La justice pour F. Chebeya pourra-t-elle ouvrir la voie aux cas en souffrance ?

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En parcourant les réactions des congolais à la suite de l’assassinat du Président de la Voix des sans Voix, Floribert Chebeya Bahizire et la disparition de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi, on retrouve un pessimisme mêlé à beaucoup d’espoir que cette fois-ci la Communauté Internationale contraindra le régime de Kinshasa de rendre justice dans cet assassinat ignoble et de reconsidérer les autres cas similaires restés pendants. Dans ce cas de figure, le régime congolais, la communauté internationale, ainsi que le peuple congolais sortiraient tous vainqueurs et champions de la justice.
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Mais au stade actuel de l’enquête sur l’assassinat ignoble de Floribert Chebeya, on est encore loin d’un tel heureux dénouement. Une des causes du pessimisme qui persiste vis-à-vis du régime de Kinshasa congolais est le non-aboutissement des enquêtes et des procès judiciaires du passé récent dans des dossiers similaires d’assassinats ou des massacres des populations congolaises.
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Le même pessimisme concerne la Communauté Internationale, spécialement les grandes puissances soupçonnées de tirer dans l’ombre les ficelles de la balkanisation du pays en utilisant la violence comme moyen de venir à bout de la résistance congolaise pour que la balkanisation du pays qui paraît aujourd’hui politiquement impossible devienne demain politiquement inévitable. En effet, cette communauté internationale a déjà perdu sa crédibilité en R.D.Congo à la suite de son inaction vis-à-vis de l’holocauste des Congolais et de son soutien sans faille aux régimes totalitaires de la région des Grands Lacs africains responsables des massacres des millions des congolais et du pillage des ressources minières de la R.D.Congo.
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La liste des dossiers de justice restés pendants en R.D.Congo au vu et au su de cette communauté internationale, est longue. Nous en citons quelques cas :
– L’holocauste Congolais (1996-2010) avec ses six millions des morts sans justice,
– Le procès des assassins de Mzee Laurent Désiré Kabila,
– Le Massacre de Kikyo/Kalemire de 1998 en Ville de Butembo
– Les massacres de Kiwanja en Territoire de Rutshuru en 2008,
– Les Massacres des adeptes de Bundu dia Kongo
– Les Massacres de Dungu en Province Orientale
– Les Massacres de Kasika et de Makobola
– L’affaire Bosco Ntanganda et la CPI
– L’affaire de Laurent Nkunda
– L’assassinat de : Pascal Kabungulu, Serge Maheshe, Pasteur Lukusa, Daniel Bothethi, Aimée Kabila, Franck Ngyke, Bapwa Mwamba, Didace Namujimbo, Albert Prigogine Ngezayo , Patient Montigoma, etc.
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Si la justice n’a jamais été concluante dans les cas ci-dessus, qu’est-ce qui peut justifier le contraire dans le cas de l’assassinat de Floribert Chebeya? La communauté internationale qui ne veut pas agir depuis 1996 pour arrêter l’holocauste congolais avec ses six millions des morts, pourquoi agirait-elle aujourd’hui dans le cas de Floribert Chebeya ? Peut-elle appliquer une justice à deux vitesses et convaincre les congolais ?
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Reconnaissons que jusque-là cette communauté internationale suscite un peu d’optimisme depuis sa condamnation sans ambages de ce crime crapuleux et sa pression sur le régime de Kinshasa de rendre justice. Toute la question est de savoir si ces puissances pourraient cette-fois ci aller au-delà de ces déclarations d’intention et de ces minutes de silence observées dans leurs hémicycles en mémoire de Floribert Chebeya pour appuyer les efforts des congolais qui luttent pour l’instauration de la démocratie en R.D.Congo. En effet, cela fait dix ans que la communauté internationale parle du conflit congolais comme le plus meurtrier du monde depuis la deuxième guerre mondiale. Mais le Conseil de Sécurité de l’ONU qui est l’organe exécutif des nations dites libres et souveraines n’a jamais dépassé l’étape du discours et des missions en R.D.Congo pour voter des lois contraignantes à l’encontre des coupables et artisans de cette catastrophe. C’est ainsi, qu’à ce stade de l’enquête, les congolais ont le droit de se méfier de larmes des crocodiles que les caciques de ce Conseil de Securité font tomber aujourd’hui pour pleurer Floribert Chebeya. La bonne volonté de cette communauté internationale représentée en R.D.Congo par la Monuc et bientôt par la Monusco se mesurera à l’aune de sa défense des populations civiles congolaises à la merci des régimes totalitaires de la région des Grands Lacs.
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On attend aussi du régime de Kinshasa des signaux forts de conversion à la justice juste. A ce stade, plusieurs analystes trouvent que le régime de Kinshasa ne s’est pas encore démarquer de son modus operandi et sa politique de deux poids, deux mesures, en dépit de la rapidité avec laquelle il a retrouvé et arrêté les présumés assassins de Floribert Chebeya. On constate en effet que l’assassinat de Floribert Chebeya n’a pas encore eu l’effet escompté dans le chef du régime de Kinshasa, notamment son engagement au respect des droits humains. La preuve n’est rien d’autre que le remplaçant de John Numbi, bien qu’à titre conservatoire. Le Général Charles Bisengimana qui assure l’intérim de John Numbi est cité entre autres choses, dans le massacre des refugiés Hutu du Camp de Mugunga au Nord-Kivu entre 1996-1997. Qu’est-ce qui prouve qu’il fera mieux que John Numbi lui a qui déjà un passé criminel ? Sous d’autres cieux, le remplaçant de John Numbi devrait tout sauf quelqu’un qui a déjà du sang sur ses mains.
Trois jours après sa nomination, la communauté internationale qui avait diligenté l’enquête où il est cité comme un des auteurs matériels du massacre des refugiés Hutu ferme l’oeil. Les congolais quant à eux s’attendent à l’extension de la tolérance zéro sur tous les autres cas sus-évoqués dont certains concernent des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité. Mais que faire pour que le régime de Kinshasa ainsi que la communauté internationale ne fassent pas de lapin une fois de plus aux congolais?
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Guy de Boeck du Congo Forum prévient en ces termes les congolais qui demandent des enquêteurs internationaux pour déterminer les circonstances exactes de l’assassinat de Floribert Chebeya :
« Compte tenu de ce que le Congo est la cible d’un réseau très international de pillage, on peut se demander aussi si des enquêteurs internationaux seront tellement plus crédibles que des policiers congolais ! Voyez les gymnastiques judiciaires auxquelles la France se livre à propos du Rwanda, pour priver de tout contenu et de toute conséquence les actes du juge Bruguière. Considérez le fait que les Etats-Unis, jusqu’à preuve du contraire, ont toujours pour allié régional privilégié le Rwanda. Réfléchissez à ceci : combien d’hommes politiques occidentaux avez-vous déjà vus en photo, en train d’utiliser leurs téléphones potables, qui contiennent presque tous du coltan pillé au Congo ; et combien d’entre eux accepteraient de les payer plus cher pour que cessent les meurtres et les viols qu’ils condamnent si sévèrement à toutes les tribunes internationales. Des mots !
La justice, dans les « démocraties » occidentales, est inféodée, comme le reste de l’appareil d’état, au pouvoir de l’argent. Et ce sont les groupes financiers occidentaux qui tirent profit du pillage du Congo. Certes, il arrive que des magistrats héroïques s’y opposent. Mais ce ne sont pas ceux qu’on enverra… » ( extrait d’un article de Guy de Boeck,Enquête Chebeya: Peut-on puiser de l’eau claire dans un trou d’eau sale? publié par Beni-Lubero Online le 8 juin 2010)
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Le peuple congolais doit ainsi par la voie de ses organisations et de ses propres experts s’approprier l’enquête pour ne pas tomber dans les panneaux des spécialistes à la solde de ceux-là même qui soutiennent le capitalisme du désastre en R.D.Congo.
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Pour bien mener l’enquête au-delà de la passion de premiers jours jusqu’à un dénouement final objectif, J.P. Mbelu plaide pour « la création du Cercle des Amis de Floribert Chebeya » dont un des objectifs serait de mettre « hors d’état d’agir les marionnettes dont se servent les balkanisateurs de notre pays ».
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Le Cercle des Amis de Floribert Chebeya peut devenir un interstice pour des actions de résistance concertées. (Une résistance à transformer en pouvoir.) Il peut devenir le lieu où nous échangeons les échos de la résistance. Y adhérer ne signifierait pas renoncer à nos autres appartenances. Cela serait synonyme de fédérer toutes les énergies positives de notre pays pour une rupture déterminée avec le système de la mort ayant pris nos populations en otage depuis 1996. Le Cercle des Amis de Floribert Chebeya nous aiderait à aller au-delà de l’émotion que son assassinat a provoquée pour regarder, constamment, en face, le système mortifère mis en place chez nous et à travailler au renversement des rapports de force (Cfr. Article J.-P Mbelu, L’assassinat de Floribert Chebeya et la question d’une enquête crédible. Plaidoyer pour la création du Cercle des Amis de ce digne fils du Congo publié par Beni-Lubero Online le 8 juin 2010)
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©Beni-Lubero Online
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