Provincial du Nord-Kivu, certains observateurs pensent que le non-dit de la crise qui secoue la COFEDEC, membre de l’AMP, est le partage de son quota avec les ex-rebelles du CNDP/RCD-Goma dans la Province du Nord-Kivu et dans les Institutions nationales. Les militants du Nord-Kivu dont certains ont versé le sang à Rutshuru pour la COFEDEC pendant les élections de 2006 seraient furieux de voir leurs adversaires d’hier rafler les postes juteux qui, d’après des accords au sein de l’AMP, reviendraient à la COFEDEC. Le départ de Mme Kavira Mapera de la Cohydro pour prendre la place d’un autre élu de la ville de Butembo, s’expliquerait aussi par ce jeu des chaises musicales créé par l’intégration directe ou indirecte des ex-rebelles du CNDP dans les institutions nationales, la pratique des hommes ( ou femmes) de paille étant toujours en vigueur en R.D. Congo. Si l’hypothèse ci-dessus est vraie, on comprendrait pourquoi le Président National de la COFEDEC gérerait en solitaire ce dossier sale et très sensible pour tout le pays. Le même dilemme concernerait aussi d’autres partis politiques membres de l’AMP pour qui l’intégration du CNDP en dehors du mécanisme constitutionnel présente des risques énormes aux prochaines elections, pas seulement au Nord-Kivu mais partout en R.D.Congo. Si les différents accords de partage de pouvoir avec le CNDP s’étaient faits à huis clos, le partage du pouvoir nécessite, quant à lui, une préparation et un dialogue franc avec tous les cadres et membres du parti. Au niveau national, le même problème se pose déjà avec le retour des soi-disant refugiés congolais du Rwanda et de l’Ouganda. N’ayant pas été préparés au grand retour des « retournés » le risque de Resistance des autochtones est très grand !
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La bonne nouvelle est que, pour la voie chrétienne, rien n’est impossible, y compris cette intégration directe ou indirecte des ex-rebelles du CNDP ! En d’autres termes, en fouillant dans son héritage chrétien, la COFEDEC peut se passer du luxe d’une dictature machiavélique pour résoudre ce conflit.
L’exemple des apôtres de Jésus qui était confronté au problème d’intégration des païens et autres incirconcis dans l’Eglise chrétienne, peut éclairer la COFEDEC. Pierre, le président du collège de douze apôtres, n’avait pas essayé de résoudre ce problème seul. Au contraire, les Apôtres se concertèrent pour résoudre le conflit par un Congrès (ou Concile) à Jérusalem (Actes 15, 1-20). Le dialogue et l’expérience de chacun des apôtres permirent ainsi de découvrir la meilleure formule d’intégration des païens et des incirconcis dans l’Eglise chrétienne. Notez que l’intégration des païens n’avait pas déposséder les juifs de leurs privilèges, car les membres de la communauté chrétienne composée de juifs et des ex-païens étaient appelés à la mise en commun des biens et au partage sans discrimination aucune.
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L’avenir politique de la COFEDEC dépend ainsi de la résolution de ce qui se révèle être un double conflit : la gestion de l’alliance de la COFEDEC avec l’AMP et le partage du quota politique de la COFEDEC avec les ex-rebelles du CNDP au Nord-Kivu et dans les Institutions nationales. A la COFEDEC comme aux autres partis politiques de l’AMP confrontés à ce problème, nous proposons la voie chrétienne pour laquelle rien n’est impossible, y compris l’amour de l’ennemi, le pardon du bourreau, etc. Cependant, une résolution pacifique du conflit à la chrétienne se prépare par le dialogue dans la vérité, autour d’une table ronde où chacun a droit à la parole et où la décision est prise de manière collégiale ou consensuelle.
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La proposition de l’organisation d’un congrès de la COFEDEC nous parait ainsi une urgence et une nécessité pour consolider le dialogue et la transparence au sein de la communauté politique COFEDEC. Mais ce dialogue et cette transparence ne seront concluants que s’ils s’inspirent aussi de valeurs chrétiennes de la justice, de l’amour de l’ennemi, du pardon, de la réconciliation, etc. La résolution pacifique du conflit actuel sera une preuve que la COFEDEC est vraiment une démocratie chrétienne et non une dictature césarienne.
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Proposition de paix de la Fondation Beni-Lubero
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©Beni-Lubero Online


[1] Douglas Johnston (ed) & Cynthia Sampson ( ed), Religion, the missing dimension of statecraft, Oxford University Press, 1995.

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