Le Congo risque de s

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Le court-termisme dans lequel s’enferment les gouvernants Congolais depuis les guerres de l’AFDL, du RCD et du CNDP risque d’avoir des conséquences graves dans un avenir assez proche. Notre pays risque de s’enfoncer dans une somalisation qui ne dit pas son nom.
 
Du côté des analystes et journalistes politiques, il arrive que nous soyons trop vite contents quand, sans une étude approfondie des stratégies auxquelles recourent « les cosmocrates » et leurs supplétifs-bandits de grand chemin, nous croyons trop rapidement à leur rhétorique. Après qu’ils nous aient fait croire que la paix à l’Est de notre pays pouvait se passer de la justice, tous ces bandits ont été déversés dans les institutions du pays et dans l’armée. Aujourd’hui, nous sommes étonnés que Global Witness témoigne que le CNDP, l’un des bras armé du Rwanda, contrôle les sites des matières premières stratégiques de notre pays. Dans l’entretemps, aucune action (en justice ou parlementaire) n’est engagée contre les gouvernants ayant troqué nos matières premières et la vie de nos masses populaires contre une paix de cimetière !
 
Dieu merci ! A l’extérieur du Congo, des voix ne cessent de s’élever pour décrier la marche lente mais sûre de notre pays et de la région des Grands Lacs vers leur somalisation. Tel est le cas (le plus récent) de la sénatrice Belge Els Schelfhout. Après qu’elle ait remarqué, lors de son voyage à l’Est de notre pays, que « tout le monde aime le Congo mais pas les Congolais », elle vient de mettre le doigt sur un secret de polichinelle.
 
Le 04 mars 2010, Els Schelfhout a interpellé le Ministre Vanackere (au Parlement) sur le contenu de son entretien avec le président rwandais Paul Kagame en janvier 2010. « Selon Schelfhout cette situation est injuste, vue l’influence significative du Rwanda sur la situation dans la Région des Grands Lacs en général et à l’Est du Congo en particulier. » Pour elle, « le régime rwandais est souvent estimé pour son développement économique. La grande inégalité dans ce développement montre qu’il n’est que la façade d’un régime dictatorial empêchant une culture démocratique, caractérisée par des élections libres et transparentes et d’un espace pour l’opposition, et le fonctionnement libre des militants des droits de l’homme et des journalistes. Depuis l’éclat de violence, début des années ’90, Kagame nourrit, pour le Rwanda – et pour lui même et son entourage-, deux objectifs: l’installation d’un allié à Kinshasa et le maintien d’une tutelle informelle à l’Est du Congo. Il n’est plus à démontrer que la présence militaire du régime rwandais dans les Kivus sert depuis bien longtemps des intérêts économiques et démographiques que des intérêts sécuritaires. C’est avec ce dernier prétexte qu’on légitime toutes ces actions. » (Lire tout l’article sur saverwanda.org)
 
La sénatrice Belge a, lors de sa question parlementaire, exprimé ses craintes sur ce qui pourrait advenir au Rwanda et à l’Est de notre pays si rien n’est fait pour que les prochaines élections aient lieu dans des conditions démocratiques au nom de « la bonne gouvernance » dont Kagame serait devenu « le champion ». A ses yeux, « cette ‘bonne gouvernance’ et le ‘crédit génocide’ dont Kagame profite depuis 1994 cachent un volcan couvert qu’est le Rwanda » et dont l’irruption coûterait encore une fois très cher aux populations rwandaise et congolaise (de l’Est).
 
L’attention accordée aux probables élections de 2011 (chez nous) risque de nous distraire. La campagne pour les présidentielles que certains d’entre nous ont déjà commencé nie notre présent fait des pillages et des exactions des escadrons de la mort installés par Kagame à l’Est de notre pays.
 
Si, dans un récent article, nous avons recommandé un soutien à Victoire Ingabire et à ses alliés au Rwanda, ces forces du changement qui ont pris le risque d’affronter Kagame sur le terrain du Rwanda, c’est parce qu’elles semblent, à notre avis, incarner une lueur d’espoir pour un avenir différent dans l’Afrique des Grands Lacs. Nos luttes externes sont certes importantes. Elles ne peuvent porter du bon fruit que si elles se mènent en synergie avec celles des forces du changement internes.
 
Malgré toutes les critiques que nous formulons à l’endroit des partenaires extérieurs, un certain esprit de discernement devrait imprégner toutes nos actions afin que nous ne manquions pas les occasions qui nous sont offertes pour identifier parmi eux « les empêcheurs de penser en rond » afin qu’ensemble, nous puissions travailler à l’écroulement des murs de mensonge et de désinformation bâtis pour les actuels gouvernants des pays des Grands Lacs. En évitant de tomber fanatiques des discours démagogiques.
Disons que refusant de nous laisser distraire par la petite bourgeoisie compradore, ces carriéristes de la politique (du ventre), attirée par le partage du gâteau en 2011, il est important que l’étude du plan de balkanisation de notre pays se poursuive et que les actions de lobbying interne et externe soit menées pour le désamorcer.
 
L’un des pièges que nous nous tendons est de dire : « Les partenaires traditionnels de notre pays sont contre le plan de balkanisation du Congo. Ils ont écrit à Joseph Kabila pour qu’il présente un plan détaillé de l’organisation des élections de 2011. Organisons-nous pour la campagne. » Et pourtant, ces mêmes partenaires soutiennent ce plan et livrent la guerre à la Chine sur notre sol.
 
Echapper à ce piège passerait par des questions du genre : « Qui achète les matières premières dont le Rwanda de Kagame organise la Bourse ? Ces acheteurs seraient-ils disposés à perdre un client leur facilitant la tâche ? Au cas où ils le mettraient dans le sac des pions interchangeables, la carte des élections au Congo (et au Rwanda) les séduirait-elle mieux qu’une autre ? Que pouvons-nous faire de mieux pour renverser les rapports de force dont Paul Kagame et ses alliés Congolais sont le signe ? »
 
Il y a donc un travail de réflexion qui doit accompagner, en permanence, toutes les actions pratiques (et panafricanistes) que nous avons à mener pour que notre pays et l’Afrique des Grands Lacs deviennent un espace vital où le bonheur collectif peut être partagé dans la paix et la justice. Pour le moment, le constat est amer : l’option à court-terme pour la paix sans la justice cause d’énormes dégâts à notre pays et risque de conduire à un nouvel embrasement de l’Afrique des Grands Las, au profit des capitalistes du désastre.
 
J.-P. Mbelu 
 
Les soldats Américains formeraient les soldats Congolais. Pourquoi ?
 
Quand nos journalistes rendent comptent de ce qui se passe chez nous, il arrive que leurs chroniques ne posent pas les questions de fond liées à l’occupation de notre espace vital par ceux qui, jusqu’à ce jour, sont « des amis » des escadrons de la mort de Paul Kagame. Qu’est-ce qui expliquerait le fait qu’après avoir formé et armé « ces tueurs Tutsi » qui ne cessent de semer la mort chez nous, les Etats-Unis décident, tout à coup, à partir d’Africom, de former les militaires Congolais ? Est-ce pour contribuer à la sécurité de notre espace vital ou garantir leurs intérêts platement économiques ? Où est-ce que, à travers leur histoire, les Etats-Unis, ont déjà participé à la promotion de la sécurité d’un peuple souverain ?
 
La réponse classique à cette dernière question est : le plan Marshall. Mais sur cette réponse, les avis divergent. Plusieurs analystes politiques occidentaux estiment que ce plan « s’inscrivait dans l’effort pour faire basculer l’Europe d’une économie fondée sur le charbon à une économie fondée sur le pétrole et rendre les pays européens plus dépendants des Etats-Unis. » Et Noam Chomsky ajoute : « L’aide du plan Marshall à la France a juste couvert les coûts de son effort pour reconquérir l’Indochine. Donc, le contribuable américain n’a pas reconstruit la France. Il a payé les Français afin qu’ils achètent des armes américaines pour écraser les Indochinois. Et il a payé les Pays-Bas pour qu’ils écrasent le mouvement indépendantiste en Indonésie. » (N. CHOMSKY, La doctrine des bonnes intentions, Paris, Fayard, 2006, p. 66-67)  
 
Pourquoi, les USA, grand soutien à Kagame hier, prétendent-t-ils travailler à sécuriser le Congo ? Ont-ils renoncé à leur projet farfelu de lutter contre le terrorisme au Darfour ? Ne seraient-ils pas fondamentalement guidés par certains de leurs principes hégémoniques consignés dans leurs archives ? Il nous semble que oui. Noam Chomsky rend compte de ces principes quand citant Zbigniew Brzezinski, le conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter, il note : « Les trois grands impératifs géostratégiques » des Etats-Unis : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives. » (Ibidem, p. 61).
  
Pour comprendre ce que les Américains font aujourd’hui, il est important d’examiner leur histoire. Surtout pour nous dont l’imaginaire dominé est par l’idée des USA en tant qu’ « une grande puissance généreuse » du monde ! Il est aussi important d’examiner leur vécu quotidien, leur aujourd’hui. Après Une guerre à 3000 milliards de dollars (2008), le Prix Nobel (américain) d’économie, Joseph Stiglitz, vient de publier Le triomphe de la cupidité, un livre très éclairant sur l’état actuel des USA.
 
Dans ce livre où il examine les tenants et les aboutissants de la crise financière actuelle, Joseph Stiglitz affirme, sans ambages, que le capitalisme à l’américaine a échoué et qu’un grand fossé s’est creusé entre les ploutocrates (très influents dans les décisions politiques prises par l’Etat) et les peuples Américains ; que la confiance n’existe plus entre ces deux classes sociales. Cette thèse vient d’être corroborée par le Président (dans un article publié par l’AFP ce matin de jeudi 11 mars 2011). Barack Obama soutient que de plus en plus d’Américains ne croient plus dans l’Etat. Pour sa part, Joseph Stiglitz écrit ce qui suit : « La conjonction du modèle individualiste et du fanatisme du marché a changé non seulement l’image que les gens avaient d’eux-mêmes et leurs préférences, mais aussi entre eux. Dans un monde d’individualisme acharné, la collectivité n’est guère utile et la confiance ne sert à rien. » (p.457) A son avis, « la crise financière a révélé et accéléré l’érosion de la confiance. Nous avons traité la confiance comme si elle allait de soi : résultat : elle est réduite. » (p.458) Joseph Stiglitz constate que son pays s’est enfoncé dans le court-termisme au nom du marché. La cupidité l’a emporté sur la responsabilité morale. « Nous nous sommes éloignés d’un meilleur équilibre entre l’individu et la collectivité (notamment l’Etat), entre le rôle du marché et celui de l’Etat, et nous sommes passés de relations personnelles fondées sur la confiance à des relations « de marché » appuyées sur les procédures judiciaires. » (p.462) Ce Prix Nobel de l’économie accuse son pays de manquer de vision. Il pense que « pour réussir à long terme, il faut une pensée à long terme -une vision-, mais aujourd’hui nous avons structuré les marchés selon des modalités qui encouragent l’orientation diamétralement opposée, et nous avons dissuadé l’Etat de combler le vide. » (p.462) Chez l’oncle Sam, tout est dicté par le gain facile et rapide de l’argent ; le vide moral et éthique s’en ressent. « Puisque gagner de l’argent est la fin de la vie, il n’y a aucune limite au comportement acceptable. » (p.442).  
 
Comment les USA considérés comme la plus grande puissance économique et militaire du monde en sont-ils arrivés là ?
 
Relisons le discours d’adieu à la nation tenue par le président Eisenhower le 17 janvier 1961 (date de la mort de Patrice Emery Lumumba) : « Cette conjonction d’un immense establishment militaire et d’une grande industrie d’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence est totale -économique, politique et même spirituelle- est ressentie dans toutes les villes, tous les parlements des Etats, tous les services de l’Etat fédéral. Néanmoins, ses graves conséquences ne doivent pas nous échapper. Notre travail, nos ressources, nos moyens d’existence sont concernés ; donc la structure même de notre société. » Cette mise en garde du président Eisenhower n’a jamais été entendue. Et « depuis un demi-siècle, ce complexe (militaro-industriel) s’est élargi : les intérêts particuliers qui déterminent la politique économique et sociale américaine comprennent aussi la finance, les produits pharmaceutiques, le pétrole et le charbon. Leur influence politique rend pratiquement impossible toute action publique rationnelle. » (p.464) D’où les USA sont-ils condamnés (pour combien de temps encore ?) à naviguer à vue. Et c’est à ce pays naviguant à vue que nous confions la formation de nos militaires pour nous sécuriser !
 
Il y a ici quelque chose qui ne va pas. C’est-à-dire que les vassaux des navigateurs à vue que sont les gouvernants de l’Afrique des Grands Lacs aujourd’hui, individualistes jusque dans la moelle épinière, veulent perpétuer la dépendance de nos populations à l’endroit de « leurs maîtres » sans que ces populations aient suffisamment de connaissance sur l’identité de ces « maîtres » et des lobbies qu’ils servent.
 
Il y a là un problème d’ignorance entretenue à dessein pour que ces vassaux règnent éternellement sur nos populations et que l’empire de « leurs maîtres » s’étende partout en Afrique des Grands Lacs. Les oppositions théâtrales entre ces vassaux fait partie du décor. Il y a aussi là une lutte à gagner : débarrasser l’Afrique des Grands Lacs des vassaux des navigateurs à vue, « ivres de la force » (Lire N. CHOMSKY, L’ivresse de la force. Entretiens avec David Barsamian, Paris, Fayard, 2008). Cette lutte mérite d’être menée sur fond d’un panafricanisme new look. C’est-à-dire un panafricanisme allant au-delà de l’instrumentalisation des ethnies et des tribus par « les ivrognes de la force » pour un soutien mutuel entre toutes les forces du changement de l’Afrique des Grands Lacs en particulier et de toute l’Afrique en général. (A ce point nommé, l’amalgame serait par exemple de faire de tous les Tutsis des extrémistes décriés par Charles Onana, de tous les Hutu des FDLR génocidaires, de tous les Congolais des collabos !)
 
Il nous semble que la lutte menée par les Nkrumah et les Lumumba doit être reprise à nouveaux frais. L’avenir de l’Afrique en dépend. Dans ce contexte, il serait par exemple envisageable que les forces du changement du Congo (RD) soutiennent la lutte que mènent Victoire Ingabire et ses alliés au Rwanda ; qu’elles en répercutent les échos. Un début de changement positif en politique au Rwanda peut avoir des incidences positives chez nous. Et vice-versa. Une autre Afrique naîtra de l’Union réfléchie, juste et équitable entre ses fils et ses filles et non des marchés des dupes entretenus par les vendeurs d’armes, « les petites mains » des trans et multinationales, chercheuses d’or, de cassitérite et de coltan pour moins qu’un sous et les autres charognards faisant de l’argent en dépeçant les cadavres de nos populations.
 
Celles-ci doivent être éduquées, formées et informées. Elles doivent connaître la nature et l’identité de ces vampires décriés par leurs peuples.
 
Pour tout prendre, disons que les soldats Américains ne vont pas former les nôtres. Ils sont là pour appliquer les principes de la géostratégie américaine de toujours et servir les intérêts de leurs lobbies financiers et militaro-industriels. Un point. Comprendre cela, c’est travailler à la renaissance du panafricanisme en dépassant les barrières créées artificiellement par « les ivrognes de la force » et « les idolâtres de l’argent ». Ce n’est pas facile. Cela prendra du temps.
 
J.-P. Mbelu
.
©Beni-Lubero Online
Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*