Le Kivu refuse la Table Ronde improvis

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BLO publie sur cette page, diverses réactions à la question posée aux amis de Beni-Lubero Online sur l’omission des représentants des groupes armés de la liste des participants telle que fourni par Denis Kalume, Ministre de l’Intérieur. Les participants devaient tous lire la déclaration de Denis Kalume sur Radio Okapi édition de 21 mai 2007. Les réponses se sont étendues sur d’autres sujets tels le choix unilatéral de la date, du lieu, et de la durée de la table ronde, les questions à débattre…. Proposez-nous votre réaction en nous écrivant sur notre adresse email : benilubero@benilubero.com
 
1. L’annonce de la table ronde sur le Kivu annoncée aux Medias par Denis Kalume, Ministre de l’Intérieur de la R.D. Congo a surpris les Kivutiens car c’est la solution qu’ils attendaient le moins à l’insécurité généralisée dans cette partie que d’aucuns appellent le ventre mou du pays de tout temps. La légèreté avec laquelle Denis Kalume annonce cette table ronde montre que le gouvernement veut faire quelque chose pour la forme pour qu’un jour on ne dise qu’il n’avait rien tenté. Le gouvernement de Kinshasa est coince entre la promesse faite au peuple et celle faite aux rebelles de Nkunda. Son choix de satisfaire les rebelles de Nkunda est clair. A une situation aussi grave que celle qui sévit au Kivu on ne peut annoncer une table sans consultation ni préparation des élus et des Forces vives concernés une semaine avant. Les auteurs de l’insécurité étant connus de tous, pourquoi une table ronde au lieu de faire parler la justice congolaise à l’endroit des auteurs de l’insécurité ? La majorité des kivutiens s’attendaient à une solution militaire vis-à-vis des troupes rebelles de Nkunda et des FDLR. C’était aussi l’avis de Denis Kalume et de Joseph Kabila qui avaient promis aux Kivutiens qu’il n’y aurait pas de négociation avec Nkunda… Quel virage ? Nous pensons qu’une table ronde des populations du Kivu interviendrait après l’anéantissement de rebelles de Nkunda et de FDLR par la voie militaire pour que les populations libérées de leurs tueurs actuels, envisagent l’avenir avec optimisme. Tant que le tueur Nkunda se glorifiera de sa propre turpitude d’avoir nargué le Congo et ses leaders, il serait irresponsable de forcer une réconciliation avec sa bande des criminels impénitents. La table ronde de Kinshasa vise-t-elle à forcer une réconciliation avec le bourreau en faisant l’économie de la justice ? Peine perdue ! Le Kivu mérite mieux ! (Rigobert, Goma)
 
2. Pour tenter de trouver une solution à l’insécurité généralisée au Kivu, le Ministre de l’Intérieur Denis Kalume qui s’est confié à la Radio Okapi dans son édition du 21 mai 2007 propose un forum de 10 jours à Kinshasa à partir du dimanche 27 mai 2007 avec comme invités ceux qu’il appelle « des personnes intéressées », notamment l’élite politique au niveau de Kinshasa et au niveau de l’Est, la société civile, les communautés de base et les confessions religieuses.
Pour nous qui vivons au quotidien les affres de la violence au Kivu, une omission de taille ressort de cette énumération des personnes intéressées : les délégués des brigades mixées, des FDLR, des Rasta, des Mai-Mai, de Fardc, etc. La table ronde de Denis Kalume ne peut être ronde sans les délégués de Nkunda, des FDLR, des Mai-Mai, des Rasta, des Fardc, etc… (David, Goma)
 
3. Parmi les questions à débattre, les participants de la table ronde devraient exiger comme préalable la publication des Accords conclus en huis clos entre Kinshasa et Nkunda. En dévoilant le texte de ces accords, Kinshasa montrerait sa bonne foi et sa volonté de créer un climat de dialogue entre les communautés kivutiennes. En effet Kinshasa ne peut conduire un dialogue à double vitesse en cachant certains termes et préalables aux assises inter-kivutiennes. Pour éviter ce fait désagréable, les accords existants doivent être revus pour adoption ou résiliation pour que si dialogue ou réconciliation il y a, les participants lui trouve une nouvelle base convenue de commun accord. La déclaration du Ministre Denis Kalume que pendant la table ronde il n’y aurait pas de revendication de la part des participants dénote qu’il y a anguille sous roche et qu’il n’y aura pas de liberté d’expression. Si les matières à traiter sont d’avance quadrillées, on craint que la table ne soit plutôt carrée au lieu d’être ronde avec les participants à égale distance de l’objectif à atteindre. La table ronde ne devrait pas être la tribune que se donne Kinshasa pour forcer les populations du Kivu à endosser la réalisation des promesses que des émissaires de Kinshasa avaient faites à Nkunda à l’insu des personnes dites aujourd’hui « intéressées ». Si cette condition n’est pas acceptée, le Kivu devrait refuser la table ronde telle que définie par Denis Kalume et proposer un cadre de dialogue. (Philippe, Butembo)
 
4. L’omission des groupes armées et des militaires signifie-t-elle que Denis Kalume ne veut toujours pas dialogué avec les groupes armés comme il l’avait dit en Décembre 2006 ? Denis Kalume, n’a rien dit de son refus de négociation entre Kinshasa et la bande à Nkunda. Est-ce qu’il se rappelle même qu’il avait refusé toute négociation avec Nkunda pendant que ce dernier occupait militairement la ville de Sake en Décembre 2006. Ne dit-on pas que les hommes politiques n’ont que faire de la mémoire car leur souci c’est de gérer le moment présent et de marquer des points dans l’immédiat. Le passe et l’avenir n’intéressant que les philosophes qui voient clairs mais n’agissent pas malheureusement. La vérité est que cette négociation a eu lieu sans la participation de la population locale que Denis Kalume appelle aujourd’hui partie « intéressée ». L’insécurité actuelle au Kivu est la conséquence de cette négociation qui a permis aux rebelles de Nkunda d’occuper militairement le Nord-Kivu et gonfler ses rangs avec 8000 militaires rwandais et 1000 militaires ougandais si l’on en croit William Swing, patron de la Monuc. D’après le correspondant de Beni-Lubero Online de Goma, la bande à Nkunda occuperait et contrôlerait toute la Province du Nord-Kivu au point de vue militaire et sécuritaire. Cet état de fait sur terrain peut expliquer pourquoi Nkunda ne figure pas parmi les invités à la table ronde de Kinshasa. En relisant la presse congolaise de deux dernières semaines, on se rappellera de la menace de Nkunda de quitter la table de négociations, car Kinshasa n’avait pas tenu sa promesse. Peut-on dire que cette table ronde organisée à Kinshasa constitue le moyen pour Kinshasa de s’acquitter de sa part de contrat ? Cette hypothèse est sans nul doute la plus plausible dans la mesure où ce qui manque aujourd’hui à la victoire sans combat escomptée par Nkunda c’est le ralliement de la population à son aventure de sécession du Nord-Kivu. Dans ce sens, Denis Kalume dit vrai en disant que : « La solution, nous allons la trouver avec la population » (Radio Okapi 21 mai 2007). La population est en fait celle qui continue à résister au plan de la cession du Kivu aux Rwandais par Kinshasa. Par la voie de la Société Civile, cette population a dit plusieurs fois non au retour des troupes d’agression au Nord-Kivu, réclamant à cor et à cri l’arrestation immédiate et sans conditions de Nkunda pour ses crimes contre l’humanité commis sur les populations kivutiennes. Le Kivu doit faire attention d’entrer dans le jeu d’un pouvoir de Kinshasa corrompu jusqu’à la moelle.
(Albert, Londres)
 
5. L’Assemblée Provinciale a établi un rapport sécuritaire détaillé le plus alarmant sur les crimes des brigades mixées au Nord-Kivu avec des propositions concrètes des solutions pour mettre fin à l’insécurité dans la province. Voilà que le Gouvernement central se décide de passer outre le rapport des élus de la Province pour une table ronde taillée sur sa mesure. Parlant des invités à la table ronde, Denis Kalume rappelle qu’ « ils viendront non pour revendiquer mais pour proposer des solutions » (Radio Okapi 21 mai 2007). A quoi les solutions de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu sont elles mauvaises dans la mesure où elles relèvent des élus de la province ? Kinshasa met-il en doute la démocratie Kivutienne qui parle à travers ses élus ? Les députés provinciaux du Kivu devraient demander des explications à Kinshasa car accepter la proposition de la table aux contours flous, c’est signer la mort de la démocratie au Kivu. Si le mandat de plusieurs députés nationaux a été invalidé à Kinshasa, nous n’avons pas des nouvelles que celui de députés provinciaux du Nord-Kivu a subi le même sort pour que le gouvernement central se permette de se passer de ses propositions pour la paix dans l’entité administrative de leur ressort! Une fois de plus Kinshasa étale au grand jour son incompétence politique en décidant la tenue d’une table ronde dans les termes diffusés par les canards kinois. (Paluku, Goma)
 
6. La force du Nord-Kivu come du Kivu en général, c’est la Société Civile et cela depuis l’agression du pays par la coalition rwando-burundo-ougandaise. De Bukavu à Beni via Goma et Butembo, elle parle le même langage. La réaction de cette société civile à la proposition de la table ronde nous donnera plus de lumière. D’après les échos, la proposition de la table ronde prend tout le monde de court et cela pour plusieurs raisons.
Le Ministre de l’Intérieur qui est le père géniteur de cette idée de table ronde au Conseil de Ministres, n’a pas consulte les gouvernements ainsi que les assemblées provinciaux du Kivu. Ces instances se sentent mises à l’ ecart par le Gouvernement de Kinshasa. Si en soi l’idée d’une concertation n’est pas mauvaise, les échos de la société civile du Kivu attendent protester contre cette façon cavalière de gérer le pays en foulant aux pieds les instances intermédiaires qui doivent ne fut-ce être consultées avant toute décision. Selon la déclaration de Denis Kalume, le lieu, la date, et la durée sont déjà décidés sans consultation des provinces concernées. Dans un pays qui n’arrive pas à payer les salaires des fonctionnaires, pourquoi ne pas organiser la table ronde au Kivu, sur le lieu du crime où les modérateurs peuvent bénéficier des témoignages de victimes. Pourquoi ne pas faire cette table à Sake, Walungu, Rutshuru, Uvira, Fizi, …. (Amani, Bukavu)
 
7. Mon expérience comme résistant Mai-Mai sous le mandat de Joseph Kabila est que la stratégie d’inviter ses interlocuteurs à Kinshasa lui a toujours permis de les détourner de leur mission première et de donner du temps à l’adversaire de faire du progrès. Je crains que la table ronde de Kinshasa ne soit pas une invention pour empêcher aux kivutiens d’organiser leur résistance autour des leaders de la société civile et des mai-mai qui sont aujourd’hui les seuls à échapper aux cerveaux moteurs de l’occupation rwandaise du Kivu et de l’Ituri. Une fois arrives à Kinshasa, j’ai peur que la table ronde ne commence en temps faute des fonds ou parce que le Ministre de ceci ou de cela doit d’abord répondre à une autre urgence. Ou encore, pendant la table ronde du  Kivu à Kinshasa, on ne serait pas étonné d’apprendre que Nkunda a proclamé son territoire autonome du Kivu et de l’Ituri. Avec des larmes de crocodile aux yeux, Kinshasa annoncerait alors une offensive foudroyante qui prendra des années pour foudroyer l’ennemi… La table ronde de Kinshasa est de tous les dangers.
Une autre hypothèse qui circule ici à Beni, c’est que les cerveaux moteurs de l’occupation du Kivu par les rwandais chercheraient des partenaires parmi les forces vives du Kivu par le moyen de la corruption comme ils auraient commence à faire a l’Assemblée Nationale où des députés nationaux tournent casaque dans des dossiers comme celui du massacre de BDK au Bas-Congo ou   de l’occupation de Kahemba par l’Angola au Bandundu. Les Forces vives du Kivu risquent d’aller perdre leur temps à la table ronde de Kinshasa, loin du terrain que Kinshasa a déjà vendu aux rwandais. Ce temps perdu à Kinshasa profiterait à la rébellion de Nkunda car la lutte baisserait d’intensité sur terrain en rêvant d’une victoire sans combat. Que les kivutiens se rappellent de l’aboutissement du dialogue intercongolais qui a cassé notre résistance au profit des rwandais. Les tables rondes dignes de ce nom se tiennent après un cessez-le feu dans une situation de conflit armé comme au Kivu. Pour éviter d’être le dindon de la roublardise de Kinshasa, les participants kivutiens doivent exiger que la table ronde se tienne au Kivu. Si jamais elle était maintenue à Kinshasa, les participants doivent poser les conditions suivantes :
           Etablir de commun accord les termes de la table ronde,
           Exiger le temps nécessaire pour la préparation de la table ronde,
           Exiger la remise préalable à chaque participant d’un billet aller-retour d’une
             compagnie d’avion privée,
           Exiger la remise d’avance à chaque participant de ses frais de participation et de
      séjour sur le lieu de la table ronde,
Parmi les points à l’ordre, les participants devraient exiger :
           la restitution par les négociateurs de Gisenyi du texte des Accords conclus entre
            Kinshasa et Nkunda,
           La participation des délégués Mai-Mai
      –     La participation de Nkunda et de son parti CNDP
      –     La participation des FDLR, et des Rasta
Si le gouvernement refuse de publier le texte des Accords avec Nkunda, la table ronde n’a pas de raison d’être car elle serait plus une persuasion des populations du Kivu à accepter de subir les accords qu’elles ne connaissent pas au lieu d’être un aréopage de concertation et de décision.
(Gilbert, Beni)
 
Recueillis auprès de lecteurs de Beni-Lubero Online
Mardi 22 mai 2007

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