La Peur d’un Coup d’Etat

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Le dernier rapport de Human Rigths Watch et le devenir de la démocratie au Congo

Revenant sur certains secrets de polichinelle, le dernier rapport (du 25 novembre 2008) de l’organisation pour la défense des droits de l’homme, l’ONG américaine Human Right Watch (HRW en sigle), est venue confirmer les appréhensions « des empêcheurs de penser en rond congolais »: au Congo, chaque jour, « le gouvernement nouvellement élu restreint brutalement l’espace démocratique » par l’usage illégal et illégitime de la force. HRW note que « les méthodes brutales et répressives utilisées par le Président Kabila et ses conseillers sont emblématiques du recours à la violence pour museler les opposants. » Les massacres à répétition des journalistes, la traque des défenseurs des droits de l’homme et de tous ceux qui contrarient le pouvoir en place au Congo ont conduit l’opposition institutionnelle à affirmer, dans son dernier rapport (cf. site web de Congoforum), que les gouvernants actuels ont choisi la méthode militariste comme l’unique voie de résolution des questions que pose la gestion quotidienne de la res publica.
Pourquoi cette méthode?
Pourquoi cet usage illégal et illégitime de la force? La réponse de HRW est limpide: « Le manque de popularité du gouvernement dans l’ouest du Congo, et la crainte de perdre le pouvoir à la suite d’un coup d’Etat militaire, ont dominé les discussions politiques entre Kabila et ses conseillers au cours de leurs deux premières années d’administration. » Donc, l’entourage de Kabila, malgré son discours officiel sur la popularité du « Raïs » et les sondages bidon organisés par « le Point », savait que le jeune président n’avait pas conquis les cœurs et les esprits d’un grand nombre d’ouest-congolais.
Dans ce contexte, « d’après de nombreux officiers militaires et de renseignement et d’autres personnes de l’entourage de Kabila qui ont été interrogés par Human Right Watch, Kabila a donné le ton et la direction de la répression. En donnant ses ordres, il a parlé « d’écraser » ou de « neutraliser » les « ennemis de la démocratie », « les terroristes » et « les sauvages », impliquant qu’il était acceptable d’utiliser une force illégale contre eux. » Dans sa folie meurtrière, Joseph Kabila, aidé par ses escadrons de la mort, est allé au-delà de ses opposants politiques. En mars 2007, « l’utilisation d’armes lourdes pendant un jour ouvrable animé au centre de Kinshasa a fait des centaines de victimes parmi les civils et aussi de nombreux blessés (…) » témoigne que, dans l’entendement du « Raïs », tous les Congolais, en marge de ses proches, sont à neutraliser et à écraser.
Questionné sur cette méthode militariste, « la réponse du gouvernement congolais (…) a été le démenti et la dissimulation. » Et pourtant, « des cadavres ont été jetés dans le fleuve Congo, enterrés en secret dans des fosses communes, ou bien on s’ en est débarrassé de diverses façons. »
Voilà qui nous convainc que la signification du symbole que représente Joseph Kabila est dangereuse. « Le Raïs » représente les forces de la mort et en bon élève de l’école FPR/APR, il est têtu. On dirait que pour lui, tuer est un exercice qui ne l’émeut pas…
Rejet du rapport de HRW
Après la publication du rapport de HRW, l’explication de son caractère accablant par le complot a été faite. Depuis que le Congo a signé les contrats léonins avec la Chine, « le méchant Occident » lui en veut au point de fabriquer des rapports fantaisistes au sujet de son jeune président tout en oublier son attachement à la protection des droits de l’homme, a-t-on entendu dire dans l’entourage de Joseph Kabila.
Pour cet entourage, c’est une opposition institutionnelle manipulée par « le méchant Occident » qui a enfoncé le clou en publiant, quelque temps après HRW, un rapport plus qu’accablant.
Pour cet entourage, quand « à Bukavu, à Goma mais aussi à Kinshasa, l’opinion constate avec inquiétude que dans le « nouveau Congo », «on tue désormais les gens dans la rue» alors que du temps de Mobutu, de tels crimes étaient plutôt rares et surtout qu’ils étaient le plus souvent commis par les « Hiboux », membres de la Division spéciale présidentielle » (Lire le carnet de C. BRAECKMAN, Journalistes dans la ligne de tir et critiques de Human Right Watch), elle émet des critiques dénué de tout fondement. Pour cet entourage de « mangeurs », quand Colette Braeckman, assimilée à une conseillère officieuse de Joseph Kabila dans certains milieux congolais demande: « Comment concilier ces assassinats, qui semblent être d’origine mafieuse ou politique, avec l’état de droit dont les élections de 2006 auraient du marquer la naissance, avec « la fin de la récréation » solennellement annoncée par le président le jour de son investiture ? », elle pose des questions dénuées de tout sens.
Néanmoins, cet entourage, mangeant à toutes les sauces, laisse filtrer certaines informations aidant à mieux connaître le modus operandi du « Raïs ». Il est même possible que sa propension à manger à tous les râteliers le pousse à vendre la peau du « Raïs » pour une bouchée de pain…
D’autres preuves du militarisme kabiliste
Aussi, les preuves matérielles du militarisme du pouvoir en place au Congo ne cessent d’être données. Les dernières nous viennent du MLC après sa tournée au Bas-Congo le week-end du 22 au 25 novembre 2008. Interrogés sur les questions d’actualité, les députés et les sénateurs qu’accompagnaient deux éléments de la Police commis à leur sécurité à partir de Kinshasa se sont retrouvé abandonnés à leur triste sort après qu’ils aient répondus à nos compatriotes. « Ayant téléphoné aux chefs de Kinshasa, ils entendront dire ceci: « Honorables ce que vous dites à la population crée des susceptibilités dans certaines Directions de la Police et par conséquent ordre a été donné de retirer les policiers. »(Lire la motion d’information au Parlement sur les manifestions du MLC au Bas-Congo du 04 décembre 2008). Et le Secrétaire général du MLC de conclure: « Honorable Président, lorsque dans un pays les Autorités en place dénient volontairement aux opposants le droit à la sécurité, au seul motif que leur discours politique n’épouse pas la pensée de ceux qui gouvernement, cela porte un nom: dictature. »
Quand à l’étape de Boma la délégation du MLC verra sa sécurité assurer par la Police locale, elle apprendra que « des officiers et agents de la Police Nationale parmi ceux qui ont assuré notre protection ont été interpelés, arrêtés et conduits à l’Inspection Provinciale de la Police de Matadi. »
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De quel coin du Congo sont ces officiers? De l’Equateur! Il y a là comme un acharnement du pouvoir en place de « génocider » les compatriotes de l’Equateur en instrumentalisant les ressortissants des autres provinces et plus particulièrement certains compatriotes du Katanga.
Et « devant pareilles situations, conclut François Mwamba, nous sommes contraints de nous interroger à nouveau: comment qualifier un régime politique qui confisque, à son seul bénéfice, tous les instruments du pouvoir: l’Armée, la Police, les Services Spéciaux et les médias d’Etat? N’est-ce pas qu’il est convenu de l’appeler un Régime totalitaire? » Poser cette question, c’est y répondre.
Petits pas de démocratie et menaces pathologiques
De toutes les façons, en lisant le rapport de HRW, celui de l’opposition institutionnelle et la motion
d’information du MLC au Parlement, il y a lieu de dire que la démocratie naissante au Congo est menacée par deux pathologies: la dictature et le totalitarisme.
Ces pathologies posent des questions sérieuses sur le devenir de la démocratie chez nous. Ces questions invitent à un débat d’idées dépassant qui est loin d’être fait chez nous mais qui doit l’être si nous voulons que l’histoire cesse d’être une éternelle répétition des pathologies de la démocratie.
Et ces questions ont partie liée avec une certaine conception fantaisiste du dispositif représentatif comme celui issu de la mascarade électorale de 2006), avec une appréhension des élections comme moment unique et indépassable de la démocratie, avec une vue mesquine de la réduction de l’espace politique à l’entourage du « chef », avec un refus maladif de la pluralité comme caractéristique fondamentale de l’espace démocratique, avec une approche de la majorité comme unique lieu de l’expression de l’unanimité des vues sur la gestion de la res publica…
Il y a aussi la question de l’éducation aux valeurs douces de la paix, de la justice, du dialogue qui se pose. Dans un pays conçu comme « un gâteau » que se disputent des réseaux mafieux aussi violents les uns que les autres, la rhétorique démocratique peut cacher la violation permanente des textes fondateurs.
Au vu de ce qui se passe chez nous, il y a lieu de dire que l’un de nos péchés originels est d’avoir réduit le profil des candidats aux différentes élections à sa plus simple expression…Pour dire les choses simplement, la démocratie est une histoire exigeant un minimum d’ouverture d’esprit et cœur pour sa satisfaisante mise en pratique. Sans verser dans l’élitisme, disons que l’esprit démocratique ne repose pas sur les bourriques et les incapables. Il est l’ami d’une certaine « aristocratie »…, des « meilleurs », le temps de baliser la voie…
Cela étant, les petits pas faits par l’opposition institutionnelle dans sa remise en question des pathologies de la démocratie est déjà un exercice démocratique. Elle semble prouver, avec le temps, qu’elle peut changer les choses de l’intérieur.
Saura-t-elle persévérer sur cette voie et aller au-delà de la simple dénonciation pour institutionnaliser les lieux de contrôle (autres que les commissions) et du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif?
La Thaïlande a montré qu’un parti politique au pouvoir peut être suspendu et privé de la participation à la chose publique pendant cinq ans. L’Amérique Latine, avec son référendum récusatoire et son budget participatif, a montré qu’en dehors des élections, il y a moyen que le peuple prenne part à la gestion de la chose publique de manière permanente. N’est-ce pas cette faim de participation permanente à la gestion du pouvoir public que le MLC a palpée dans le Bas-Congo? (à suivre)
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J-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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