Le Consulat Am

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Au mois de décembre 2007, les USA ont ouvert un consulat à Goma sous-prétexte de faire avancer le processus de paix au Nord-Kivu. Notre intention dans cette réflexion n’est pas de revenir sur les circonstances floues de l’ouverture de ce consulat ni de faire son bilan, n’étant pas de la boîte. Dans notre réflexion, nous partirons de l’action du consulat américain tel que vu de l’extérieur par les Nord-Kivutiens.
 
Trois mois après l’ouverture du consulat des USA à Goma au Nord-Kivu, le consul américain fait parler de lui au Nord-Kivu où il a, selon les dires de plusieurs observateurs, volé la vedette et au Gouvernorat et à l’Assemblée Provinciale. Dans cette analyse des faits qui reprend des projections de nos dépêches de 2007 qui se réalisent malheureusement aujourd’hui à nos yeux, nous voulons une fois de plus attirer l’attention des congolais sur le danger persistant de la kosovisation du Kivu et sur la nécessité et l’urgence de créer une alternative locale à la politique de Kinshasa-Nkunda-Kigali-Consul américain, dont la mission semble être de kosoviser le Kivu en douceur. Pour mettre en échec cette mission, les kivutiens doivent travailler la main dans la main avec toutes les autres provinces du Congo. Le phénomène Bundu Dia Kongo montre  visiblement que l’ennemi veut l’utiliser pour précipiter la fin du Congo par une apocalypse programmée à Kinshasa, le siège des institutions nationales. C’est la deuxième fois qu’une guerre qui sévit au Nord-Kivu est aéroportée jusqu’au Bas-Congo pour tenter de changer l’ordre politique à Kinshasa et en R.D. Congo. On se rappellera qu’en 1998, l’appel patriotique de Mzee LDK ayant atteint toutes les provinces, l’ennemi était cueilli comme un fruit mûr au Bas-Congo et à Kimwenza, dans la périphérie de Kinshasa. Ensemble, les congolais sont plus forts qu’ils ne le croient. Les Lingalaphones ont cette belle expression que les griots de Mzee LDK avaient utilisé pour la mobilisation du peuple congolais : « Monguna aleka te » (Que l’ennemi ne passe pas). Ensemble, les congolais feront échec au plan de kosovisation du Kivu, du Bas-Congo, du Katanga, etc.
 
On se rappellera qu’au mois de septembre 2007 lors de l’Assemblée Générale de l’ONU, les USA, l’Angleterre, la France, la Belgique étaient parmi les pays qui avaient soutenu l’idée de la nomination par l’ONU d’un administrateur  international pour le Kivu. Cette proposition ressemblait beaucoup au schéma du Kosovo avec le français Bernard Kouchner comme Administrateur Civil et Haut Représentant de l’ONU de 1999 à 2001. La mission de Bernard Kouchner au Kosovo consistait à coordonner l’aide humanitaire et de travailler à l’élaboration des futures institutions démocratiques en dépit du refus catégorique des autorités serbes. Il en est de même du Nord-Kivu. En dépit de l’opposition radicale des congolais à la balkanisation du Congo, les actions de certaines grandes puissances sont des véritables signes de perte de souveraineté congolaise au Nord-Kivu. Passer outre les institutions issues des élections, donner de la voix aux rebelles, ouvrir des consulats dans la zone des rebelles, et prétendre en même temps pacifier la province.
 
Tenant compte du fait que depuis l’assassinat de Mzee LDK,  la R.D. Congo est de fait un pays sous-tutelle de certaines puissances impérialistes, les observateurs avertis voient des signes avant-coureurs de l’imposition du schéma Kosovo aux dirigeants congolais. Si les Kosovars cherchaient l’indépendance depuis longtemps, ce n’est pas le cas pour les Nord-Kivutiens dont la résistance à la balkanisation dure maintenant 12 ans, depuis le début de l’agression de la R.D. Congo par le Rwanda et l’Ouganda en 1996. Créer un territoire autonome au Congo pour des gens qui viendraient de l’étranger, est le scénario de la communauté internationale au Nord-Kivu. Pour les Nord-Kivutiens ce pari de la communauté internationale est impossible à moins qu’un autre génocide soit perpétré sur les congolais de la Province. Tailler une république autonome au Nord-Kivu pour les rwandophones serait non pas résoudre un conflit mais créer un nouveau conflit de toutes pièces. Mais le fait que les guerres passent aujourd’hui comme des entreprises les plus lucratives, peut expliquer pourquoi certaines puissances fomentent des conflits à travers le monde, y compris au Nord-Kivu.
 
En pareille circonstance, le peuple se tourne naturellement vers le Président de la République et vers ses élus pour ne pas faire les frais d’une puissance assoiffée d’argent ou de coltan. Les élus de la nation doivent mettre en pratique leur serment de servir et de défendre la nation.
 
Mais ceci n’est pas malheureusement le cas en R.D. Congo. Quand la rébellion de Nkunda avait éclatée à Sake,  le jour où Kabila avait prêté serment comme Président élu de la R.D. Congo, les yeux des congolais étaient alors tournés vers Joseph Kabila pour voir sa réaction vis-à-vis de cette rébellion trouble-fête. Le silence de Joseph Kabila devant le plus grand défi à son pouvoir n’avait pas tardé à pousser les Nord-Kivutiens à l’accuser de complicité avec son ami Laurent Nkundabatware. Joseph Kabila s’est en effet révélé mou et pas assez fort comme Mzee LDK pour s’opposer à la machine impérialiste qui veut en finir avec la R.D. Congo. Depuis lors, les puissances impérialistes font la loi au Nord-Kivu et cela dans tous les domaines allant de la santé, l’environnement, la douane, les routes, les églises, etc. Dans toutes les cités et villages du Nord-Kivu, il ne se passe un jour sans qu’une ONG y tienne un atelier de ceci ou de cela. Cette stratégie de développement encore en vigueur aujourd’hui a pour but de convaincre les Nord-Kivutiens croupissant dans la misère d’accepter un nouvel ordre politique dans la région.
 
Cette stratégie du développement pouvait réussir dans un pays qui n’a jamais été bien gouverné depuis toujours. Mais le fait que les puissances impérialistes aient choisi des bandits et des criminels étrangers déjà rejetés au niveau national pour prendre la place des élus du peuple, est la pesanteur qui fera s’affaisser voire s’effondrer le projet en cours.
 
Le fait que les puissances impérialistes aient misé jusqu’à présent sur les seules autorités dirigeantes du pays (Présidence, Parlement, Entreprises, Armée, Police) pour faire aboutir leur projet explique les péripéties actuelles. L’oubli du peuple à la base et du leadership local constitue l’échec du projet. Si le lavage des cerveaux des leaders nationaux avait réussi pendant les années de la dictature mobutienne, aujourd’hui le Congo a une vaste base socialement et politiquement éveillée. La Conférence de Goma avait certainement pour but de tendre la main à cette base sociale qu’on appelle faussement société civile. Mais la peur de devoir répondre aux vraies préoccupations de la base sociale a poussé les organisateurs ou les cerveaux moteurs du projet à passer outre cette voie obligée. Les Kivutiens ne se sont pas sentis représentés dans la conférence de Goma. Comme conséquence, il n’y a pas non plus eu de restitution des résolutions de la conférence à la base. Cette volonté délibérée de passer outre les élus du peuple et le dialogue avec la base sociale congolaise, est l’argument massue qui pèse contre les puissances impérialistes qui prétendent travailler pour la pacification du Congo. Leur modèle est visiblement l’agression, une agression habillée en processus de paix, développement, etc.  C’est ainsi que les associations du peuple congolais (le terme société civile n’est plus propre depuis que ses membres ont oublié les aspirations du peuple une fois au pouvoir) doivent interpeller les messieurs qui sillonnent le Kivu en particulier et le Congo en général sur les failles visibles de leur projet. L’exemple des associations du peuple du territoire de Beni qui ont mis les délégués de la CPI au pied du mur est à suivre. L’espoir du Congo est aujourd’hui entre les mains des associations du peuple depuis que le leadership national est tombé  à plat ventre dans le filet de l’impérialisme international.
 
 Les exemples sont nombreux ! Au Nord-Kivu, le gouvernement tergiverse pour protéger les populations contre les crimes contre l’humanité commis par Nkunda. Dans la Province Orientale, les Mbororo occupent des territoires entiers sans que l’armée nationale ne s’en mêle. Des signes que le gouvernement congolais a peur de passer outre le diktat de certaines puissances impérialistes sur le Kivu. Apparemment le Bas-Congo pour qui Kinshasa se bat n’était pas dans le plan original sinon le Bundu Dia Kongo aurait repoussé les Fardc comme le CNDP de Nkunda à Mushake et décrocher une conférence de paix à Luozi.
 
Un autre exemple criant est celui des combats sporadiques signalés au Nord-Kivu. Depuis la débâcle des Fardc à Mushake, les combats qui se poursuivent au Nord-Kivu sont mis sur le compte des forces négatives, des milices, des Mai-Mai, les Fardc ayant cessé de défendre la R.D. Congo au Nord-Kivu.   
 
L’administrateur civil du Nord-Kivu ce n’est ni le gouverneur, ni l’assemblée provinciale, ni les administrateurs du territoire, mais le consul américain. L’administrateur militaire n’est autre que le CNDP de Nkunda. Cette situation date de la Conférence de Goma qui a jeté les bases du statut spécial du Kivu. Les observateurs de la scène politique au Nord-Kivu sont unanimes pour confirmer ce fait accompli. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la mise à l’écart des institutions provinciales dans la gestion du Nord-Kivu. Plusieurs membres du Gouvernement Provincial ainsi que certains de l’Assemblée Provinciale affirment sous couvert de l’anonymat que le consulat américain leur a volé la vedette. D’après eux, le consulat américain est depuis la conférence de Goma, la plaque tournante de la vie politique au Nord-Kivu. D’après plusieurs témoignages des civils et des Mai-Mai qui participent aux réunions du comité de suivi de la Conférence de Goma, il n’y a que la parole du consul américain qui compte. C’est lui et lui seul qui est en mesure de faire revenir Nkunda ou les autres groupes sur la table du dialogue. L’abbé Malu Malu nommé Coordinateur National du Programme Amani n’est qu’une grosse mascarade du projet machiavélique sur le Kivu. Etant fils du Nord-Kivu, de tribu Nande, sa nomination n’a d’autre but que de tromper les Nande dont l’attachement à un Congo un et indivisible n’est plus à prouver. D’après les Mai-Mai qui ont participé à sa rencontre du début de cette semaine, le consul américain est le boss du Nord-Kivu. Malu-Malu n’est qu’un nième paravent qui vient compléter la série de Wamba Dia Wamba, Onusumba, etc. Aussitôt que leur mission était terminée, les héritiers Bizima, Ruberwa, apparaissaient pour prendre possession du règne.
 
De toutes les négociations actuelles entre Nkunda, les FDLR, et les Mai-Mai, le gouvernement de Kinshasa, même absent de la table des négociations,  est toujours accusé de ne pas remplir sa part de contrat. Pour plusieurs observateurs, cette part de contrat est bel et bien  la cession en bonne et due forme du Nord-Kivu à Nkunda. Avant la débâcle de Mushake, c’étaient les mêmes accusations qui étaient formulées à l’encontre de Kinshasa. Mais curieusement quand les rebelles de Nkunda ont ouvert leur feu, ils avaient attaqué les Fardc et épargné les FDLR. Chaque fois que les Fardc capitulent pour faire la paix, Nkunda fait resurgir les FDLR avec l’accusation qu’ils sont armés par Kinshasa. Ce jeu de Ping Pong avec les FDLR démontre bien que les FDLR ainsi que certains groupes Mai-Mai sont une pure création de Nkunda et de ses alliés internationaux pour maintenir le Kivu en état de guerre jusqu’à la capitulation du peuple congolais. Le fait de devoir passer par ce long contour pour faire aboutir leur projet démontre combien la guerre du Kivu n’a pas de fondement au Congo. Elle est une création extérieure au Congo, imposée au Congo, etc. Malheureusement l’hiérarchie congolaise ainsi que les politiciens congolais sont plus préoccupés par leurs intérêts égoïstes que de mettre à nu ce mensonge criant sur lequel repose la guerre au Kivu.  
 
Un autre exemple de ce jeu de Ping Pong avec les groupes armés, c’est leur gestion par d’un côté Kinshasa et de l’autre, Nkunda et Kigali. Nkunda instrumentalise les faux Mai-Mai et les FDLR et Joseph Kabila par la voie de ses ministres originaires du Kivu démobilise les vrais Mai-Mai, en leur promettant ceci ou cela. La dernière instrumentalisation en date est la démobilisation par un émissaire de Joseph Kabila de 817 vrais Mai-Mai qui étaient au camp dit de brassage de Nyaleke à Beni, sur la route de Mutwanga. Ces 817 vrais Mai-Mai de Beni-Lubero croupissent aujourd’hui dans le camp Lukusa de Kisangani où ils ne reçoivent aucune formation de brassage ou de démobilisation. Le transfert de ces vrais combattants  de Beni à Kisangani vise leur éloignement du terrain convoité par Nkunda. Depuis leur transfert, les officiers de Nkunda recrutent des jeunes partout à Beni-Lubero et les entrainerait dans le camp de brassage de Nyaleke. Il faut donc  être dupe pour croire qu’il y a une hostilité entre Kinshasa et Nkunda. La vraie hostilité existe entre Kinshasa-Nkunda-Kigali et le peuple congolais. La bataille ultime dont on parle aujourd’hui au Nord-Kivu, sera une fausse bataille entre le CNDP, les faux-Mai-Mai et les FDLR qui ne perdront aucun des leurs. Cette bataille ultime donnera l’occasion aux nouvelles forces occupantes de s’attaquer aux civils à même de résister à leur occupation. D’après plusieurs observateurs, le consul américain joue un grand rôle pour éviter un bain de sang lors de cette bataille ultime qui était programmée au cours de ce mois de mars 2008.   Autrement pour Nkunda et Kigali, les moyens militaires sont au point pour donner le coup de grâce au Kivu. L’œuvre du consul américain au Kivu est de rendre moins amère la pilule qu’on attend administrer aux kivutiens. L’abbé Malu Malu jouerait aussi la même mission dans sa province d’origine où les institutions étatiques issues des élections de 2006 qu’il avait lui-même organisées s’effacent devant ses yeux pour laisser la place aux rebelles. Le consulat américain est le centre actuel du pouvoir au Nord-Kivu.  Qu’on le dise ou pas, le consul américain administre le Nord-Kivu. A son actif, les observateurs de la vie politique au Nord-Kivu mettent le report de la guerre que le CNDP et son double du FPC s’apprêtait à lancer à partir de Rutshuru le mercredi 5 mars. Le mardi 4 mars dernier, une délégation américaine était arrivée à Rutshuru, notamment à Tsengerero, sur la route de Bunagana. Elle y avait tenue une réunion avec les rwandophones, hutu et tutsi qui se préparaient à hisser le drapeau de la République des Volcans le mercredi 5 mars 2008 à Rutshuru. Après la réunion, l’effervescence des rebelles avait sensiblement baissée de ton dans la contrée et le lancement de l’offensive finale de Nkunda n’avait pas eu lieu. Aux dires des observateurs, le consul américain ne veut pas de triomphalisme car il sait certainement qu’un retour de la manivelle est possible, tôt ou tard, dans la région. Son action qui sauvera certainement des vies humaines, déclenchera une catastrophe dans toute la région. Le consulat américain au Nord-Kivu est ainsi comparable au serpent à deux têtes qui mord avec une tête et souffle avec l’autre pour que la victime ne sente pas trop la douleur avant de mourir. Malgré tout la finalité est la mort.  Un proverbe tanzanien traduit si bien cette situation comme suit: « Nyoka wa Nduma-Kuwili, huuma akivuvia ». Jusqu’à quand durera ce sursis ?
 
S’il n’y a pas d’alternative à l’administration internationale actuelle du Nord-Kivu, la suite des événements risque de rester entre les mains du consulat américain. La mise à l’écart du Gouvernorat et de l’Assemblée Provinciale est le premier défi à relever. Les élus provinciaux doivent se battre pour le droit d’exercer leur mandat reçu du peuple. Parmi les questions à débattre, ils doivent absolument et urgemment inclure la gestion des groupes armés par Kinshasa, Nkunda-Kigali, pour mettre les uns et les autres devant leur responsabilité. Pour ne pas se laisser étouffer par la machine impérialiste active aujourd’hui au Congo, il faut inclure le peuple congolais dans le débat. Le peuple est la seule arme redoutable que les collabos congolais et leurs commanditaires internationaux ont peur de trouver sur leur passage.  Tous les calculs, toutes les prévisions machiavéliques contre le Kivu en particulier, et le Congo en général, peuvent être mises en déroute comme par le passé, si le peuple participe au chapitre. Pour y arriver, les leaders locaux doivent jouer un grand rôle dans la mobilisation du peuple pour la défense de ses droits humains fondamentaux! Les congolais épris de paix ainsi que les hommes et les femmes amis des congolais de par le monde, doivent contribuer matériellement pour l’accomplissement de ce devoir sacré : défendre sa patrie ! S’il y a une cause pour laquelle on peut mourir, c’est la défense de sa patrie. Réveillez-vous et Agissez aujourd’hui car demain peut être tard !
 
Rigobert Kanduki
Goma
Beni-Lubero Online

.

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*