Le mensonge de Kagame sur ses relations avec J. Kabila

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Quand Kagame parle "à cœur ouvert" sur la RD Congo, il ment ! "Les fous de l’Internet" Congolais ont découvert le week-end dernier, sur le blog de Colette Braeckman, une interview qu’elle a accordée à Paul Kagame, un despote obscurantiste que l’Afrique compte encore parmi ses fils dévoyés. Une lecture rapide de ce texte a poussé certains compatriotes à croire que "l’Hitler africain" faisait des révélations tonitruantes sur son ex-garde du corps, Joseph Kabila. Elle inciterait même à soutenir que Kagame serait devenu un grand démocrate ayant des leçons à donner aux Congolais empêtrés dans une bouc-émissairisation et dans une victimisation cachant mal la manipulation dans laquelle les maintient Joseph Kabila.
Dans ce jeu de dupe, Nkunda est présenté comme un patriote défendant une cause ayant des racines historiques solides (les minorités Banyarwanda) et floué par celui qui(Joseph Kabila), après lui avoir proposé une solution politique comme issue à ses crimes imprescriptibles, avait fini par lui indiquer l’exil sud-africain comme étant la meilleure des voies pour échapper à "l’extrémisme des Congolais". (Kagame ne dit malheureusement pas que Kabila a obtenu pour Nkunda, au Parlement, une amnistie pour ses multiples crimes!)
Des "extrémistes Congolais"! L’expression est lâchée par Kagame. A l’école de Bush, il a appris que tous les peuples réclamant leur droit à l’autodétermination et à la gestion collective concertée de leurs ressources du sol et du sous-sol sont soit des "terroristes" ou "des extrémistes", nuisibles aux "intérêts vitaux" des maîtres du monde" et leurs collabos.
Désillusionné par une résistance farouche des Congolais contre la balkanisation de leur pays, Kagame trouve son bouc émissaire à lui: Joseph Kabila à qui il laisse pourtant une porte ouverte pour un éventuel appel au secours!
Voulant subtilement se présenter sous un nouveau jour pour ceux et celles qui croient en la transformation d’un morceau de bois laissé longtemps dans une rivière en un crocodile, il s’en prend à son ex-garde corps comme si le divorce entre les deux était consommé.
 
Des contacts permanents entre Kagame et Joseph Kabila
 
Et pourtant, traitant du Congo, Kagame revient sur des secrets de polichinelle et confirme la permanence des contacts entre Kigali, Kinshasa et le Nord-Kivu. Jusques l’année dernière, pendant que tous les signaux de l’implication du Rwanda dans le pillage, les massacres, les assassinats et les incendies des villages congolais de l’Est étaient devenus plus que visibles, Joseph Kabila et sa cour ont continué à solliciter les services de Paul Kagame.
"L’an dernier, à la demande de Kinshasa, je suis intervenu auprès de Laurent Nkunda, avoue Paul Kagame. Des officiels congolais, dont le général Numbi, sont venus à Kigali et à leur demande, je leur ai donné un hélicoptère pour qu’ils puissent aller rencontrer Nkunda quelque part au Nord-Kivu, en compagnie du chef d’état major rwandais. Le contact eut lieu, une solution politique a été décidée et les troupes de Nkunda ont accepté d’être réintégrées dans l’armée congolaise." A quel titre le président est-il intervenu auprès de Laurent Nkunda? Qu’a-t-il eu en échange du service rendu? Serait-ce à ce moment-là que la décision politique d’organiser "le cinéma de Goma" excluant le Rwanda de la table de la négociation de la paix en RD Congo aurait été prise? (Un détail à ne pas oublier: Kagame, Kabila et Nkunda sont tous membres du FPR/APR.)
La suite de l’interview le laisse croire. Kagame est convaincu que "la conférence de Goma avait entamé un règlement politique et qu’elle avait eu un effet positif."
Comment cette conférence pouvait-elle avoir un effet positif dans un contexte où les tireurs de ficelles (Kagame et ses parrains anglo-saxons, les multinationales et les transnationales) n’étaient pas présents lors de ces assises? Et pour les congolais avertis, "la convocation le 27 décembre 2007 par le Président de la République Démocratique du Congo de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les deux provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu, qui a abouti à la mise en œuvre d’un Programme appelé AMANI (Paix), a contribué énormément à la décapitation des Forces Armées de la République Démocratique du Congo, des institutions nationales et provinciales légalement établies ainsi qu’à la transformation du conflit exogène en conflit endogène." (Lire Déclaration du COJESKI-RDC relative à la persistance de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo du 06 septembre 2008)
Pour dire les choses autrement, Goma en travestissant la vérité a eu un effet positif dans la tête de Kagame et ses alliés. Cette vérité est simple: "la guerre menée à l’est du pays par Monsieur Laurent KARUMUNA NKUNDABATWARE, les INTERHAMWE et alliés, n’est qu’une forme d’agression du Rwanda contre la République Démocratique du Congo, que les Multinationales et les Transnationales soutiennent pour piller les ressources naturelles avec un regard complice et indifférent de la Communauté Internationale et des agences onusiennes et que les vrais acteurs de l’insécurité au Nord-Kivu et au Sud-Kivu sont des Multinationales et les Transnationales, les extrémistes Hutu et Tutsi, le Rwanda sans oublier leurs complices visibles et invisibles qui sont dans des institutions de la République Démocratique du Congo à Kinshasa, à Goma et à Bukavu." (Ibidem)
 
Le raisonnement spécieux de Kagame
 
Cette guerre se comprend mieux dans le contexte de "la montée du capitalisme du désastre" se servant de "la stratégie du choc" pour imposer les règles du libre-échangisme et créer "un corporatisme" profitable à tout ce beau monde aux dépens du peuple appelé à payer ad vitam aeternam l’effort de la guerre. (Le livre de Naomi Klein, La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Actes du Sud, 2008, 669 p. ou celui de Joseph Stiglitz et Linda J. Bilmes, Une guerre à 3000 milliards de dollars, Paris, Fayard, 2008, 354 p., jettent suffisamment de lumière sur cette question. La guerre perpétuelle contre la RD Congo est à situer dans le contexte général d’un monde soumis aux forces du marché décidées à appauvrir l’Etat et les populations de différents pays pour enrichir les individus ou les entreprises privées. Là où l’Etat s’appauvrit, les individus et les entreprises privées prospèrent. Les chocs produits par les guerres (en Irak, en Afghanistan, au Congo, etc.) et les autres formes de violence sont voulus comme armes pour créer, le choc psychologique, la peur et annihiler toute capacité de remise en question du nouveau désordre mondial voulu par les anglo-saxons et leurs alliés. Fermons la parenthèse.)
Placé dans ce contexte, nous comprenons que dans l’interview susmentionnée, Paul Kagame recourt à la ruse quand il évoque la question d’un certain degré d’indépendance que certains pays africains voudraient atteindre (vis-à-vis de l’Occident) et les peaux de bananes qu’ils rencontrent sur cette route de l’autodétermination. Il dit: "Chaque fois qu’un pays africain atteint un certain degré d’indépendance, on trouve des moyens subtils pour le casser, la ramener à sa norme. On l’attaque de toutes les manières possibles. On peut utiliser l’aide, l’argent, les pressions politiques, démocratie, droits de l’homme, on peut même créer des cas qui n’existent pas…Maintenant un nouvel instrument, c’est la justice internationale, qui est utilisée par les Occidentaux contre des pays en développement…" Plus loin, il ajoute: "Lorsque je constate la manière dont la Cour pénale internationale est utilisée comme instrument politique, je me dis qu’à l’époque de sa création, en 2002, j’ai eu raison de na pas la reconnaître, elle se serait transformée en instrument contre nous…"
Ce raisonnement apparemment cohérent est spécieux. Au même moment que Paul Kagame reconnaît que les Africains déférés devant la justice internationale ont commis des crimes imprescriptibles, il en appelle à l’instrumentalisation de cette justice tout en banalisant ces crimes. "En fait, dit-il, la situation au Congo m’inspire une autre réflexion: qu’il s’agisse de Lubanga, de Bemba, de Nkunda peut-être, on a toujours tendance à vouloir écarter les gens qui dérangent le président Kabila…Tout d’abord cela ne résout pas les problèmes en profondeur, mais il s’agit aussi de l’instrumentalisation de la justice internationale. Car enfin, les crimes que l’on impute à Bemba ou à Lubanga, ne peut-on les reprocher à d’autres aussi? Recrutements forcés, utilisation d’enfants soldats, crime de guerre, mais ils ont tous fait cela…" Mais Kagame ne dit pas si ayant fait cela, ils peuvent être jugés par une justice internationale. Ayant en tête son expérience avec les Américains, il dit: "Lorsque Bemba a été arrêté à Bruxelles, j’ai cru que c’était là un nouveau gage que les Belges donnaient à Kabila, en échange d’autre chose. (De quoi? La récupération du marché congolais comme partenaire privilégié?)
Pour rappel, Kagame n’a pas refusé de signer le traité de Rome créant la CPI de son propre mouvement. Il l’a fait sous l’instigation des U.S.A. désireux de protéger leurs militaires contre la justice internationale. Décidés à s’engager dans "la guerre contre le terrorisme" après le 11 septembre 2001, ils voulaient avoir les coudées franches en étant les seuls habilités à juger leurs militaires impliqués dans les crimes imprescriptibles. Ce faisant, ils ont plaidé pour le recours aux tribunaux locaux. Qu’est-ce que le Rwanda a gagné en échange? "En échange des garanties d’impunité contre toute poursuite à l’encontre des militaires tutsis devant le TPIR, Kigali doit signer prochainement un accord bilatéral avec les Etats-Unis qui protège les ressortissants américains de poursuites devant la Cour pénale internationale (…). Après cette signature, Kigali va en outre bénéficier de la levée de l’embargo sur les armes que le Congrès américain avait maintenu et d’une assistance militaire substantielle des Etats-Unis alors que la guerre dans la République démocratique du Congo voisine fait rage et a déjà emporté plus de trois millions de vie. Or Kigali ne s’est jusqu’ici pas privé de déstabiliser la région des Grands Lacs ni son armée d’ajouter à la guerre dans l’est du Congo pour y exploiter les ressources minérales et naturelles qui suscitent tant de convoitises." F. HARTMANN, Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales, Paris, Flammarion, 2008, p.271)
Kagame renonce à signer le traité de Rome parce qu’il veut, comme les U.S.A., mettre le crime au service de l’exploitation des ressources minérales et naturelles en déstabilisant les autres pays. Il est complice des anglo-saxons dans l’expérimentation de "la stratégie du choc" au service du "capitalisme du désastre".
Pour preuve, ce monsieur critiquant l’instrumentalisation de la justice internationale a instrumentalisé la justice locale du Rwanda, les Gaciacia. (Quand il parle du Rwanda, il fait comme s’il n’était pas établi que là-bas (comme au Congo), "le pouvoir judiciaire reste subordonné à l’exécutif et à une oligarchie d’acteurs officieux, politiques ou économiques, explique HRW.(…) La "justice" est largement utilisée pour mater les opposants, défenseurs des droits de l’hommes, religieux ou journalistes sont envoyés en prison sans accusation formelle, puis accusés de "divisionnisme" ou d’"idéologie génocidaire." (G. TIMMERMAN, Rwanda: justice manipulée, dans Dimanche, n° 17 août 2008, p. 6). Et qu’au Rwanda, "devant les tribunaux, la présomption d’innocence n’existe pas." (Ibidem) Aussi, la justice internationale prétendument instrumentalisée aurait-elle obtenu, à force de pression que 14 ans après "le génocide" 4 officiers du FPR auteurs du massacre de 15 civiles (9 prêtres et 3 évêques) soient mis aux arrêts. Car, jusqu’à cette première arrestation, il n’y avait que les Hutu qui étaient déférés devant les cours et les tribunaux.
En effet, Kagame, Nkunda, Joseph Kabila et leurs alliés, à la suite des U.S.A., ont transformé les pays des Grands Lacs en des "Etats manqués", en des "Etats voyous" c’est-à-dire des Etats qui "ne peuvent ou ne veulent pas protéger leurs concitoyens de la violence, voire de la mort. Ils ont tendance à se croire au-dessus des lois nationales ou internationales, donc libres de se livrer à des agressions et des méfaits." (N. CHOMSKY, Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique, Paris, Fayard, 2007, p.9) Comme les U.S.A., ils appliquent le Stratcom, une directive recommandant " de faire peur, d’effrayer l’ennemi, non seulement avec la guerre nucléaire qu’il faut toujours laisser peser au-delà même du bioterrorisme, mais surtout en donnant à l’ennemi l’image d’un adversaire (…) qui peut toujours faire n’importe quoi, comme une bête, qui peut sortir de ses gonds et perdre son sang-froid, qui peut cesser d’agir rationnellement, en homme raisonnable, quand les intérêts vitaux sont en jeu." (Un texte inédit de Jacques Derrida. Le loup oublié de Machiavel, dans Le Monde diplomatique de septembre 2008, p.3)
Le trio Kagame-Nkunda-Kabila sert "le capitalisme du désastre" en essayant d’être le plus possible en contact. Ils se parlent à plusieurs reprises. Il est rigolo d’entendre Kagame affirmer à Colette Braeckman qu’il n’a plus parlé à Kabila depuis longtemps et qu’il a le sentiment d’avoir été utilisé, puis abusé, et accusé aussi!
Qui a utilisé qui? Faire du Rwanda le premier producteur du diamant et un grand exportateur de coltan, de l’or et de la cassitérite, etc. et prétendre avoir le sentiment d’avoir été utilisé, puis abusé, c’est se foutre de la gueule des Congolais! Kagame prétend que Kabila l’a accusé. Qu’il nous dise devant quel tribunal? A notre connaissance, il n’y a, à ce jour, aucune plainte déposée par le Congo à une instance de la justice internationale contre le Rwanda. Que Kabila raconte que le Rwanda fournit des armes à Nkunda, ce n’est qu’un secret de polichinelle. Cela sert Kabila dans la mesure où il présente "son frère" Nkunda comme étant soutenu par "l’une des armées les aguerries de l’Afrique centrale". Cela crée chez les militaires Congolais (infiltrés par les Rwandais) de la frousse. Dès qu’ils sont face aux rebelles de Nkunda, ils détalent comme des lapins en offrant les armes achetées sur le dos du contribuable congolais "au frère d’armes de Joseph Kabila".
Le trio Kagame-Kabila-Nkunda théâtralise la scène politique des Grands Lacs de façon qu’ils soient les seuls maîtres incontestés et incontestables à bord.
 
 
Les fronts du refus comprennent le sens du théâtre
 
 
Les fronts du refus de ce théâtre ont compris le jeu. Ils savent eux que" la paix et la sécurité dans les deux provinces congolaises du Sud-Kivu et Nord-Kivu restent tributaires de l’organisation rapide du dialogue politique inter Rwandais, un dialogue global et inclusif qui doit réunir sur une même table toutes les forces vives du Rwanda venant de trois communautés ethniques principales du pays à savoir les Hutus, les Tutsis et les Twa, en vue de la réconciliation durable." (Cfr Déclaration du COJESKI)
Ils se moquent de l’image d’un Kagame converti en démocrate et ayant des leçons politiques à donner aux Congolais comme Colette Braeckman a voulue nous le présenter à travers son interview. (Un pouvoir mono-ethnique tutsi ayant embrigadé certains Hutus serviles et esclaves volontaires n’a aucune leçon à donner aux Congolais.)
Les réseaux congolais de refus, à la suite du COJESKI, savent que la réponse adéquate à la question de la Congolité reste d’actualité. Ils sont convaincus que "la paix et le sécurité dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu passent impérativement par la lutte contre l’impunité ainsi que par le vetting et/ou l’assainissement des Forces Armées de la RDC, de la Police Nationale Congolais et de tous les services de Sécurité (qui) regorgent en leurs seins des auteurs des graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, des auteurs de principaux crimes imprescriptibles perpétrés en RDC. Ils doivent être exfiltrés et extirpés de ces Institutions Publiques car ils consacrent au quotidien la haute trahison et contribuent sans cesse au noyautage et à la satellisation des attributs fondamentaux de la République."
Convaincus de "la complicité incontestable de plusieurs dirigeants des Institutions publiques de la République Démocratique du Congo (Présidence de la République, Gouvernement Central, Forces Armées de la RDC, Entreprises publiques,…) et de la haute trahison au somment de l’Etat Congolais dans la pérennisation de l’insécurité et des tragédies humanitaires dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, ces fronts du refus du système Kagame-Kabila-Nkunda ont opté pour sa fin en suivant des voies différentes. Le COJESKI a lancé un ultimatum à Joseph Kabila lui demandant de mettre fin à "la montée du capitalisme du désastre" bénéficiant au trio. Cet ultimatum court de septembre au mois de décembre avant qu’une pétition signée sur l’ensemble du territoire Congolais n’appelle à la destitution d’un membre dudit trio chez nous.
L’un ou l’autre des fronts a opté pour une fin brutale de Joseph Kabila. Il considère cette option comme étant un exercice de la légitime défense au sein d’un "Etat manqué". Les partisans de la non-violence, eux, se préparent aux élections de 2011. Ils considèrent le recours à la violence comme étant une voie anti-démocratique.
De toutes les façons, les fronts du refus du système Kagame-Kabila-Nkunda se multiplient au jour le jour et travaillent pour le changement d’acteurs politiques de premier plan en Afrique des Grands Lacs. Ils en ont assez de voir leurs compatriotes servir de cobayes au "capitalisme du désastre" avec la complicité de ceux et celles qui s’enrichissent en appauvrissant nos Etats (manqués) et nos populations.
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles
Beni-Lubero Online
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