Le Non-dit de la Premi

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Pour la première fois depuis le début de la Transition en République Démocratique du Congo, Monsieur l’Abbé Apollinaire Muholongu Malu Malu, va visiter la capitale fédérale des USA du 1er au 6 mai prochain en sa qualité de Président de la Commission Electorale Indépendante de la R.D. Congo.

Après avoir usé ses souliers dans les capitales de l’Union Européenne qui clament partout leur appui financier au processus électoral au Congo, le Président de la CEI va devoir enfin compléter le grand vide qui restait sur son carnet des visites. Les spécialistes de la politique congolaise savaient que tôt ou tard, les USA sortiraient de leur réserve pour sanctionner au moment voulu le travail accompli par ses alliés européens. Cette façon de faire des USA vis-à-vis du Congo date des années 60 quand avec l’aide de la Belgique spécialiste du Congo, le nationaliste Lumumba avait bâclé sa révolution au profit de Joseph Désiré Mobutu. L’axe Bruxelles-Washington – Kinshasa est donc connu dans les annales de la politique congolaise. Officiellement la Belgique prend le devant de la scène congolaise mais le cerveau moteur et les appuis nécessaires viennent des USA. Depuis le début de la Transition, les hommes d’Etat du Royaume de Belgique n’ont cessé de faire un tour à Washington avant de se rendre au Congo et dans les autres pays de la Région des Grands Lacs Africains. Une institution sensible comme la CEI ne pouvait pas faire l’économie de ce passage obligé.

Maintenant que le processus électoral entre dans sa phase voulue dernière, il paraît normal que les USA qui l’ont parrainé au plus haut niveau l’approuvent, le désapprouvent ou le re-orientent. Les multiples pesanteurs qui ont essaimé le parcours de la transition en R.D. Congo ne relevaient donc pas du génie politique des congolais mais plutôt de parrains du processus démocratique qui voulaient chacun tirer la part du lion de la proie congolaise. Et il n’est un mystère pour personne que cette part du lion revient à l’axe USA-Angleterre-Canada. Depuis les Accords de Lusaka, en passant par le Dialogue Intercongolais de Sun City, jusqu’à l’arrivée des belligérants à Kinshasa, les suppôts de l’axe anglo-saxon ont toujours eu gain de cause jusqu’à fermer la bouche à l’opposition intérieure, à la société civile, et aux confessions religieuses qui ont cru bon de fermer les yeux sur les crimes contre l’humanité et les incohérences de certaines composantes au pouvoir pour espérer gagner la paix par le pari des élections. Les moralistes n’en croyaient pas à leurs yeux que les dirigeants et ceux qu’on appelle forces vives d’un pays assistent bouche bée au massacre de leurs populations, au pillage des richesses minières de leur pays, contre une promesse fallacieuse de paix ! Et comme les congolais sont friands des expressions magiques, qu’est-ce qu’on n’a pas entendu, en temps et en contre temps, « Nous attendons les élections », « pour l’intérêt supérieur de la nation »… Qu’est-ce que nos dirigeants n’ont pas cédé aux rebelles pour cet intérêt supérieur de la nation ?

C’est maintenant l’heure de récolter le fruit de cette bonne foi et de cette convivialité qui a caractérisé le gouvernement dit de transition! L’heure des élections a sonné. L’heure de la fin de la transition a sonné. Les ex-rebelles comme les politiciens co-optés par la transition, vont-ils accepter de se plier devant la loi dure des urnes après trois ans de dolce vita? Les anglo-saxons vont-t-ils s’incliner devant les résultats des urnes en défaveur de leurs poulains? Avec les dernières défaites, qui sont par ailleurs les premières du genre pour les ex-rebelles, notamment le refus du parlement d’ériger Minembwe en territoire, le rejet des listes zébrées et bloquées, le rejet de la requête pour la reprise de l’enrôlement des électeurs au Kasaï, le refus d’un nouveau dialogue intercongolais élargi, les anglo-saxons ne vont-ils pas cherché à prendre en main le pilotage du train de la transition congolaise avec des méthodes propres aux yankees ? L’issue de la visite du Président de la CEI à Washington, D.C. révélera la position de la première puissance du monde quant à la poursuite ou re-orientation du processus électoral en R.D. Congo. Les obstacles de dernière minute qu’on observe dans le chef de la CEI, notamment ce qu’on appelle problèmes techniques, interprétation de la loi électorale pour déterminer le début de la campagne électorale, etc., peuvent être l’arbre qui cache la forêt de l’incertitude de la période post-électorale. On peut dire sans se tromper que pour l’instant le moteur de la CEI s’est grippé. Quand le moteur se grippe, il est judicieux de remonter au constructeur. Le constructeur américain du moteur du processus démocratique au Congo va-t-il accepter des pièces de rechange des « mbula matari » congolais ? Rien n’est sûr ! Joseph Kabila semble être le premier à avoir compris la dynamique actuelle de la politique congolaise telle que voulue par les anglo-saxons. Il a multiplié ces derniers temps des signaux positifs en direction des faiseurs des rois au grand dam des caciques du PPRD et du M17 qui ont du mal à accepter aux yeux du peuple nationaliste congolais de faire tabula rasa du passé et d’accepter de partager le gâteau avec les ex-rebelles avec ou sans élections. C’est cela le non-dit des retards accumulés dans le processus électoral, un non-dit qui peut se résumer en une préoccupation, à savoir, le sort des ex-rebelles du RCD-Goma, du MLC, du RCD-K-ML, et du RCD-N après les élections ! D’après plusieurs sources généralement bien informées, les pressions anglo-saxonnes sont déjà fortes pour inverser les tendances au profit des ex-rebelles ou pour que, tout au moins, les élections ne les excluent pas du prochain gouvernement. Les ex-rebelles alliés des anglo-saxons devraient se retrouver vaille que vaille quelque part au sommet de l’Etat ou dans une place de choix du gouvernement après les élections. Joseph Kabila n’a pas visiblement de problème avec cette dynamique en vertu de son motto de faire tout ce qui contribuera à la paix au Congo. En bon visionnaire et réaliste, il a déjà compris les règles du jeu des prochaines élections pendant que les confessions religieuses et les ONG divers s’affairent à faire du catéchisme des élections dans les brousses du Congo. Certains alliés des anglo-saxons ont plusieurs fois affirmé sans ambages à qui ils veulent, qu’il n’y aura pas de paix au Congo sans les ex-rebelles en général et les rwandais en particulier. Joseph Kabila a déjà bien assimilé cette leçon avant tout le monde et cela au grand dam des caciques des nationalistes congolais qui ont encore du mal à accepter aux yeux du peuple de faire tabula rasa du passé et de déposer les fusils que Mzee LDK avaient mis sur leurs épaules dans le but de ramener la guerre où elle avait commencé. En effet les nationalistes congolais ont l’air d’assister à une seconde mort de Lumumba et de Mzee LDK. Joseph Kabila habitué à laisser les morts enterrer leurs morts, pour l’intérêt supérieur de la nation, a donné le ton des nouvelles règles du jeu en annonçant au grand étonnement de tous, sa candidature aux élections présidentielles comme indépendant ! Malheur à celui qui ne voudrait pas changer son fusil d’épaule et rectifier le sens de ses tirs. Les cibles d’hier ont changé d’adresse. Certains politiciens congolais ont commencé déjà à comprendre la dynamique actuelle de la politique des grandes puissances au Congo. Ceci expliquant cela, on comprend pourquoi à six semaines des élections il n’y ait pas d’engouement électoral dans les états majors des partis politiques congolais. Comment y aurait-il de l’engouement quand on sait que la quasi totalité de ces partis n’ont d’autre projet de société que d’amener ou de ramener les grandes puissances au Congo ! Si les candidats aux élections, toutes tendances confondues, n’ont pas encore commencé à parcourir monts et vallées pour battre campagne, c’est parce qu’ils savent que les enjeux électoraux ne se jouent pas seulement au Congo ou dans les urnes, mais, avant tout, chez les faiseurs des rois de ce monde. Chaque candidat s’ingénue à décrocher parmi les grandes puissances un parrain qui l’aidera à se maintenir sur le train politique congolais!

Comment sommes-nous arrivés jusque-là ? Nous n’avons qu’à nous plaindre à nous-mêmes. Nous n’avons pas des politiciens qui aiment vraiment le Congo et qui sont prêts à se donner pour remettre le Congo aux congolais. Au point où nous sommes, nous sommes obligés de participer au processus démocratique, aux élections telles que concoctées par l’Occident pour espérer gagner notre survie et vivre dans ce que Saint Augustin appelle la « Paix de Babylone », la paix des esclaves, et cela jusqu’au jour où se lèvera une génération des congolais et des congolaises qui acceptera de payer le prix de la vraie liberté et de l’auto-determination du peuple congolais.

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P. Vincent K. Machozi, a.a.
Boston, USA
Beni-Lubero Online

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