Les Enjeux de la révision de la loi électorale au Nord-Kivu

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Au moment où les députés sont courtisés par l’AMP pour adopter le scrutin présidentiel à un seul tour et remplacer la proportionnelle par la simple majorité des votes pour diriger le pays ou pour représenter une circonscription électorale, les observateurs avertis voient en filigrane la préparation d’une fraude électorale derrière cette révision de la loi électorale. D’où la question de savoir si les députés courtisés vont cautionner cette arnaque électorale pour se taper un peu d’argent ou s’ils vont se ressaisir pour sauver la R.D.Congo de l’anarchie ? 

Au Nord-Kivu, le débat sur la révision de la loi électorale est suivie avec beaucoup d’attention depuis que la CEI a, sans passer par le parlement, préparé le lit à ce qu’on appelle fraude électorale en perspective, en supprimant 75% des bureaux de vote institués en 2006. Pour les observateurs, si cette révision passe au parlement, les enjeux seraient catastrophiques pour le Nord-Kivu, la province cobaye de l’occupation rwandaise et de la balkanisation de la R.D.Congo. 

En effet, si la révision de la loi électorale en débat est adoptée par le parlement, un candidat aux élections présidentielles et législatives peut être déclaré vainqueur s’il obtient une simple majorité de voix de ceux qui ont pu voter. Si, par exemple, pour des raisons d’insécurité sur les routes et les sentiers du Nord-Kivu les élections n’ont lieu qu’à Kirolirwe, le candidat Rwandarugari de Kirolirwe peut-être déclaré élu du Territoire de Nyiragongo, peu importe le nombre d’électeurs inscrits et le petiti nombre de ceux qui ont pris activement part au vote à Kirolirwe. Il en est de même du candidat Président de la République. Il peut être déclaré vainqueur des élections à l’issu du premier et unique scrutin même si trois ou quatre provinces n’ont pas voté pour des raisons x et y. La suspicion de fraude électorale se fonde ainsi sur ce contour de la majorité des électeurs qu’attend orchestrer la révision de la loi électorale qui fait visiblement la part belle aux minorités assoiffées de pouvoir.

Pour prendre le cas de la Province du Nord-Kivu où une immigration clandestine est en cours, on constate que c’est aussi au Nord-Kivu qu’on a supprimé 75% des bureaux de vote. Il n’est pas impossible que les 25 % des bureaux de vote restants soient installés dans les régions minières du Nord-Kivu où affluent clandestinement ce qu’on appelle par euphémisme « les retournés du Rwanda ». Avec le scrutin à un seul tour et l’élection à la majorité simple des voix, les retournés du Rwanda pourraient se faire élire sans problème comme députés du Nord-Kivu. Avec une assemblée provinciale du Nord-Kivu composée d’une majorité des retournés du Rwanda, le lit serait fait pour le vote en faveur de l’auto-détermination du Nord-Kivu suivant le modèle du Kosovo et du Sud-Soudan. Ainsi, les électeurs du Nord-Kivu qui attendent punir dans les urnes les élus de 2006 pour leur silence devant les massacres des populations civiles, peuvent être réduits au silence par l’inaccessibilité des bureaux de vote. 

Pourquoi les députés du Nord-Kivu soutiendraient-ils alors cette arnaque ? 

La plupart des députés du Nord-Kivu sont membres de l’AMP qui est au pouvoir. Ainsi, si l’AMP coule, ils coulent avec elle. C’est pourquoi en bon loyalistes ils doivent jouer la carte AMP jusqu’au bout. 

Pourtant des députés de Beni-Lubero dont nous taisons les noms qui ont voulu dernièrement tester leur base en battabt campagne pour l’AMP et pour son candidat dans un village du Territoire martyr de Lubero en ont eu pour leur compte. Ils ont été hués par la foule. A leur étape suivante, ces honorables députés avaient préféré distribuer des cadeaux sans faire référence ni à l’AMP ni à son candidat. Malgré ce message sans équivoque de leurs électeurs de 2006, il semble que, si l’on en croit des indiscrétions de Kinshasa, la plupart des députés du Nord-Kivu voudraient s’accrocher tout de même au bateau de l’AMP de Joseph Kabila, même si, comme le titanique, il coule déjà au Nord-Kivu. Pour qui connait les rouages de la politique congolaise, les élus de 2006 qui ont peur de la sanction populaire n’ont d’autre carte à jouer maintenant que de s’agglutiner pour leur survie politique et alimentaire à l’AMP de Joseph Kabila. C’est de la bonne politique à la congolaise disent certains. Comme chaque malade avant de mourir, ils ont chacun pleinement droit aux dernières convulsions. 

Mais attention ! Il y a des morts qui ressuscitent ! Le commandement mono-ethnique de l’armée et de la Police déployées dans les provinces de l’Est du pays peut sauver le titanique de l’AMP du naufrage, du moins dans les provinces de l’Est du pays, en réprimant dans le sang les électeurs du vote-sanction. A l’allure où vont les choses, les armes et non les urnes risquent de déterminer le vainqueur des élections de 2011 dont l’issue catastrophique remettrait la R.D.Congo à la case du départ de l’anarchie, la guerre, etc. 

Pour éviter cette régression malheureuse, les députés congolais devraient se ressaisir, avoir pitié du peuple congolais qui a tant souffert pour voter contre le scrutin présidentiel à un seul tour et l’élection à la majorité simple de voix. En agissant ainsi, ils peuvent se racheter auprès de leurs électeurs et l’histoire les reconnaitrait comme des grands hommes congolais qui auraient fait passer l’intérêt supérieur de la nation avant leur gain personnel. 

Et l’opposition politique, que doit-elle faire? 

L’opposition au régime de Joseph Kabila devrait peser de tout son poids pour exiger la réforme de l’armée et des services de securité si elle compte participer à des élections démocratiques, apaisées et transparentes. Elle devrait faire de cette réforme une des conditions de sa participation aux prochaines élections. Depuis 2006, l’opposition devrait déjà constater que la force militaire détermine la marche politique de la R.D.Congo plus que les lois constitutionnelles. Tant que l’armée sera au service d’un homme, ou du parti politique au pouvoir, ce dernier l’utilisera pour avoir gain de cause comme dans les dictatures militaires. 

Il semble que certains membres de l’opposition comptent sur la Monusco pour contourner l’écueil de l’armée au service du régime en place. L’exemple de l’ONUCI en Côte d’Ivoire est suffisant pour dissuader l’opposition, à moins qu’elle ne se considère comme le Ouattara congolais. Seule l’institution d’une armée congolaise neutre et républicaine, la suppression du commandement mono-ethnique de l’armée déployée à l’Est du pays, peut aider la R.D.Congo à conduire à bon port le processus électoral de 2011 

© Beni-Lubero Online  

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