L’Ennemi du Congo est à l’Est et à l’Ouest du pays

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Après la publication du rapport de HRW, le 25 novembre 2008, le gouvernement congolais l’a qualifié de fantaisiste. Les Congolais de la diaspora, par l’entremise de Réveil-FM, ont voulu en avoir le cœur net en questionnant l’une des chercheuses principales de la section Afrique de cette ONG, Anne Van Woundenberg, à Paris. Lire l’interview accordée à cette dame permet de comprendre que l’ennemi du Congo n’est pas seulement à l’Est du pays. Il est aussi à l’Ouest. Il a organisé l’impunité de façon que ses appels à la cohésion nationale sont démentis par la brutalité des méthodes auxquelles il recourt encore aujourd’hui pour tuer nos compatriotes au fallacieux prétexte qu’ils sont les « ennemis de la démocratie ». Dans les lignes qui suivent, nous revenons sur deux questions et deux réponses de cette interview dans le but de montrer que le ver est dans le fruit.
 
Deux questions et deux réponses claires
 
Voici l’une des questions : « Réveil FM: Aussitôt publié, votre travail a été désapprouvé par le régime en place qui dans une moindre mesure, conteste son contenu. Que pensez-vous des allégations faites par le gouvernement congolais qui qualifie ce document de fantaisiste? » Et la réponse: « Anne Van Woundenberg: C’est vrai qu’il y a eu plusieurs interventions des ministres congolais pour critiquer notre travail. Nombreux sont ceux qui nous ont fait savoir leur position dès ma première intervention à Kinshasa. Je crois que les allégations du gouvernement congolais ne sont pas sérieuses. Ils ont contesté nos chiffres en indiquant qu’ils étaient très gonflés, mais selon nos recherches, il y a au moins 500 personnes qui étaient exécutées à l’Ouest du Congo et nous sommes formels parce que nous détenons des informations crédibles sur ces exécutions sommaires. Notre organisation affirme encore qu’au-delà de ces massacres, il y a environs 1000 arrestations arbitraires recensées rien que dans la partie Ouest de la RDC. Human Rights Watch a des preuves irréfutables obtenues grâce aux entretiens et enquêtes réalisés auprès des différentes sources. » A cette autre question de Réveil-FM, « Avec la restriction de l’espace politique, les assassinats des journalistes et activistes de la société civile, les tortures, les exécutions sommaires et en fin, l’existence des geôles disséminées tant à Kinshasa qu’ailleurs, peut-on dire que le Congo assiste véritablement à la naissance d’une dictature cruelle ? », voici la réponse: « Anne Van Woundenberg: Je ne saurai pas affirmer ces propos. Toutefois, les méthodes brutales et répressives utilisées par le président Kabila sont inquiétantes et emblématiques. Je ne sais pas quelle direction ce pays est en train de prendre, mais je peux vous dire tout simplement que le pays est sur une pente glissante. Le président Kabila réprime tout le monde et les prisons, notamment celle de Kin-Mazière, qui utilisent des tortures -avec choc électrique- pour obtenir des aveux fallacieux, témoignent la cruauté du système vis-à-vis des droits humains. Ces opérations sont conduites des mains de maître par deux généraux du régime Kabila. Il s’agit du général Daniel Mukalayi et Jean-Louis Mutonkole, responsables du service des renseignements militaires de l’armée congolaise et proche de Kabila. C’est pourquoi nous disons qu’il est nécessaire de tirer la sonnette d’alarme dès à présent pour que cessent les graves violations des droits humains, commis en République démocratique du Congo. Autrement, il sera difficile de parler d’un Etat de droits et démocratique. Pour revenir à la question, il y a des signes inquiétants qui montrent non seulement que la transition démocratique est fragile, mais aussi que le président élu restreint brutalement l’espace démocratique. Pour votre information, il convient de signaler que le gouvernement du président Joseph Kabila a commencé à utiliser la violence et l’intimidation pour éliminer ses opposants politiques, dès le lendemain du premier tour du scrutin. Les ressortissants de la province de Jean-Pierre Bemba (Equateur) sont souvent victimes des répressions de Kabila même à ce jour-ci. »  
Ces longues citations de l’interview accordée à Anne Van Woundenberg mettent l’accent sur la fragilité de la transition démocratique et la restriction brutale de l’espace démocratique depuis le premier scrutin jusqu’à ce jour. Ceux qui, pour torpiller notre histoire, soutiennent que les élections de 2006 ont été libres, démocratiques et transparentes, auront toujours du mal à convaincre « les empêcheurs de penser en rond Congolais ». Ces derniers, à la lecture des textes du genre de cette interview, estiment que le processus démocratique initié au Congo est parti sur des bases non-saines. Le corriger reviendrait d’abord à mettre fin à l’impunité première de Joseph Kabila et de ses escadrons de la mort dont les deux tortionnaires cités dans l’interview.
 
Rappelons que cette interview a été accordée aux journalistes Africains, Congolais et Européens le jeudi 11 décembre 2008 avant le discours de Joseph Kabila au Congrès congolais.
 
Quand Anne Van Woundenberg affirme que « les ressortissants de la province de Jean-Pierre Bemba (Equateur) sont souvent victimes des répressions de Kabila même à ce jour-ci », elle tire une sonnette d’alarme contrastant avec le discours de Kabila invitant à la cohésion sociale. Comment taire « nos idéologies partisanes pendant que nos compatriotes sont traqués comme des « sauvages » et des « ennemis de la démocratie »? D’où naît la cohésion sociale? Du débat public et du respect de la pluralité en démocratie. Qui dit pluralité ne restreint pas l’espace politique à deux forces en présence l’une de l’autre et complices dans la paupérisation de nos populations comme le sont aujourd’hui la majorité présidentielle au pouvoir et l’opposition institutionnelle. A quelques exceptions près.
 
Cohésion sociale et pluralité en démocratie
Quand faisant allusion aux « ennemis de la démocratie » qui sèment la désolation à l’Est de notre pays Joseph Kabila dit: « Cette nouvelle guerre ne peut, en aucune manière, éloigner la République de sa marche vers la réalisation de ses objectifs prioritaires pour des horizons meilleurs. » et qu’il ajoute: «
Ce n’est pas le moment de croiser les bras ou d’attiser nos querelles intestines. Ce n’est pas le moment de nous tourner le dos les uns aux autres au nom des nos idéologies partisanes. C’est plutôt le moment de protéger et de défendre le plus grand héritage que nos ancêtres nous ont légué. Et cet héritage, c’est la République Démocratique du Congo, dans ses frontières du 30 juin 1960 », il donne l’impression de solliciter une adhésion à un discours que démentent les faits.
 
Qui attise les querelles intestines? Ce ne sont pas toujours les autres! Quand dans un pays qui prétend marcher vers des horizons meilleurs, onze journalistes de la chaîne dite publique sont suspendus pour avoir montré les images d’une marche des compatriotes de la diaspora contre le régime en place à Kinshasa, il y a lieu de se demander si la cohésion sociale n’est pas, dans l’entendement du « Raïs », synonyme d’obscurantisme.
 
Pourquoi ne pouvons-nous pas nous tourner le dos au moment où nous nous réalisons que la mort n’est pas simplement semée à l’Est mais aussi à l’Ouest de notre pays par ceux-là-mêmes qui invitent à la cohésion sociale?
 
En effet, la cohésion sociale n’est pas un acquis. Elle est une quête continue assumant la pluralité des points de vue en démocratie par un débat permanent, sans exclusive.
 
C’est le respect et la promotion de l’espace public de débat et de délibération en démocratie qui génèrent la fragile cohésion sociale. Veiller à cela devrait figurer parmi les priorités du dispositif représentatif. Comme le respect et la mise en place des autorités indépendantes de l’exécutif et du législatif ainsi que celle des cours constitutionnels.
 
La cohésion sociale vue comme une quête continue dans la pluralité des points de vue permet de poser des questions sur sa possible réalisation sans une mise hors d’état d’agir de ceux qui, au nom de la légitimité empirique issue des urnes, tuent, pillent, violent, volent, torturent, etc.
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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