Les questions posées après les manifestations des Congolais(es)

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Quand les compatriotes organisent des marches de protestation ou des sit-in contre la politique menée au pays par les gouvernants actuels, il y a des questions qui leur sont posées juste après. La plus fréquente est la suivante : « Combien étiez-vous ? Y avait-il du monde ? » Et l’effort pour répondre positivement à cette question conduit souvent les organisateurs de nos manifestations à investir beaucoup d’énergie dans la mobilisation du plus grand nombre possible de compatriotes. D’autres questions sont : « Où avez-vous organisé cette manifestation ? A Bruxelles ? A Paris ? A Londres ? A Washington ? Est-ce de ces capitales occidentales que vous allez prendre le pouvoir à Kinshasa ? Pourquoi gaspillez-vous votre temps au lieu de descendre au pays et de vous préparer aux élections ? Pourquoi avez-vous peur ? De quoi avez-vous peur ? » 

Souvent, ces questions ne prennent pas en compte les objectifs à court, moyen et long terme (s’il y en a) de nos manifestations. Elles ont plusieurs soubassements. L’un d’eux est le regard de l’autre dont plusieurs d’entre nous sont des victimes invétérées. Aux dires de certains critiques acerbes des manifestations ne drainant que des centaines de compatriotes, si la mobilisation fait bouger des millions des Congolais(es), la communauté internationale va voir et changer sa vision sur notre pays. Pourquoi ? Parce que certains membres de cette fameuse communauté internationale critiqueraient l’incapacité des Congolais(es) à se mettre ensemble pour défendre une cause commune. Rares sont les nôtres qui, forts de la connaissance de l’histoire passée et présente des pays-phares de cette communauté internationale pourraient leur dire que les changements chez, avant d’être une question des masses, a été celle des minorités organisées derrière un leadership patriote. 

Si marcher, organiser une conférence ou un sit-in doivent être téléguidés par le regard de l’autre, nous en devenons esclaves et nous sommes les plus à plaindre du monde. Marcher, organiser une conférence ou un sit-in devraient avoir comme l’un des objectifs principaux la création d’une conscience collective autour des axes majeurs de notre lutte d’autodétermination. 

A ce point nommé, Jean-Ziegler voit juste quand traitant des fronts de résistance, il note ceci au sujet des marches : « Malgré leur dénouement parfois tragique, les marches restent pour les combattants de l’espoir du monde entier et de tous les fronts de résistance, une méthode de lutte privilégiée. Surtout lorsqu’elle dure plusieurs jours. La marche soude les marcheurs, favorise la circulation des informations, permet d’échanger les expériences accumulées par chacun. Des amitiés, des solidarités se nouent. » (J. ZIEGLER, Les maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002, p. 330) 

Les amitiés, les solidarités et la conscience collective qui naissent et renaissent ne sont pas du domaine du nombre, de la quantité. Elles sont du domaine de la qualité. Elles ne répondent pas à la question : « Y avait-il du monde ». Non. Mais à celle-ci : « Qu’est-ce que le fait de vous mettre debout vous permet de faire ensemble ? » Créer des synergies de plusieurs fronts de lutte contribue à l’enracinement de la conscience collective de l’urgence de la lutte dans les cœurs et les esprits des acteurs-créateurs d’un autre Congo. 

D’où il est important de savoir à qui l’on s’adresse quand on préside à l’organisation d’une marche ou un sit-in. Le nombre ne fait pas nécessairement la qualité d’une action citoyenne. La foule peut être enfant.  

Est-ce à partir des capitales occidentales que les Congolais(es) de la diaspora vont prendre le pouvoir au Congo ?   Y a-t-il un pouvoir à prendre au Congo ? Le Congo actuel est un Etat-manqué sous tutelle. Il est sous tutelle de l’Occident par l’ONU interposée. Ce que « le conglomérat d’aventuriers » expédiant les affairent courante ronge, c’est « un os » que ses maîtres lui ont jeté pendant qu’ils s’occupent du pillage de nos matières premières stratégiques. Jusqu’au jour au les acteurs-créateurs d’un autre Congo inverseront les rapports de force pour que les Congolais deviennent « maîtres chez eux là », parler de détention du pouvoir au Congo est un discours pour rire. Le destin du Congo se joue encore à Paris, Bruxelles, Londres, Berlin et Washington. Une question bête : « A partir d’où opèrent les IFI ayant classifié notre scandale géologique parmi les pays pauvres très endettés ? Où sont situés les bureaux du FMI et de la Banque mondiale ? Et ceux du Club de Paris ?» 

Quand, prisonniers d’une conception géographique dépassée du Congo, on ne comprend pas que ce pays vit partout où se retrouvent ses filles et fils, on va le réduire à l’espace où « les rongeurs de l’os occidental » tuent, massacrent, assassinent. Impunément. (Le site de Beni-Lubero a publié un article très intéressant sur cette problématique. Il est intitulé Kivu : La violence comme instrument politique de conquête). Aussi, la dernière marche mondiale des femmes à l’Est de notre pays vient-elle démentir l’assertion selon laquelle les actions de la diaspora se limitent à l’espace occidental. Une société civile mondiale est en train de s’organiser contre les forces de la mort par delà les frontières géographiques traditionnelles. Les filles et les fils du Congo y prennent une part active. 

Les critiques acerbes de la diversité des actions des Congolais(es) ne semblent pas comprendre grand-chose à la nécessité de « la réappropriation de l’espace public » mondial par les filles et les fils de notre peuple. Les vampires suçant notre sang ont toujours peur que leurs œuvres soient dévoilées au grand jour. Est-ce par hasard qu’ils organisent des guerres de basse intensité ? Ils ont peur de la lumière du jour. Partout où les filles et les fils de notre peuple se mettent debout (dans un monde devenu un petit village), ils mettent à nu leur cynisme et leur ensauvagement. Cela les chiffonne. Tellement ils aiment opérer dans l’ombre. Ils ont peur de leur opinion publique. 

Quand, ramassant les miettes tombant des tables des nègres de service à Kinshasa, les critiques de la diversité d’actions de la diaspora congolaise dénoncent leur inefficacité, ils passent à côté de la force symbolique de ces actions. Marcher, se mettre debout, c’est symboliquement refuser la position « des rats rongeurs d’os ». Les rats rampent en dessous des tables et des lits des « maîtres » malgré les costumes et les 4X4. Les marcheurs se mettent debout. Ils opèrent, symboliquement, une rupture. La guerre psychologique livrée contre les fronts de lutte de la diaspora congolaise peut être une invitation maligne qui leur est lancée afin qu’ils rejoignent les rats. Or, plusieurs sont en train de sauter du bateau joséphiste. Mais ceux et celles d’entre nous qui ont fait de leur ventre leur « dieu » passent à côté d’une lecture idoine des signes des temps. Ayant fait de l’or et de l’argent leurs idoles, ils sont devenus comme eux : ils ont des yeux et ne voient pas ; des oreilles et n’entendent pas ; des nez et ne sentent rien. Il est possible que leur sort soit pire que ceux des dinosaures de la deuxième République. Qui vivra verra ! 

(A suivre) 

J.-P. Mbelu

Brussels-Belgïe

©Beni-Lubero Online

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