Les Elections Comme Sanction des Politiques( Léopold Kamundu, O. Praem)

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[WWW.benilubero.com] Les regards de la quasi-totalité des Congolais sont tournés vers les élections générales en perspective. Ces élections sont d’autant plus attendues qu’elles sont censées imprimer un tournant décisif à l’histoire du pays en jugulant la descente de celui-ci aux enfers et en l’arrachant au tutelage asservissant et infantilisant dans lequel il se trouve enfermé depuis des années.
Point n’est besoin de dire que l’orientation massive et légitime de ces regards dans la même direction exprime un espoir multilatéral: celui de voir surgir des échéances éléctorales en perspective une nouvelle classe politique legitimée par les urnes et à même de répondre aux attentes de tous, entre autres l’aménagement d’un espace existentiel ou la démocratie entendue comme règne de la loi et comme bonne gouvernance, la paix ainsi que la sécurité subséquente des personnes et de leurs biens, la justice sociale ou distributive et le re-engagement du pays sur les rails du développement économique soient enfin possibles. Grosso modo, la mise sur pied d’un espace vital où il fasse bon et beau vivre pour tous et non seulement pour les politiciens et ou, de manière durable, on éprouve plus de plaisir que de peine, plus d’aisance que de malaise: tel est le souhait du peuple congolais dans sa majorité écrasante.
Ainsi les expectatives légitimes du peuple congolais font apparaître les élections à venir comme une panacée inespérée qui viendra, d’une part, faire voler en éclats tous les écueils qui, aujourd’hui, sont à la base de la liquéfaction de l’Etat congolais et de son inefficience et, d’autre part, réhabiliter ce dernier dans sa souveraineté et dans ses obligations premières.
Toutefois, pour démocratiques et transparentes qu’elles soient, ces élections attendues non sans raison avec impatience ne peuvent se révéler être une panacée que sous condition. Deux conditions majeures sont, à mon estime, de nature à permettre la sortie de la RDC du gouffre dans lequel il se trouve actuellement enlisé notamment l’élection d’un leadership compétent et soucieux du bien-être de tous et la vigilance permanente du peuple, condition sine qua non de sa libération et de sa liberté.
L’élection d’un leadership responsable
Les élections en perspective sont, à mon estime, une occasion unique et propice offerte au peuple congolais, d’une part, pour mettre hors circuit des politiciens nuisibles et pour barrer la route vers le pouvoir à d’autres opportunistes qui attendent impatiemment leur tour pour nuire et détruire et, d’autre part, pour doter le pays des dirigeants susceptibles de répondre aux attentes du peuple, entre autres, la pacification de la République, sa reconstruction et la diffusion progressive du bien-être ou, soit dit autrement, l’amélioration progressive des conditions de vie des Congolais lesquelles ne cessent de se précariser ou, pour mieux dire, d’empirer.
Se choisir des leaders responsables, altruistes et ayant un sens élevé de la patrie: tel est le devoir civique qu’il est demandé aux congolais d’exercer d’ici quelques mois en toute conscience et connaissance de cause à travers les elections générales dont le déroulement semble déjà se profiler à l’horizon. Le pays a besoin, d’un côté, d’un leadership acquis aux valeurs démocratiques, et de l’autre, intelligent, compétent c’est-à-dire efficace, intègre, visionnaire et soucieux de la protection du bien commun ainsi que de la promotion du bien-être de tous.
De ce point de vue, les citoyens à propulser ou à maintenir sur le devant de la scène politique congolaise sont ceux qui soient disposés à mettre fin une bonne fois pour toutes à cette curieuse et facheuse pratique consistant, au niveau de la répartition du fruit du travail collectif, à reserver la part du lion aux dirigeants et à acculer le peuple à la portion congrue et, par voie de conséquence, au dénuement ou, si l’on veut, à la misère. Tout Etat qui fonctionne sur base de cet étrange, inique, et irresponsable mode de répartition fragilise ses citoyens en les enfermant dans la misère et en les prédisposant ainsi au vice, à la dépravation et à la trahison facile. Cet état écoeurant des choses a ceci comme conséquence facheuse et tragique la fragilisation de l’Etat par lui-même ou, à mieux dire, par ses animateurs.
De même qu’il n’y a pas d’efficacité sans responsabilité, semblablement il n’y a pas pour le peuple de responsabilité sans minimum vital. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, dit à juste titre un adage seculaire. Ce que Karl Mark dit autrement en soutenant qu’on ne peut pas avoir une bonne conscience lorsque les conditions minimales d’une existence sensée et décente ne sont pas réunies. Un Etat constitue de citoyens appauvris, affamés et affaiblis par la cupidité de leurs dirigeants est un Etat dont l’existence est éphémère dans la mesure où il ne saurait pas se défendre contre la barbarie extérieure laquelle n’éprouverait aucune difficulté à trouver des complicités internes.
Une des conditions de possibilité de l’éradication de la corruption qui gangrène l’administration et de l’endiguement du vindange continuel des caisses de l’Etat par ceux qui les gèrent c’est la restauration de la justice sociale ou distributive: celle consistant à remettre à chacun ce qui lui est du. Ce qui est du à chacun c’est ce qui est de nature à lui permettre d’accéder au minimum vital et donc de pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille s’il en a sans être tenté de voler. L’Etat de droit que tout le monde espère surgir des élections en perspective devra pouvoir donner à chaque citoyen la possibilité de vivre décemment de son travail ou de son salaire et d’assurer aux siens la sécurité matérielle, sécurité matérielle restée jusqu’ici le monopole des politiciens.
S’il est vrai qu’en démocratie le pouvoir appartient au peuple et que le Congo-Kinshasa est à la fois une république et une démocratie, il est impérieux que prenne fin la pratique consistant à faire du peuple l’éternel exclu du pouvoir d’achat ou l’éternel laisse pour compte. Il n’y a pas de liberté sans propriété,
disait John Locke. En d’autres termes, pour Locke, la liberté dans le dénuement est une contradiction dans les termes, un peu comme celle contenue dans une vieille chanson d’un musicien congolais: “Il faut tozala pauvre na liberté au lieu tozala riche na boumbo”. Dans le même ordre d’idées, Paul Ricoeur estime que l’avoir est une requête sans laquelle l’homme ne saurait se réaliser pleinement en tant qu’homme. L’Etat responsable et soucieux de sa permanence en tant qu’Etat et de son respect par d’autres Etats c’est celui qui inlassablement travaille à l’octroi du minimum vital à ses citoyens. Ce genre d’Etat ne tombera pas du ciel. Il ne sera pas non plus forcément la résultante de la volonté spontanée des élus du peuple. Compte tenu du caractère étranger de la culture démocratique à notre pays, la mise sur pied d’un Etat de droit ou du gouvernement par la loi a beaucoup de chance d’être réalisée seulement si le peuple apprend à dire non à temps à tout ce qui est négatif. Au nom de son devoir de vigilance, le peuple a tout intérêt à adhérer à ce que Hegel appelait la culture de la négation de la négation c’est-à-dire la négation du négatif, culture qui a déjé fait ses preuves sous d’autres cieux.
Aux fins d’endormir le peuple, le Deuxième République avait eu le malicieux génie d’inventer un slogan soporifique selon lequel le MPR équivalait à “Servir et non à se servir”. En réalité, ce slogan signifiait pour les animateurs de la Deuxième République ou, ce qui revient au même, pour les tenants du MPR “Se servir et non servir”. Les tombeurs de la Deuxième République qui aujourd’hui animent la transition ont-ils compris le slogan du MPR autrement? Cela ne semble pas certain.
En effet, des informations troublantes ont circulé sur l’internet en provenance de la RDC. Celles-ci ont été reprises par un journal belge à savoir La Libre Belgique du 24-25 Janvier 2005. D’après ces informations, le Président de la RDC, un des pays indexés les plus pauvres de la planète, bénéficierait d’un exorbitant salaire de 250.000 $US par mois, chacun des Vices-Presidents recevrait 200.000 $US par mois (le pays en a quatre), le Ministres 5.000 $US par mois et le Parlementaire 1.500 $US par mois. Le salaire de base du fonctionnaire serait de 2$ par mois percus irrégulièrement.
Au cas ou ces informations seraient fondées, le Président et les Vice-Présidents de la RDC seraient de loin mieux payés que le Président du pays le plus riche et le plus puissant de la planète à l’heure actuelle à savoir les Etats-Unis ou le Président bénéficierait d’un salaire de 250.000 $US par an soit un net à payer mensuel de 20.833,3 $. Par contre, son homologue congolais accumulerait un pactole de 3.000.000 $ (250.000$ X 12) par an et chacun des Vices-Presidents 2.400.000 $ (200.000$ X 12) par an par chacun des Vice-Présidents (soit 9.600.000$ par an pour les quatre). A elle seule, la Présidence du Congo rafflerait donc annuellement une bagatelle somme de 12.600.000$ (3.000.000$ + 9.600.000$) par an. Ce qui est scandaleux pour un pays aussi pauvre et meutri qu’est la RDC. Cet état des choses ne devrait pas laisser les conglolais indifférents lors des élections. Une chose est de dénoncer, une autre est de punir. Il me semble que l’heure de la sanction est en train de se dessiner à l’horizon avec l’imminence de la tenue des élections générales.
Le second motif de scandale tient aux écarts flagrants entre les salaires des Présidents de la RDC
(Président et Vices-Présidents) et ceux des autres officiels de la pyramide: on va de 250.000$ / 200.000$ par mois a 7.000 $ pour le Ministre (soit un écart de 243.000$ ou 193.000$) et 1.500$ pour le Parlementaire (soit un écart de 248.500$, 198.500$, 5.500$) et 2$ par mois pour le fonctionnaire (soit un écart de 249.998$, 199.998$, 6.998$, 1.498$). A propos de ces informations troublantes, il y a lieu de se demander pourquoi elles n’ont jamais fait l’objet d’un dementi de la part des concernés. Ce curieux silence confirmerait-il l’adage selon lequel qui ne dit mot consent?
J’étais très édifié d’apprendre que le nouveau Président de la Bolivie, Mr Evo MORALES a réclamé que son salaire, a la différence de celui dont bénéficiaient ses prédecesseurs, soit rabattu a 1.875 $ par mois et que celui des autres dignitaires de l’Etat soit ajusté à ce chiffre (Cfr The Daily Gazette du Samedi 28 Janvier 2006, p.A4). C’est de gouvernants de ce genre que la RDC a besoin pour le moment si on veut que le pays soit reconstruit et soit de nouveau posé sur les rails du développement. Sans une abnégation de ce type de la part des gouvernants congolais, un tel objectif restera un rêve creux. Ce sont des hommes comme le Président MORALES que les électeurs congolais doivent porter au pouvoir Etant donné la difficulté à préjuger de la façon dont se conduiront les élus de demain tout au long de leurs mandats, force est au peuple congolais de s’armer de vigilance pour ne plus se laisser instrumentaliser par ses dirigeants.

P. Léopold Kamundu, O. Praem.

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