Le plan s

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Après la lapidation à mort d’un militaire des Fardc le weekend dernier au quartier Matanda-Kalimbute à Butembo, le Maire de la Ville, Mr. Wabunga Singa, a réuni lundi dernier son comité urbain de sécurité pour tenter d’endiguer le fléau d’insécurité qui frappe  la ville.
Cette réunion de laquelle la population attendait un message fort du numéro un de la ville a ciblé cette même population meurtrie et victime comme agent irremplaçable de la pacification de la ville pour la simple raison que la Police ne peut pas être partout en même temps pour protéger les personnes et leurs biens. Ainsi donc, chaque bubolais et chaque bubolaise est appelé à devenir un agent de sécurité.
 
Le plan sécuritaire « Nyumba Kumi » ou « Dix Maisons » consiste à responsabiliser les habitants de chaque dix maisons pour assurer leur propre sécurité en identifiant toute personne étrangère au « Nyumba Kumi ».  Ainsi toute personne recevant une visite s’étendant jusqu’aux heures tardives de la nuit ou dont la durée dépasse 24 heures,  doit informer le  Kapita (ou chef) des Nyumba Kumi de l’identité de son visiteur.
 
A part cette opération d’identification, les habitants de Nyumba Kumi s’organisent pendant la journée comme la nuit pour assurer bénévolement la sécurité de leur entité territoriale contre toute attaque ou incursion des personnes mal intentionnées.
 
Le communiqué du conseil urbain de sécurité précise que le Nyumba Kumi n’aura pas de prison comme il n’a pas le pouvoir de la punition des malfrats. Toute personne suspecte ou coupable d’insécurité doit être conduite devant les autorités judiciaires compétentes.  Cette clause est la pierre d’achoppement du plan sécuritaire « Nyumba Kumi » en ceci qu’elle donne l’impression d’entrainer le débat dans un cercle vicieux.  En effet, le peuple a commencé à se rendre justice parce que ses autorités hiérarchiques se sont montrés incapables de faire appliquer la loi. Si le Nyumba Kumi doit remettre les coupables aux autorités complices ou incompétents, le lendemain on retrouva les mêmes malfrats dans les rues comme c’est la pratique actuellement. Le plan sécuritaire Nyumba Kumi manque ainsi des mesures claires d’accompagnement et d’encadrement. La limite du plan sécuritaire « Nyumba Kumi » est certainement le manque des moyens plus coercitifs et dissuasifs.
 
L’expérience de Nyumba Kumi en Ouganda peut aider les congolais. En Ouganda, chaque Nyumba Kumi est dotée d’une arme avec munitions pour dissuader l’ennemi armé or brutal.  Deux ou trois membres de chaque Nyumba Kumi sont soumis à une formation accélérée sur le maniement des armes à feu. L’arme et les munitions de chaque Nyumba Kumi sont bien comptabilisées et chaque usage est suivi d’un rapport à qui de droit.
 
Le plan sécuritaire «  Nyumba Kumi » de Butembo a donc un long chemin à faire s’il veut vraiment remplir la mission attendue de lui. Pour bien assurer leur mission, les membres du Nyumba Kumi ont besoin d’une formation même accélérée pour le travail sécuritaire, le maniement des armes à feu, la collaboration franche avec les instances judiciaires compétentes, la collaboration avec les autres Nyumba Kumi, etc.
 
L’alternative au Plan sécuritaire  Nyumba Kumi c’est la stratégie des patrouilles mixtes – civils + police. La patrouille mixte permet au Nyumba Kumi de se passer de la formation au maniement des armes, rôle qu’elle attribue aux policiers.
 
Le comité urbain de securité ne peut pas non plus faire fi de la source de l’insécurité dans la ville de Butembo. Point n’est besoin de dire que l’insécurité de la ville de Butembo est plus l’œuvre des hommes en uniforme que des visiteurs civils qui viennent de l’intérieur pour visiter leurs membres de famille ou pour se ravitailler en produits manufacturés à Butembo. Renvoyer toute la responsabilité de la solution aux paisibles citoyens apparait comme un aveu d’impuissance devant l’origine du mal, à savoir les forces de l’ordre en ville de Butembo, policiers et militaires confondus. Si le plan sécuritaire Nyumba Kumi   n’adresse pas la question de la source de l’insécurité à Butembo, il risque d’être impopulaire comme celle de la Table Ronde intercommunautaire proposée par le Ministre de l’Intérieur Denis Kalume pour mettre fin au massacre des populations du Kivu par les soldats mixés de Nkundabatware. L’insécurité à Butembo et dans ses environs étant l’œuvre des militaires Fardc et de la Police Nationale, toute solution à l’insécurité doit faire intervenir ses auteurs en les contraignant par une loi et des sanctions appropriées. Autrement, la justice populaire qui est un euphémisme pour anarchie continuera son bonhomme de chemin dans un Congo où l’absence de l’Etat et de leadership sautent à l’œil nu de tout observateur.  Le plan sécuritaire Nyumba Kumi doit pour réussir sa mission faire intervenir les dirigeants à tous les niveaux de l’administration urbaine, les militaires, les policiers, et les habitants de Nyumba Kumi. Sans mesures de contrainte et sans une collaboration franche entre tous les acteurs civils, politiques et militaires, tout plan sécuritaire  pour la ville de la taille de Butembo est voué à l’échec.
 
Kakule Mathe
Butembo
Beni-Lubero Online

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