Le recensement de la population, une voie obligée pour sortir de la crise

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Jamais dans l’histoire du Congo, on n’a ressenti comme aujourd’hui l’importance du recensement scientifique de la population congolaise. Savoir combien des congolais vivent dans chaque entité administrative du pays se révèle aujourd’hui une condition sine qua non de la bonne gouvernance et par surcroît de la reconstruction du Congo. Cette leçon nous l’apprenons malgré nous de l’ennemi du Congo qui profite ouvertement de cette lacune pour créer à cœur joie des colonies de peuplement des étrangers dans l’espace connu comme République Démocratique du Congo. Comme le Congo ne maîtrise pas les chiffres de sa population à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, il est aujourd’hui sommé de considérer ces étrangers comme congolais, de leur donner la nationalité congolaise et par surcroît de voter pour eux aux prochaines élections générales. Le cas d’un militaire de l’armée rwandaise connu à Goma et qui est candidat député sur la liste du parti politique « Démocratie Chrétienne » explique combien le Congo n’a aucun système de contrôle de sa population légale à laquelle il est appelé à apporter assistance et sécurité. Cette lacune fait du Congo actuel un état passoire livré aux rapaces venant de partout. Dans cette petite réflexion, nous voulons tout simplement sonner l’alarme et montrer que pour remédier à cette situation, le Congo doit passer obligatoirement par le recensement scientifique de la population dont il a la responsabilité et pour laquelle il doit monté des plans de redressement dans tous les domaines!

La déliquescence actuelle de l’Etat congolais nous apprend que gouverner c’est d’abord maîtriser les chiffres de sa population pour bien planifier pour ses besoins et jouir de la contribution de chaque citoyen dans le domaine de sa compétence! Pour arriver à cela, il faut un recensement scientifique qui permet de connaître la population légale de son pays, de chacun de ses territoires, etc. afin de concevoir des programmes de redressement économique, sociale, politique ; repartir la population par âge, sexe ; déterminer les besoins de la population à tous les niveaux et dans les différents domaines de la vie tels l’emploi, la santé, l’éducation, le transport, etc. Même si le redressement du Congo ne peut être réduit à la disponibilité des chiffres démographiques et financiers, sachant surtout que les dirigeants que le Congo a connu jusqu’à ce jour, semblent être experts des calculs sans partage de la richesse nationale, nous voulons dire qu’il est impossible de bien gouverner le Congo actuellement sans un recensement scientifique préalable de ses citoyens à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. L’inefficience de la multitude des stratégies pour reconstruire le Congo démontre à suffisance que plusieurs de ce qui se targuent de reconstruire le Congo savent seulement compter les espèces sonnantes de leur pourboire et pas plus. Quand ils avancent des chiffres du personnel de leur entité administrative c’est souvent des chiffres fictifs qui les aident à se remplir les poches. Les employés ou administrés réels comptent moins que rien dans leur stratégie. Ceci explique pourquoi le bien-être du congolais constitue le cadet des soucis de tous ceux qui détiennent une parcelle du pouvoir au Congo. Cela est une faute grave et un discrédit pour l’Etat congolais. Il est ahurissant de voir des dirigeants congolais chanceler quand on leur pose des questions sur les chiffres de la population congolaise dans ses différentes couches sociopolitiques. Cette négligence des chiffres explique la négligence de l’aspect social, économique, politique de la vie nationale. Le peuple ne compte pas même si tous les dirigeants en parlent du bout des lèvres. Est-ce parce que l’économie congolaise n’est pas basée sur la productivité du peuple, sur la main d’œuvre intérieure ? Plusieurs analystes pensent effectivement que les mines des matières premières que possèdent le Congo constituent la raison principale du mépris du peuple dans les calculs politiques. On peut ainsi comprendre pourquoi les Etats les plus populistes et démocratiques du monde arrivent à collaborer sans aucun remord avec les dirigeants congolais les plus corrompus et qui sacrifient leur peuple sur l’autel de leurs intérêts personnels ou partisans. En effet, on ne le dira jamais assez, ce qui attire les étrangers au Congo c’est moins l’amour du peuple congolais que les matières premières. Les réserves ou concessions minières du Congo sont très bien répertoriées sur les cartes géologiques qui circulent dans les bureaux de la Monuc et dans les chancelleries occidentales à Kinshasa. Pendant qu’aucune ville ou cité du Congo ne possède aucune carte pouvant aider les citoyens à repérer aisément les avenues et les differentes places, les cartes du Coltan, de l’Or, du diamant, etc, existent et sont mis à jour regulièrement. Ce mépris du peuple a atteint son paroxysme quand les Chimpanzé et les Gorilles de montagne du Congo ont été les premiers à attirer l’attention du monde developpé avant les horreurs du génocide congolais, les massacres et les viols des femmes à l’Est du Pays. Comme le peuple n’apporte rien ou pas grand chose aux acheteurs des matières premières ainsi qu’à leurs complices congolais, son recensement scientifique souhaité ne figure pas en bonne position dans l’ordre des priorités. Il n’est donc pas surprenant de constater sur les websites des politiciens congolais que chaque parti politique a son chiffre de la population congolaise et cela ne semble déranger personne.

Ce mépris du peuple qui explique l’absence des chiffres de la population congolaise à tous les niveaux est une belle explication de la guerre qui sévit au Congo. Elle n’est pas une recherche de la démocratie pour les congolais ou par les congolais mais un moyen d’accéder par la force aux richesses du Congo. Ce darwinisme politique se vérifie mieux au Congo qu’ailleurs. La raison du plus fort est l’autre nom de la démocratie qu’on veut imposer au Congo. La guerre de la libération du peuple congolais reste à faire, et personne d’autre ne la fera sinon les congolais eux-mêmes ! Et nous pensons que la première étape de cette libération du peuple par le peuple passe obligatoirement par la maîtrise des chiffres des ressources humaines congolaises.

Il y a quelques mois, certains politiciens véreux avaient traité de tous les maux les congolais qui exigeaient un recensement scientifique avant les élections ! Aujourd’hui ils doivent se raviser et mesuré la gravité du flou qui entoure le chiffre de la population congolaise. Aujourd’hui des voix s’élèvent pour dénoncer la répartition des circonscriptions électorales et la fixation du nombre des députés au parlement. Sans recensement scientifique de la population, on ne pouvait s’attendre qu’à ces genres de problèmes.

Sans recensement des congolais à tous les niveaux de l’administration, le Congo est une case vierge que le plus fort remplira à sa manière. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi les agresseurs mettaient le feu sur les bureaux de l’état civil congolais sous prétexte de déloger les Ex-Faz du régime défunt de Mobutu. Leur objectif était d’effacer toutes les traces de l’administration publique, tous les chiffres de la population afin de bien coloniser le territoire conquis. Un adage ne dit-il pas qu’un peuple sans mémoire est un peuple mort. Nous pouvons dire aussi qu’un pays sans archives est un pays mort. Le Congo est donc mort depuis que les agresseurs et leurs complices congolais ont brûlé ou détruits les archives de l’Etat congolais. Sans archives, sans connaissance des chiffres de sa population, le Congo est une proie facile de la manipulation et des mensonges de l’ennemi.

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Les exemples abondent pour soutenir notre plaidoirie en faveur de la necessité et de l’urgence du recensement de la population, voie obligée de sortie de crise.

Pour ne citer que quelques-uns, parlons des effectifs des victimes de la guerre d’agression rwando-ougandaise. Personne ne sait exactement combien des congolais sont morts. Ce que l’on sait ce que plusieurs millions sont morts. D’aucuns parlent de 3 millions, d’autres de 4 millions, etc. Comment va-t-on rendre justice à ces vies fauchées si on ne connaît pas leur nombre ? Et comment va-t-on reconstruire le pays si on ne sait pas qu’est-ce qui reste comme ressources humaines à mettre en contribution ?

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Un autre exemple est celui des rebelles étrangers qui opèrent dans la région Est du Pays. Il est ahurissant de constater que c’est souvent le Rwanda et l’Ouganda qui disent avoir les rebelles de leurs pays au Congo et qu’ils doivent les poursuivre pour se protéger selon la théorie en vogue de la guerre préventive, une théorie qui n’est qu’un prétexte pour forcer la porte du voisin qui dérange ou qui risque de devenir une puissance sans l’aval d’un plus fort que lui. Ainsi le Rwanda comme l’Ouganda peuvent continuer à narguer la communauté internationale en parlant des milliers d’Interahamwe qui se cacheraient dans les brousses du Congo. L’Etat congolais qui devrait dire à son peuple et au monde la situation de ces rebelles étrangers et la présence sur sol des troupes étrangères d’occupation ne dit mot. Au contraire il subit de force ou de plein gré l’intoxication made in Kigali et in Kampala car il ignore le chiffre exact de sa population vivant dans les provinces victimes. Les agresseurs et leurs complices congolais peuvent continuer à tuer des civils congolais à l’Est du pays et dire à la communauté internationale qu’ils tuent des forces négatives ou des Interahamwe, personne ne saura les contredire car rarement sur le terrain ensanglanté du Congo quelqu’un s’est occupé de recenser les victimes, les bourreaux et leurs identités respectives. Certaines ONG qui se sont montré exceptionelles en cette matière sont à encourager car elles font la différence! Il leur reste à se constituer en réseau pour couvrir toute l’étendue du territoire national.

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Les partis politiques crées à l’étranger ou à Kinshasa, pour remplir la condition de la représentativité nationale, sont venus bouclés la boucle en se ruant sur toute personne désireux de devenir membre ou représentant local du parti. C’est ainsi que plusieurs étrangers figurent sur les listes de la députation des plusieurs partis politiques. L’ironie est que certains dirigeants de ces partis politiques de l’opposition disent à ceux qui veulent les entendre qu’ils veulent gagner les prochaines élections par leur discours de campagne basé sur la congolité. Hélas, ils sont tombés dans le piège qu’ils reprochent aux autres, notamment le recrutement des étrangers et des mercenaires! La faute revient à qui sinon à l’Etat qui ne se dote pas des moyens adequats de contrôle de sa population légale et de ses frontières.

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Ce manque criant d’administration démontre à suffisance que toute stratégie sociale et politique conçu pour le Congo est aujourd’hui irréaliste. On a déjà eu à parler des élections en cours de préparation dont les conditions dans lesquelles elles vont se dérouler laissent penser à une grande comédie. Comme le Congo a perdu son auto-determination, il est du devoir de chaque congolais de la reconquérir par les moyens appropriés. Et nous pensons qu’un de ces moyens, est le recensement scientifique de la population congolaise à tous les niveaux de l’administration publique. L’urgence du moment exige que les congolais patriotes n’attendent pas l’ONU pour commencer ce noble travail mais qu’ils se constituent urgement en petites équipes pour entreprendre eux mêmes ou pour financer le recensement des populations de nos villages, nos quartiers, nos territoires afin non seulement de conserver les données de ce recensement mais aussi d’aider les chefs coutumiers et les élus de demain dans leur administration de la res publica. Ce simple exercice de comptage peut être la bombe qui à la longue barrera la route aux prédateurs et aux faussaires de tous poils qui ont élu domicile au Congo.

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P. Vincent K. Machozi, a.a.

Boston, USA

Beni-Lubero Online

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