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23 octobre 2008- 23 octobre 2009, cela fait déjà une année, jour pour jour, depuis que Mwami Sulemani Kalemire II est allé rejoindre les ancêtres des Bashu. Une année après sa mort survenue  à Goma, son fils, la chefferie se porte bien sous la houlette de son fils, ABDUL Kalemire III, intronisé à Vuhovi le 28 mars 2009.
 
                             Mwami ABDUL KALEMIRE III de la Chefferie des Bashu, en Territoire de Beni
La première commémoration du retour chez les ancêtres de Mwami Sulemani Kalemire II a été marquée par une journée sans travail sur toute l’étendue de la chefferie des Bashu, en Territoire de Beni. Au menu du jour, plusieurs activités étaient organisées sur sa tombe à Mutendero (Isale-Vulambo) où une gerbe des fleurs a été déposée par Mwami ABDUL Kalemire III. Comme d’accoutumée, les vieux sages du clan Bashu ont nettoyé les abords de la tombe royale selon le rite Bashu, faisant tout pour ne pas offenser la mémoire de l’illustre disparu par des paroles ou des gestes déplacés. Pour ne pas commettre le délit d’ « Erihaliry’ekikali », la plupart des participants à cette cérémonie rituelle préfèrent observer en silence ce qui se passe. Les commentaires se font le lendemain, loin d’ « Ekikali » ou haut-lieu de la coutume.
 
Après cette cérémonie rituelle à la tombe de feu Mwami Sulemani Kalemire II, les invités se sont retrouves à Vuhovi, chef-lieu de la chefferie des Bashu, ou une réception grandiose était organisée par la chefferie.
 
Tous les chefs coutumiers de 7 groupements de Basukali accompagnés de leurs notables, des guérisseurs (avakumu), des faiseurs de pluie, des responsables de différents vyaghanda (omukene, ovuhere, etc.) étaient au rendez-vous. Certains de ces vieux sages ont préféré célébré à Mutendero à cause de la distance Mutendero-Vuhovi (15 km).
 
Les autorités politico-administratives de la chefferie, le délégué de l’administrateur du Territoire de Beni,  les chefs des services publics, les directeurs et préfets des écoles primaires, secondaires et universitaires de la chefferie des Bashu étaient tous au rendez-vous ! 
Bien que mort, Mwami Sulemani Kalemire II continue de rassembler les Bashu ! Que son âme repose en paix et que la terre de ses ancêtres lui soit toujours douce !
 
Juvénal Paluku
Butembo
Beni-Lubero Online
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Méfions-nous des déclarations officielles de Nicolas Sarkozy : elles sont des somnifères. Ceux et celles d’entre nous qui suivent l’évolution de la politique française au quotidien savent qu’il est difficile de se fier aux déclarations officielles de Nicolas Sarkozy sans répondre, avec Alain Badiou, à cette question: « De quoi Sarkozy est-il le nom? »
 
« De quoi Sarkozy est-il le nom? »
 
En effet, dans un livre petite intitulé ‘De quoi Sarkozy est-il le nom?’, Alain Badiou note: « L’ Occident veut interdire l’apparition, où que ce soit, de ce qui lui fait réellement peur: un pôle de puissance hétérogène à sa domination, un « Etat voyou », comme dirait Bush, qui aurait les moyens de se mesurer aux actuelles « démocraties » triomphantes, sans aucunement partager leur vision du monde, et ne serait pas prêt à s’attabler avec elles pour partager les délices du marché mondial et du nombre électoral. » (p. 17) Et il ajoute: « L’Occident ne vaincra pas, il ne pourra que retarder cet événement par des guerres externes et des terrorismes internes de plus en plus sauvages. Car à l’intérieur aussi, hélas, il y a des voyous! Ceux qu’un ministre socialiste appelait des « sauvageons », et que Sarkozy traitait de « racaille ». L’alliance à venir des Etats voyous de l’extérieur et des voyous de l’intérieur, voilà de quoi faire peur! Voilà le profil possible de la création d’une Grande peur. » (Ibidem)
 
Et Nicolas Sarkozy est le nom de cette peur et de la désorientation des « voyous » de l’extérieur et de l’intérieur. Son discours prononcé à Dakar le 26 juillet 2007 comme la rentrée de la France dans l’OTAN en témoigne.
 
En accordant une interview aux journaux congolais sur « son plan » (Le Potentiel, le Phare, l’Avenir), Nicolas Sarkozy avoue « son amitié » pour le Congo et son refus du démembrement de ce pays. Mais comme nos journalistes, Sarkozy touche à la question de « la télécratie » congolaise en y apportant une réponse hypocrite: « Le Président Kabila dit que tout se décide à partir du Congo ». Réponse que nos journalistes n’ont pas remise en cause tout en sachant que le Congo est dirigé de l’extérieur!
 
Nos journalistes, habitués aux questions classiques, n’ont pas su partir des questions internes à la France pour poser le problème éternel de l’asymétrie dans les rapports entre l’Occident et l’Afrique.
 
Pourquoi la France en proie à des marches à répétition ne sollicite-t-elle pas les conseils des gouvernants congolais? Pourquoi le contraire demeure-t-il la règle? Voilà des questions « saugrenues » qui pourraient amuser « les bien pensants ». Et pourtant, il nous semble essentielle et trahissent le niveau très avance de l’extraversion du pouvoir politique congolais. Et dans l’entre-temps, à en croire Jeune Afrique, « plusieurs groupes de travail mixtes Elysée-Quai d’Orsay (mines, agriculture, énergie, FDLR…) se réunissent régulièrement afin d’élaborer une proposition d’ensemble que Nicolas Sarkozy devrait rendre publique à la fin mars, à Kinshasa, après qu’elle aura été acceptée par les deux parties, et dans le cadre solennel d’un sommet des dix chefs d’Etat de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) que Sarkozy a demandé à Kabila de réunir chez lui pour l’occasion. » (F. SOUDAN, Que cherche Sarkozy, dans Jeune Afrique N° 2507 du 25 au 31 janvier 2009, p. 41)
 
Nicolas Sarkozy n’a pas renoncé à sa dot congolaise pour son mariage avec le Rwanda. Ses déclarations officielles n’ont rien à voir avec la situation réelle du Congo. Est-ce un hasard que le Rwanda et l’Ouganda ne veulent plus partir officiellement de chez nous? 
 
 
La situation actuelle de notre pays
 
 
Selon certaines sources étudiant le retour officiel de l’Ouganda et du Rwanda au Congo à travers deux coalitions armées, ces deux pays ont décidé d’étendre leur zone d’influence au-delà de leurs limites géographiques. Ils tiennent à recréer des espaces pour leur économie (de prédation) et leurs populations. Faute d’une armée républicaine, le Congo subit cette situation. L’implication de la communauté dite internationale dans la quête d’une issue viable aux questions récurrentes de sécurité dans notre pays est loin de produire des fruits satisfaisants.
 
Dans une interview accordée au journal Le Potentiel, Philippe Biyoya arrive à dire, avec des mots très simples, en remontant le cours de notre histoire, que cette fameuse communauté internationale n’a jamais contribué aux efforts d’autodétermination de notre pays. Malheureusement, ne relisant pas beaucoup notre histoire, nous pensons en une conversion possible de cette communauté dite internationale en une ONG charitable! Une illusion fondée sur une naïveté inqualifiable!
 
Certains d’entre nous, habitués aux analyses superficielles et rapides, se limitent aux épiphénomènes.
 
Dans l’analyse de la situation actuelle de notre pays, ils se limitent au désir de puissance de l’Ouganda et du Rwanda, en négligeant tout le pouvoir financier qui utilise Kagame et Museveni pour maintenir le Congo dans la posture d’un Etat faible, exploitable à souhait.
 
Dans ce contexte, rappeler le principe constitutionnel selon lequel le Congo est un Etat souverain. Que sa souveraineté appartient au peuple qui l’exerce de manière directe ou par ses représentants ne nous avance pas beaucoup. Il faut aussi poser la question de la qualité de la représentation et des lieux de l’exercice de cette représentation.
 
Quand nous parlons du peuple congolais aujourd’hui, nous avons tendance à en faire un bloc monolithique dont la vie politique se réduit à celle des gouvernants actuels. Sa représentation serait limitée aux parlementaires et aux gouvernants issus des élections de 2006. Donc, notre vision de la représentation est limitée à la représentation procédurale, c’est-à-dire, celle issue des procédures électorales. Ce réductionnisme se comprend dans un contexte d’une politisation à outrance de la vie sociale ou plutôt d’une prise en otage de l’espace vital congolais par un groupe de « politicailleurs » au passé sulfureux. Cette politisation à outrance de la vie sociale fait fi des autres représentations fonctionnelles, d’autres corps intermédiaires tels que les syndicats, les organisations de la société civile, les cours et les tribunaux, les organisations de la diaspora, etc. La prise en otage de ces corps intermédiaires par « les politicailleurs » restreint l’espace de l’épanouissement d’une démocratie digne de ce nom.
 
Pour dire les choses simplement, l’espace de « la politicaille » a réduit à ses dimensions les espaces culturel, spirituel, économique, religieux et éthique congolais et a incapacité un grand nombre d’acteurs qui y opèrent. Du point de vue de l’ordre du discours, tout ce qui sort du langage convenu est suspect. L’autocensure à laquelle se livrent les acteurs de ces autres espaces vitaux relève d’un esclavage voulu et/ou inconscient.
 
Le peuple congolais est un et multiple
 
Heureusement, l’expérience de notre marche historique nous prouve, à plusieurs reprises, que le peuple congolais est un et multiple. Qu’il déborde l’espace géographique congolais et organise sa représentation fonctionnelle (informelle), tant soit peu, efficacement. Ici, il faut faire très attention: le danger du monolithisme demeure. (Le discours convenu selon lequel les Congolais ne sont pas organisé cache mal l’intention de ceux qui veulent à tout prix contrôler les organisations des Congolais, les structurer pour les téléguider.)
 
Il vient, ce peuple, à travers sa jeunesse née en France, de forcer Nicolas Sarkozy, à revenir (stratégiquement sans convaincre) sur son plan pour le Congo. Il y a quelques semaines, ses fils et filles ont, à Liverpool, convaincu leurs partenaires anglais, que leur patrie-mère connaît, depuis 1996, un holocauste qui ne dit pas son nom. Hier, le 16 février, ils ont célébré à Kinshasa et à Bruxelles (en interconnexion entre le Collectif du 16 février et Epiphanie) les martyrs de la Conférence Nationale Souveraine. Les exemples de ces représentations fonctionnelles peuvent être multipliés. Ceux qui ne les connaissent pas approchent tous les Congolais et toutes les Congolaises sous le prisme de « BMW ». Ceux à qui ces représentations échappent et qui ont peur que le Congo ne soit plus sous leur botte livrent une guerre psychologique sans pareille aux fils et filles de notre peuple en répétant à leurs disciples: « Les Congolais ne sont pas organisés. » Ils font comme si, les Congolais, après avoir longtemps crié sur les toits pour communiquer au monde ce qu’ils font n’étaient pas capables de changer de stratégie, de changer de fréquence!
 
A travers « les Congolais ne sont pas organisés », il y a une inquiétude à lire: « Nous ne savons plus ce que les Congolais font et nos supplétifs et « collabos » sont de plus en plus minorés. » Telle est l’une des lectures possibles de ces attaques en règle dirigées contre les filles et les fils de notre peuple.
 
Que Nicolas Sarkozy ait reculé, ne fût-ce que du point de vue du discours officiel (pouvant servir de somnifère pendant que Kagame et Museveni s’organisent pour rester ad vitam aeternam au Congo) après quelques deux jours de sit-in organisés par la jeunesse congolaise à l’Assemblée nationale française, cela prouve que le peuple est souverain à travers la façon dont il assume cette souveraineté, à travers le travail citoyen de souveraineté qu’il abat et non seulement à partir des principes constitutionnels.
 
Donc, la souveraineté n’est pas qu’un principe. Il est dans les actes concrets que « le souverain réel pose ». En d’autre termes, le mot peuple a une densité politique inconnue de ceux qui assimilent « peuple » à populations amorphes. Le peuple né quand, ces populations, à travers ses représentations procédurales et fonctionnelles inventent des espaces de liberté et de bonheur partagé. Qui dit peuple dit peuple debout, luttant pour la conquête et la reconquête de sa souveraineté contenue dans les textes fondateurs, conçus chez nous pour la consommation extérieure.
 
Si les Congolaises et les Congolais debout ont encore du travail à abattre, celui-ci consisterait:
 
à fermer les oreilles aux bruits des sirènes clamant notre désorganisation;
 
à se donner mutuellement du courage entendu « comme vertu qui se manifeste par l’endurance dans l’impossible » pour transformer ce dernier en impuissance;
 
à créer nos « Bolloré », c’est-à-dire nos hommes et femmes d’affaires, capables de peser de tout leur poids dans la création et la défense de nos intérêts économiques dans les rapports de force mondiaux;
 
à travailler davantage en synergie pour l’élargissement de l’espace démocratique et l’invention des institutions fortes;
 
à identifier d’autres « voyous » du Sud, de l’Est, de l’Ouest et du Nord pour un travail de métissage permanent.
 
Ici la main tendue de la Bolivie ou du Venezuela à la Russie et leur insertion dans le Réseau asiatique de sécurité énergétique ou une coopération intelligente avec l’Organisation de la coopération de Shanghai seraient des voies à exploiter par des représentations procédurales et fonctionnelles congolaises soucieuses de rompre avec une « télécratie » avilissante. La multipolarité pourrait rendre le monde plus habitable.
 
J.-P. Mbelu
Brussels-Belgie
Beni-Lubero Online
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Prospective sur le rôle du télévangélisme dans la transformation des systèmes de croyance

Les Puissantes œuvres de Dieu vont secouer toute l’Afrique ! Les morts ressuscitent, les muets parlent. Les aveugles voient et les sourds attendent. Toutes sortes de maladies incurables y compris le sida, le cancer et la leucémie peuvent guérir. Les preuves tangibles confirment que Dieu est vivant. (Rév. Dr Jaerock Lee, Kinshasa, février 2006).
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0. Introduction
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Un nouveau « genre religieux » émerge dans la sphère publique congolaise. Sur terrain, on observe des nouveaux cultes caractérisés par des nouveaux styles d’adoration, des nouvelles manières d’être chrétien ou tout simplement d’être spirituel. Manifestement, ces églises « nouveau paradigme », prennent leurs origines dans le pentecôtisme charismatique.
Bien d’indicateurs démontrent qu’en milieux urbains congolais, des nombreux chrétiens construisent désormais leurs systèmes de croyance, non seulement à partir du répertoire des symboles qui leurs sont traditionnellement offerts dans le cadre des Églises historiques, mais aussi ils puisent dans le forum des nouvelles sources spirituelles en vogue. Une analyse flottante du phénomène dans la mégapole de Kinshasa, porte à croire que les médias seraient les principaux protagonistes de cette « révolution religieuse ».[1]
Sur le plan matériel, un des indicateurs évidents du progrès des Eglises des miracles au Congo, est la monopolisation de l’espace médiatique, par des transmissions en semaine et de manière particulière le dimanche, selon l’adage « à chaque Eglise sa TV, à chaque TV son Eglise ».[2]
Grâce à leur approche positive à la technologie de la communication, les messages des Eglises de Réveil, « réveillent » des masses y compris les fervents des Églises historiques. Dans un langage commun, au cours des transmissions télévisuelles et des croisades d’évangélisation sur les places publiques, les prédicateurs médiatisent un discours adapté aux milieux urbains en crise : délivrance, onction, mariage, miracles, prospérité, semence, élection divine, dîme, visa, voyage, etc.
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Comme l’atteste bien d’observateurs,
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« il s’agit là surtout d’un phénomène urbain, c’est l’effervescence des Eglises dites "évangéliques", "pentecôtistes" ou "charismatiques." Elles ont toutes les caractéristiques de ce qu’on appelle le "néo-pentecôtisme" à savoir :1) l’exploitation maximale des ressources médiatiques et financières ; 2) l’accent mis sur l’offre de délivrance des démons qui habitent les corps et les esprits ; 3) l’investissement de l’espace public et politique au service de la guerre spirituelle contre les forces du mal. »[3]
Notre exploration s’avère, non seulement une description du climat de christianisation au quotidien dans la capitale congolaise, mais également une prospective sur le rôle des médias religieux dans la transformation des systèmes de croyance. Ainsi donc, nos observations seront focalisées sur le genre télévangélisme. Pour l’essentiel, cette recherche est motivée par la volonté de proposer des réponses scientifiques à des questions de sens commun qui du reste, font couler encre et salive, dans les cercles des observateurs tant « profanes » que spécialistes.
A dire vrai, quel serait l’impact actuel de la propagande religieuse, sur les doctrines classiques des Eglises historiques? La télévision évangélique serait-elle un facteur déterminant, dans la trajectoire des couches populaires en milieux urbains vers les Eglises des miracles ? Peut-on affirmer l’émergence sournoise d’une nouvelle culture religieuse, ou d’une transformation des systèmes de croyance ?
Au cours de cette exploration, nous voulons donc démontrer que la désarticulation de l’ordre sociopolitique, économique, culturel, voir religieux au Congo, au cours de ces deux dernières décennies, a engendré une crise de sens chez des personnes, surtout en milieux populaires urbains. Sur terrain, bien des personnes sont portées à la recherche des systèmes de croyance, qui puissent répondre plus adéquatement à leurs aspirations.
Dans bien des cas, si un individu parvient à percevoir, à lire et à construire à travers les médias évangéliques des structures, des signes et des symboles susceptibles de lui permettre de donner une orientation à la crise de sens engendrée par la conjoncture, l’individu, voir la communauté, serait porté à fréquenter les nouvelles Eglises, au risque de transformer son système de croyance. [4]
Cette exploration combine plusieurs outils de la démarche descriptive et analytique : l’observation participative (au cours des cultes et des campagnes d’évangélisation), le dépouillement des récits de conversion et des entrevues en profondeurs, l’audition des témoignages sur les guérisons miraculeuses et autres prodiges, l’analyse sémiologique des discours télévangéliques, l’analyse de contenu de la musique chrétienne contemporaine, etc.
I. Le contexte social de prolifération des Églises de Réveil
Au cours de ces deux dernières décennies, la RDC a amorcé une véritable descente aux enfers, et le moins que l’on puisse dire est que le commun du peuple ne sait plus à quel saint se vouer. Aux crises sociales, militaires et politiques, s’est greffée une sévère crise économique dont les issues demeurent loin d’être perceptibles. L’ouverture ressente du pays au système démocratique, ayant débouché sur l’installation des institutions issues des premières élections libres et démocratiques, ne génère pas encore des signaux forts susceptibles de servir d’indicateurs d’un véritable changement social. C’est dans un tel contexte de crise chronique que prolifère les cultes dans les bidonvilles de la plupart des milieux urbains au Congo.
En réalité, le terrain s’avère plus que jamais réceptif à toute nouveauté. Dans ce contexte, les innovations à caractère religieux rencontrent de manière particulière bien d’interlocuteurs surtout dans les cercles des jeunes. Dans la mégapole de Kinshasa, on perçoit la perte des repères familiaux, l’ébranlement des valeurs de l’organisation paysanne, le chômage déguisé, le célibat prolongé, la prolifération des fléaux comme le sida, la fièvre typhoïde, la tuberculose, l’entrée sur scène du phénomène « enfants de la rue », « enfants-sorciers », « enfants soldats », « kuluna », mpomba », etc. Le rêve d’exode vers l’eldorado européen ou sud africain, demeure au centre des préoccupations de la nouvelle génération, dans presque toutes les villes du pays.
Au cours d’un film documentaire réalisé récemment à Kinshasa par le cinéaste belge Gilles Remiche, la capitale congolaise est présentée comme une véritable cours des miracles contemporains, où trônent les télévangélistes entourés des nombreux acolytes. Ce film documentaire intitulé Marchands de Miracles est en réalité un périple à la découverte de cet univers ahurissant, où la violence des cultes reflète celle de la misère; où le discours tragi-comique des télévangélistes, répond à la naïveté désespérée des fidèles. Marchands des miracles décrit tant mieux que mal le contexte de christianisation au quotidien en milieux urbains congolais. Voici comment notre documentariste introduit lui même son film :
« …que peut-on attendre de la vie dans un pays fantôme, ravagé par la guerre, la maladie, la corruption et l’égoïsme des puissants ? Un miracle ! Ce pays, c’est la République Démocratique du Congo et les miracles y sont proposés quotidiennement dans les églises de guérison, appelées aussi "églises de réveil". Des nouvelles églises, fruits d’un croisement hybride de pentecôtisme "born again" à l’américaine et de croyances traditionnelles africaines. A leur tête, les "pasteurs", "prophètes" ou "apôtres" messianiques distillent des promesses de guérison de maladies incurables, d’obtention de visa pour l’Eldorado européen, ou encore de prospérité immédiate. Pour ce faire, certains ont même mis sur pied leur propre chaîne de télévision, au succès sans cesse croissant. Ainsi, les églises du réveil séduisent aujourd’hui la majorité des Congolais. »[5]
Visiblement, bien des frustrations sont alternées par les structures des Eglises de Réveil notamment les temples, les groupes de prière, les amphithéâtres, les cliniques de Jésus, les messages véhiculés par la musique chrétienne contemporaine, les films religieux, les prédications médiatisées, les campagnes d’évangélisation, etc. Manifestement, les nouvelles communautés religieuses offrent des structures pour l’établissement des nouveaux réseaux sociaux, comme semble le décrire cet observateur :
« le concept Eglise de Réveil prend le sens de regroupement de personnes qui sont indépendantes et qui se disent qu’ils sortent d’un sommeil quand elles étaient dans les Eglises traditionnelles qui sont leurs Eglises mères. Et pour montrer à l’opinion ce réveil, les adeptes prient à haute voix, consacrent la majorité de leurs temps aux activités de l’Eglise. C’est ce qui explique la grande animation des adeptes perturbant parfois la quiétude psychologique des voisins avec des instruments musicaux. »[6]
II. le télévangélisme congolais dans le cadre des approches critiques des medias
1. Le télévangélisme et ses origines nord américaines
Le télévangélisme est couramment appelé « Eglise électronique » ; ce néologisme d’origine américaine, élément essentiel de l’audiovisuel religieux, accole tout simplement Télévision à Evangélisme. A dire vrai, l’usage de la télévision en vue de la propagande évangélique est un phénomène relativement nouveau, d’autant plus qu’il prit son essor, entre les années 50 et 70.[7] Dans l’acception de ces Églises de souche pentecôtiste fondamentaliste, la technologie de la communication reste le moyen de propagande par excellence. Radio, télévision, internet, etc., s’avèrent des instruments de grâce, que la providence donne à l’intelligence humaine, afin de répandre la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre, avant le retour du Christ.
Sous une perspective à la fois descriptive et historique, Ben Barka, un des spécialistes mondialement reconnus des médias religieux nord américains, nous livre la nature même du télévangélisme :
« Le terme "télévangélisme", désigne à strictement parler, l’activité des prédicateurs les plus souvent fondamentalistes ou pentecôtistes, lors d’émissions religieuses à la télévision américaine. Mais pris au sens large, ce terme englobe l’ensemble des programmes radiodiffusés et télévisés, comprenant aussi bien des émissions purement cultuelles : sermons et prières, talk shows, spectacles de variétés, bulletins d’information, films, feuilletons, séries comiques, etc. » [8]
Le télévangélisme américain, comme facteur d’influence de la propagande évangélique en villes d’Afrique subsahariennes reste très perceptible, par la commercialisation et la diffusion des cassettes audio visuelles « made in Usa ». En effet, les images des télévangélistes américains comme Billy Graham, Jerry Falwell, Pat Robertson, Jim Bakker, Jimmy Swaggart, ne sont pas inconnus des citadins africains. Visiblement, les genres et formats des programmes télévangélistes congolais se calquent sur le model américain. Pour s’en convaincre, il suffit d’explorer la similitude dans la réalisation et la diffusion des sermons, prières, guérisons-miracles, louanges et adorations, talk show, enseignements bibliques, musique chrétienne contemporaine, feuilletons, etc. Par ailleurs, sur le plan doctrinal ou thématique, l’analyse du discours dénote plusieurs similitudes : prospérité, miracles, onction, visitation divine, parler en langues, etc.
2. Télévangélisme ou hégémonie culturelle
Une des thèses des théories regroupées sous le label « théories du conflit social » ou appelées également « théories critiques », est que la communication de masse sert à renforcer et à reproduire les tendances idéologiques dominantes [9]. Une telle réalité est observable dans les programmes médiatiques qui arrosent les villes congolaises. A dire vrai, la propagande religieuse qui déferle chaque jour sur la capitale congolaise, constitue un véritable somnifère, face à la désarticulation du contexte sociopolitique et économique actuel. A croire aux mêmes théories, les facteurs économiques ou idéologiques, influencent, voir déterminent le système des médias.
Les médiologues de l’Ecole de Francfort s’intéressaient à l’échec du changement social révolutionnaire ; ils attribuent la raison de cette faillite à la superstructure du système capitaliste, tout particulièrement aux médias, qui, selon eux, subvertissent les processus historiques du changement. D’après ces érudits, si l’histoire s’est « trompée de chemin », c’est parce que les idéologies de la classe dominante ont réussi à conditionner la base économique par la subversion et l’assimilation de la classe ouvrière. La culture de masse représente à leurs yeux le moyen par excellence d’atteindre le succès du capitalisme monopoliste.
Les théoriciens critiques souhaitent dévoiler la vérité cachée d’un système de domination, qui fonctionne, selon eux, par la dissimulation. Ils voient dans les techniques de communication de masse des instruments de la manipulation. C’est pour cela qu’ils mettent un accent tout particulier sur l’analyse du contexte dans lequel se déroule la communication. D’après eux, l’ignorance du contexte dénature la réalité de la communication.
Les valeurs culturelles importées d’autres pays sous forme de distractions ou d’autres genres d’émission peuvent polluer la culture locale, tout particulièrement quand il s’agit des pays en voie de développement. Le style de production du pays fournisseur, sa technologie et ses valeurs, seront également source d’influence pour le système de communication de ces pays. Les valeurs introduites sont celles du capitalisme impérialiste. D’une manière consciente et délibérée, elles visent à coloniser et à subordonner des pays en voie de développement. En effet,
« la communication de masse est devenue un mécanisme efficace dans la domination culturelle du Tiers Monde par les corporations multinationales qui cherchent et obtiennent ainsi des marchés pour leurs produits et services. Cette politique d’exploitation trouve des alliés dans la classe dominante des pays du Tiers Monde, qui collaborent avec le projet d’importation des biens de consommation et de la technologie occidentale »[10].
Des vidéocassettes des guérisons miraculeuses arrosent les villes d’Afrique subsaharienne : boiteux qui marchent, aveugles qui recouvrent la vue, muets qui parlent, etc. Des programmes évangéliques comme le « 700 Club » de Pat Robertson, déferlent sur le continent depuis les années 80, grâce à la magie des antennes paraboliques. Par ailleurs, des livrets des prédications de Jimmy Swaggart sont traduits en langues locales et distribués comme des petits pains par des librairies populaires à Kinshasa et à Brazzaville.
Dans la capitale congolaise, la plupart d’Eglises pentecôtistes et évangéliques bénéficient du soutien des ONG nord américaines. Ces institutions fournissent des équipements pour station de radiodiffusion, chaîne de télévision, studio d’enregistrement de musique chrétienne contemporaine, etc. Par ailleurs, ces même lobbys offrent des occasions de stage aux télévangélistes congolais ; pour preuve, les biographies des télévangélistes les plus célèbres comme Fernando Kutino, Sonny Kafuta Rockman et bien d’autres, démontrent qu’ils ont suivis des stages de formation biblique dans des écoles ouest africaines, notamment au Nigeria. Ces centres de professionnalisation des prédicateurs, font partie d’un réseau international des Eglises pentecôtistes et fondamentalistes nord américaines.
III. Du veau d’or au Dieu congolais
Dans les cultes des nouvelles Eglises, la Bible reprend une place d’honneur, elle repose toujours sur un lutrin de fortune dans l’assemblée. Ce livre sacré est interprété à la manière d’un code de droit civil : on’ y puise des réponses à toutes les préoccupations d’ordre tant social que spirituel. Comme le soulignent bien d’observateurs,
« le recours à la Bible dans les sectes consiste à chercher des passages adaptés à la situation du requérant. En tant que livre de recours et source d’inspiration, la Bible donne lieu non pas à une lecture scientifique, mais à une lecture fondamentaliste et littéraire. La Bible est alors interprétée d’après les situations. A leurs yeux tout ce qui vient de la Bible est sacré, est parole de Dieu et peu importe l’interprétation qu’il faut en tirer. »[11]
L’interprétation de la bible est une activité taillée sur mesure. A propos, une analyse flottante de quelques thèmes, qui constituent le centre de gravitation du discours des leaders des nouvelles Eglises, est susceptible de favoriser la perception de cette réalité.
1. La semence au quotidien
Face à la désarticulation du contexte social, le besoin ardent de se défendre contre les mauvais esprits, les envoûtements, les enfants sorciers, la désoccupation, le célibat prolongé, le sida, etc., demeure le mobil principal de la célébration des cultes des miracles. La volonté de « domestiquer » Dieu comme rempart, bouclier, forteresse sûre, reste vraisemblablement le centre de gravitation des groupes de prière. Au cours des cultes, des campagnes d’évangélisation, des réveillons de prière, les femmes amadouent Dieu, en déposant au pied du lutrin des objets de luxe : bijoux, gourmettes, colliers, bracelets, bagues en or, téléphone mobile, appareils électroménagers, etc.
Bien des cultes des Églises de Réveil, rappellent l’épisode biblique du veau d’or dans le livre d’Exode[12]. A Kinshasa, les cultes de Réveil célèbrent une divinité « gentille », courtoise, facilement fréquentable, peu conflictuelle, un ami, un collègue, un frère, bref un Dieu congolais ! [13]
Le Dieu de nos Eglises perçoit sa dîme, sa semence ; à son tour, il réagit par la réalisation des prodiges au centuple : onction, travail, mariage, visa, voyage, prospérité, etc. Le Dieu d’Abraham et de Moise réagit par des oracles, des châtiments, inonde la terre de déluge, promet le feu éternel ; alors que le « nouveau Dieu » porte ses enfants sur ses bras, les caresse sur les genoux. On le remercie par des cultes chaleureux : adoration, louange, invocations, témoignages, cantiques populaires, cris, slogans, danses exubérantes au rythme du tam-tam, ou à la guitare électronique [14].
Dans l’acception des adeptes des Eglises de Réveil, si dans une communauté, existe des chrétiens qui récoltent très peu, c’est signe qu’ils ne sèment pas en suffisance [15]. Il est question surtout de prendre en charge le « serviteur de Dieu », si on souhaite une récolte abondante, celle-ci est donc proportionnelle à la semence. Souvent, on sème des biens matériels en les déposants au pied du lutrin du pasteur ; la récompense pour le semeur viendra sous forme de travail obtenu, célibat brisé, stérilité anéantie, visa accordé, etc.
2. Bâtir pour le Seigneur : Sonny Kafuta
Le général Sony Kafuta Rockman, dirige l’Eglise de l’Armée de l’Eternel. Ce temple gigantesque au croisement des avenues Sendwe et Kasa-Vubu, au cœur de la mégapole de Kinshasa, reste encore en chantier malgré l’évolution manifeste des travaux. Après avoir bénéficié des prodiges de l’Eternel au cours de la croisade, les participants doivent soutenir les travaux de finissage de ce temple du siècle, au cours d’une vaste campagne de semence.
« Je dois porter en bout ce travail, je dois construire un Temple à l’instar du Rois Salomon. Les travaux avancent bien et cheminent vers la fin. Il faut agrandir le local de l’Eglise car il faut un tabernacle. Nous avons besoin de 620 sacs de ciment à 10 dollars pièce et de trois camions de caillasses à 1500 dollars. […] Vous êtes mon investissement. Si j’échoue, je perds, et vous devenez des criminels économiques pour l’Eglise, car vous empêchez la réalisation du temple de l’éternel »[16].
3. Campagne de Semence pour le salut du Congo : Denis Lessie
Si le jeûne est une technique de purification spirituelle, la semence s’avère plutôt une technique privilégiée de captation de ressources matérielles auprès des fidèles. Nous en voulons pour preuve les prêches du prophète des nations, le pasteur Denis Lessie, sur les antennes de Nzondo TV[17]. L’homme est un autre « chantre » de la théologie de la prospérité et de la semence à l’instar de l’archbishop Fernando Kutino et du général Sony Kafuta Rockman :
[…]. Nous sommes dans un monde des démons. […]. Dites amen. La Sunamite a compris. […]. Et le dynamisme spirituel c’est la volonté, le courage d’aller d’amélioration en amélioration. Dites amen trois fois à haute voix. Bien-aimés, aujourd’hui nous parlons de la Sunamite. Dieu n’a pas appelé la Sunamite. Elle-même s’est fait appeler. Après, Elysée était troublé. Sa honte, c’est parce qu’elle était stérile. Après la prophétie d’Elysée, elle eut un enfant. […]. Aujourd’hui on a des croyants qui n’offrent que 10 dollars ou 20 ! Mais on ne trouve plus des croyants de la trempe de la Sunamite capables de bâtir une maison pour le pasteur. Cette femme non seulement elle avait la foi, mais elle était une semeuse. Elle a construit pour l’homme de Dieu, elle a semé. […]. Ne minimisez pas Dieu pour vos petits biens matériels ! Tout ce que vous avez lui appartient. Dieu doit voir votre héroïsme. Il doit te voir dans ton dynamisme spirituel, par ta semence. […]. Un héros a des pensées nobles, des pensées positives. […]. Attaches-toi à des personnes qui vont changer ta vie. L’exemple de Sillas avec Paul […]. Faites un effort pour être connu par le leader de l’Eglise. […]. Moi, je dois te connaître. Si tu ne veux pas que je te connaisse, alors deviens au moins héros. Provoque ! Deviens même Tabitha. Fais que je te connaisse. J’aimerais même boire un verre d’eau chez toi. Où est la femme qui a l’habitude de porter mon effigie ? Elle n’est pas là ? Elle vient de rater sa bénédiction. (Le pasteur sort alors de sa poche un billet de monnaie, 100 dollars américains et demande à une fille du service de protocole d’aller remettre cet argent à la dite femme). Alléluia ! Cette affaire ne va pas s’estomper ici ! Il faut qu’on te connaisse par ton dynamisme spirituel, ou par la semence ou par la foi audacieuse. En dehors de ces trois choses, tu n’es pas un héros. […]. (Le pasteur désigne un homme dans l’assemblée et déclare) : il m’a marqué, il m’a déjà donné 300 dollars. Il m’a marqué. Voici un homme qui m’a marqué. Savez-vous que cet homme m’a déjà offert 300 dollars ? Il m’a marqué. Vous êtes dans mes pensées monsieur.
Ces exemples de discours constituent « le nouveau paradigme » des prédications inaugurés par les Eglises de la prospérité. Des telles transmissions prennent la part du lion dans les médias évangéliques, qui déferlent sur Kinshasa et ses environs.
4. Les aveugles voient, les sourds attendent, les boiteux marchent
La visitation est également un des thèmes en vogue, dans les enseignements des Eglises des miracles à Kinshasa. On y rapporte que la Bible est jalonnée d’épisodes de visites de Dieu à son peuple, comme qui dirait que l’histoire du salut est avant tout une histoire de visitation. L’on croit qu’au cours de chaque culte et surtout à l’occasion des croisades évangéliques, que Dieu visite « en chair et en os », chaque fidèle pour le bénir au centuple. C’est ainsi que pendant les campagnes d’évangélisation dans les stadium et autres lieux publics, Dieu intervient de manière spéciale pour opérer des prodiges : les aveugles voient, les boiteux marchent, les chaînes du chômage et du célibat sont brisées, des visa accordés, etc. A propos, nous pouvons faire allusion à certains épisodes de visitation divine.
4.1. Le « Festival des guérisons et miracles » : Jaerock Lee
Coré – Afrique 2006, R.D. du Congo.
Avec le révérend Dr Jaerock Lee
FESTIVAL GUERISONS MIRACLES
Stade des martyrs Kinshasa, RD Congo.
Du jeudi 16 au samedi 18 février 2006, 15 h 00.
* Les Puissantes œuvres de Dieu vont secouer toute l’Afrique !
* Les morts ressuscitent, les muets parlent.
* Les aveugles voient et les sourds attendent.
* Toutes sortes de maladies incurables y compris le sida,
* le cancer et la leucémie peuvent guérir.
* Les preuves tangibles confirment que Dieu est vivant.
Vous pouvez expérimenter le site des miracles. Pour plus d’informations : http://www.wcdnindia.org/miracle/jaerocklee/jaerocklee.htm
Ce texte reproduit comme tel, est l’extrait de l’affiche de la campagne d’évangélisation, qui du reste, dresse le programme du télévangéliste coréen en terre congolaise. Nous avons étés témoins oculaires de ce Festival du siècle, dont le protagoniste principal n’est personne d’autre que le télévangéliste coréen Jaerock Lee. A l’instar d’autres stars modernes, « l’homme de Dieu » coréen c’est avéré à la hauteur de sa popularité, en drainant des milliers des kinois vers le stade des martyrs, au cours de la semaine du 14 au 18 février 2006. Une seule motivation parmi les nombreux « chercheurs de Dieu » : « briser les chaînes et ouvrir les portes ». Il s’agit de demander à l’envoyé de Dieu de briser les chaînes du célibat, du chômage, des maladies et de toute malédiction d’une part, d’autre part, ouvrir les portes du voyage, de la prospérité, de l’onction.[18]
4.2. La croisade seconde vie avec le Général Sony Kafuta Rock Man
Une fois de plus à Kinshasa, le « serviteur de Dieu » Sony Kafuta Rockman venait de tenir une grande croisade d’évangélisation dans la commune de Bandalungwa du 17 au 19 juin 2006. C’est sous l’égide de l’Eglise « Armée de l’Eternel », que le prédicateur a organisé cette importante campagne d’évangélisation en plein cœur de la commune de Bandalungwa, en face de la maison communale.[19] Il n’a pas manqué de prier pour le pays et ses autorités, dans ce contexte de crise sociopolitique sans précédent.
Pendant toute la semaine, l’événement n’a pas cessé d’alimenter la une de l’actualité quotidienne. Voici comment un quotidien local à brossé ces épisodes de visitation divine, en date du 21 juin 2006, dans un article intitulé « Bandal bénie » :
« La commune de Bandalungwa a vécu la grande croisade d’évangélisation dénommée « Seconde vie ». Dieu a réellement visité son peuple sous la conduite de Sony Kafuta Rockman, figure emblématique de l’histoire d’évangélisation et des Eglises de Réveil au Congo et dans le monde. […] Des âmes ont été sauvées, par le fait d’accepter le Seigneur comme seul Maître de leur vie. Les miracles ont également accompagné le message. En effet, le Seigneur a puissamment utilisé son serviteur Sony Kafuta, par le recouvrement de la vue par les aveugles, l’ouïe par les sourds. Les boiteux ont abandonné les béquilles et les malades ont miraculeusement étés guéris. »[20]
Vi. Le rôle joué par le telévangélisme
Les Eglises des miracles émergent dans un contexte conjoncturel bien précis. Sans pourtant jouer le rôle de protagoniste principal dans cette prolifération, la technologie médiatique est un acteur sournois, son impact reste perceptible comme moyen de vulgarisation des doctrines des nouvelles Eglises. Ainsi donc, radio, télévision, films, affiches, posters, campagnes d’évangélisation, musique chrétienne contemporaine, constituent des projecteurs non redoutables des symboles charismatiques, dans la sphère publique. Grâce aux supports médiatiques, les activités des nouvelles Eglises figurent désormais à l’agenda des débats quotidiens.
Dans le contexte actuel, marqué par le pluralisme religieux, idéologique, culturel, etc., la technologie de la communication constitue un véritable fer de lance, dans ce monde de plus en plus global. La ville cosmopolite de Kinshasa, actuellement supermarché des cultes, n’est pas du reste. A propos, Degenais B., affirme ce qui suit : « Dieu tout comme l’Eglise, tous deux ont besoin de marketing, l’un et l’autre doivent affirmer leur existence au milieu des nouvelles réalités religieuses. Lorsque les grandes religions étaient confinées dans une aire géographique donnée, il leur était facile d’affirmer que le vrai Dieu était le leur. Et quand, de ces aires géographiques, se préparaient des conquêtes, on transportait et imposait le vrai Dieu. Aujourd’hui, dans de multiples pays, les différentes religions se côtoient avec ou sans discrimination : catholique, protestante, islamique, juive, hindoue. Dans chaque religion, des écoles de pensée s’affrontent. Et à côté d’elles se développe une nouvelle spiritualité incarnée par les sectes multiples, les gourous tout puissants, les mouvements holistiques, messianiques ou apocalyptiques. Et chacun revendique toujours la primauté de son Dieu et la sagesse suprême de «sa» religion ».[21]
Ainsi faisant, les Eglises de Réveil se présentent désormais comme partenaires importants dans l’arène religieuse du pays. Les médias donnent de la visibilité aux Eglises de Réveil et leurs stars leaders. Les Eglises des miracles se révèlent comme des religions alternatives, c’est-à-dire, un réseau des cultes non dénommés, qui fournit aux individus, l’opportunité d’avoir accès à l’expérience religieuse, sans engagement dans une confession. Les « Eglises électroniques » congolaises ont donné à des nombreux spectateurs l’opportunité d’avoir accès à l’expérience religieuses, au delà de celle que leurs procurent les paroisses d’affiliation. Par l’interprétation libre de la Bible sur les places publiques, les Eglises de Réveil offrent un autre « son de cloche », en matière d’interprétation des « vérités » bibliques.
La diffusion des phénomènes extraordinaires, reste au centre des cultes charismatiques : guérisons, transes, exorcismes, parler en langues, témoignages sur les visas accordés, etc. La transmission télévisuelle des tels épisodes, attire la curiosité des personnes en quêtes des solutions pour leurs nombreuses préoccupations, d’ordre à la fois matériel et spirituel.
Notons qu’en réalité, les flux médiatiques évangéliques se réalisent au cours d’un véritable matraquage des fois aux allures agressives. A vrai dire, il s’agit d’un amalgame des stratégies utilisées par les télévangélistes, pour faire croire au spectateur d’être entouré des démons, d’enfants sorciers dans le quartier, d’envoûteurs et autres genres de malfaiteurs.[22] A la fin de ces transmissions, certains spectateurs perçoivent le besoin urgent de se faire protéger. Ainsi faisant, ils souscrivent aux campagnes de délivrance et d’exorcisme.
Décrivant le contexte des médias évangéliques et autres campagnes d’évangélisation dans la capitale congolaise, le communicologue Mweze dresse un panorama, dont la substance est la suivante :
« La télévision joue le relais entre le lieu de culte et les croyants. La prolifération des sectes et groupes de prière à laquelle on assiste aujourd’hui est un phénomène de société. Qu’elle découle de la frustration ou de la misère excessive qui frappe de plein fouet nos populations, la religion sous cette forme, constitue un des derniers remparts des déshérités. Ici, c’est la fonction thérapeutique qui est au centre des préoccupations des kinois. Au-delà des longues séances de prières diurnes et nocturnes, les kinois s’accordent un supplément de temps de prière à travers les médias audio-visuels (radio et télévision). Et les effets de cette médiatisation sont palpables : l’on a vu des téléspectateurs pleurer à chaudes larmes devant la prédication d’un pasteur rompu dans l’art d’éveiller les émotions. Certaines ont même cru guérir (à distance) suite à telle prédication précise »[23]
Les télévangélistes attirent l’attention de l’opinion sur le prima de telle doctrine, au détriment de telle autre. Les enseignements sur la prospérité, la dîme et l’onction, prennent la part du lion dans les prédications des nouvelles Eglise. Sur terrain, le télévangélisme aurait donc une « fonction d’agenda » dont parlent les médiologues. En effet, au cours de leurs prédications, les nouveaux leaders religieux ne s’attardent pas sur ce qu’il faut penser, mais à quoi penser [24]. Une exploration des sermons des télévangélistes congolais démontre qu’ils mettent en jours des thèmes « taillés sur mesure » des versets bibliques. Ainsi faisant, dans son discours, le prédicateur a tendance à relativiser, voir à exclure les sujets contradictoires à la doctrine de la prospérité, de la semence, de l’onction, etc. A propos toujours de la fonction d’agenda, rappelons que cette théorie se réfère à la capacité des médias d’influencer le niveau de conscience du public sur divers sujets. En effet, «les médias peuvent attirer l’attention du public non seulement sur les individus ou les exploits particuliers, mais aussi sur certaines affaires publiques et mouvements sociaux, en les mettant sur la sellette. L’opinion des gens, concernant le sujet traité, peut ne pas changer, mais l’événement devient, grâce à l’intervention des médias, important aux yeux du public. Les médias définissent ainsi le calendrier des événements et la hiérarchie des sujets » [25]
Ainsi donc, plus telle doctrine est médiatisée, plus elle marque son degré d’importance. Les télévangélistes donnent le « point de vue de Dieu » sur le chômage, le mariage, le célibat prolongé [26], etc. Dans ce processus de transformation des systèmes de croyance, les observations démontrent en suffisance que les flux médiatiques évangéliques, font sournoisement résonner la « mosaïque » des doctrines religieuses, dans l’inconscient de la nouvelle génération surtout en milieux populaires.
Le télévangélisme a en juste titre favorisé le nivellement des pratiques religieuses au même titre que les fêtes de réjouissance populaire. Ainsi donc, dans cette ville forum des cultes, les identités religieuses se discutent au même titre que l’appartenance à tel cercle des jeunes, telle équipe de foot bal, tel centre culturel, tel parti politique, tel orchestre, etc. La nouvelle culture religieuse, dont la technologie de l’information constitue le fer de lance, est donc à la fois globale, œcuménique de fait, pragmatique, utilitaire, expérientielle, etc.
Il n’en demeure pas moins que la propagande religieuse surtout en milieux urbains congolais, ai ébranlé les rapports des nombreux catholiques avec l’Église. A propos, une des thèses des recherches de Ben Barka sur le télévangélisme, s’avère de démontrer entre autre que « la religion électronique fait peser de nouvelles menaces sur la foi chrétienne, même s’il est vrai que la technique fait résonner la religion jusque dans l’inconscient de l’individu et sur les ondes électriques de la terre entière. La télévision n’est pas un vecteur neutre ; elle favorise la "folklorisation" de la religion, en la traitant au même titre que les autres objets culturels, tels que le sport, la musique, ou la mode »[27]
La désarticulation de l’ordre socio-économique, la démission de l’autorité politique et morale, a engendré au cours de ces deux dernières décennies, une crise de sens, surtout dans la nouvelle génération. Ainsi donc, plus les Eglises des miracles construisent par les médias, l’image symbolique d’une religion qui articule les préoccupations quotidiennes (chômage, célibat prolongé, maladies, malédictions, …), plus des individus, voir des communautés, seront potentiellement disposés d’adopter la nouvelle culture religieuse, voir de transformer leur systèmes des croyances.
VII. Ouvrages cités
BEN BARKA, M., Le rapport entre le télévangélisme américain et le fondamentalisme protestant, Genève/Paris, Labor et Fides, 1997.
Dagenais, B., « La communication des institutions religieuses » dans, http://greco.u-bordeaux3.fr/article.htm?tpg_id=272 (visité le 22/06/2006)
Lazard, J., sociologie de la communication, Paris, Armand Colin, 1991.
Mary, A., « Les pentecôtismes : culture globale et christianismes du Sud »,dans http://dafip.acaixmarseille.fr/actes_colloque/actes_2004_11.htm (visité le 24/03/ 2006)
Mvuezolo, J., Les « Eglises de réveil » de Kinshasa à l’ombre du mouvement néo-pentecôtiste mondial. Université de Kinshasa, Centre d’Études Politiques, 2006
Mweze, D., « Regard sur le téléspectateur kinois », dans famille et télévision, Actes de la 28ème Journée Mondiale des Communications Sociales, FCK, 1996. p7-16.
Konde, T., « Sectes, Culture et Société : Les enjeux spirituels du temps présent, Facultés Catholiques de Kinshasa, 1994.
Les nouveaux mouvements : Évangélisation et Développement. Facultés Catholiques de Kinshasa 1997.
Nkeni, M., « Le phénomène des sectes à Kinshasa. Essai d’une analyse anthropologique ». Université de Kinshasa, Faculté des Sciences Sociales, 1999.
Remiche, G., Film « Marchands des miracles », dans
http://www.cinergie.be/film.php?action=display&id=1081(visité le 26/02 /2006)
Prof. KAMATE MBUYIRO
Facultés Catholiques de Kinshasa
Pour citer cet article : Kamate Mbuyiro, « Médias et propagande religieuse à Kinshasa : prospective sur le rôle du télévangélisme dans la transformation des systèmes de croyance », dans Revue Africaine de Communication Sociale 2007, Vol. II, N°11, pp.85-99.
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[1] Notre étude se réfère à l’Afrique subsaharienne en général et, de manière particulière aux milieux urbains en RDC, notamment la mégapole de Kinshasa, cadre géographique de notre travail. La plus part de nos observations se déroulent dans les cercles des jeunes et les structures des Églises de Réveil.
[2] Dans cette course à la conquête des ondes, les prédicateurs qui ne disposent pas d’infrastructures personnelles, prennent en location des heures d’antenne sur les chaînes commerciales, afin de marquer leur présence dans l’opinion publique.
[3]Mary, A., « Les pentecôtismes : culture globale et christianismes du Sud », dans, http://dafip.ac-aix-marseille.fr/actes_colloque/actes_2004_11.htm (visité le 24/03/ 2006)
[4]Chez les jeunes catholiques, cet ambiance de « révolution spirituelle » est accompagnées par la pratique des prières spontanées, l’évocation fréquente du Saint-Esprit et du Sang de Jésus, la relativisation de la dévotion mariale, la récitation des versets bibliques, le parler en langues, les témoignages, la prééminence de l’image du pasteur télévangéliste comme symbole d’identification, etc.
[5] Remiche G., Marchands des miracles, dans http://www.cinergie.be/film.php?action=display&id=1081 (visité le 26/02 /2006)
[6]Nkeni, M., « Le phénomène des sectes à Kinshasa. Essai d’une analyse anthropologique ». Université de Kinshasa, Faculté des Sciences Sociales, 1999-2000. pp.12-13.
[7]BEN BARKA, M., Le rapport entre le télévangelisme américain et le fondamentalisme protestant, Genève/Paris, Labor et Fides, 1997, p. 86.
[8]Idem, p. 145
[9] Lazard, J. Sociologie de la communication des masses, Paris, Armand Colin, 1991, p. 37. L’ouvrage a l’avantage de nous présenter dans une perspective historique, les différentes approches de la communication des masses (p. 31- 43)
[10] Idem, p. 40.
[11]Konde N., Les nouveaux mouvements : Évangélisation et Développement. Facultés Catholiques de Kinshasa, 1997, p. 24.
[12] Lorsque les Israélites virent que Moise tardait de descendre de la montagne, ils se réunirent près d’Aron et lui dirent : « Allons, fabrique-nous un Dieu qui marche devants -nous, car nous ne savons pas ce qui est arrivé à Moise, l’homme qui nous a fait sortir d’Égypte ». Aron leur répondit, « Prenez les boucles d’or qui ornent les oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les- mois ». Tous les Israéliens ôtèrent leurs boucles d’oreilles en or et les remirent à Aron. Celui-ci les pris, les fit fondre, versa l’or dans un moule et fabriqua une statue de veau. Alors les Israélites s’écrièrent. « Voici notre Dieu qui nous fait sortir d’Égypte. Voyant cela, Aron construisit un autel devant la statue, puis il proclama : « Demain il y aura une fête à l’honneur du Seigneur. » Tôt le lendemain matin, le peuple offrit des sacrifices complets et des sacrifices de communion. Les gents s’assirent pour manger et boire, puis se levèrent pour se divertir, (Exode 32).
[13] Le Dieu « nouveau paradigme » visite son peuple au cours des cultes et campagnes d’évangélisation. On est loin du Dieu jaloux d’Abraham, de Jacob, de Moise, ce Dieu terrifiant dont le simple fait de prononcer une seule syllabe de son nom, valait la peine capitale. Le Dieu d’Abraham habitait loin du brouhaha du commun des mortels. Dans l’épisode du veau d’or, seul Moise approchait la demeure de Yahvé, les Patriarches pouvaient se tenir devant lui, soit pour lui offrir des sacrifices, soit pour implorer la cause du peuple ; Yahvé répondait par des oracles.
[14] Dans les nouveaux cultes, l’image du Christ est celui d’un guérisseur, faiseur des miracles, un Christ-Solution, le « Lion de la tribut de Juda ». Dans l’imaginaire des adeptes des cultes des miracles à Kinshasa, ce titre très médiatisé rappelle la bravoure d’un commandant sur le champ de batail. Celui-ci, combat pour protéger son peuple contre le célibat, le chômage, l’envoûtement, les enfants sorciers, les maladies. L’offrande reste le moment privilégier pour attirer la sympathie de Dieu qui réagit par des bénédictions au centuple.
[15] A propos, ce passage constitue le centre de gravitation de la doctrine de la semence : « sachez-le, qui sème chichement ainsi moissonnera et qui sème largement, largement aussi moissonnera, (2 Co. 6) ». Cette conception n’est donc pas très éloignée de la doctrine de la prospérité.
[16] Quotidien Society, Kinshasa, février 2006.
[17] Prédication du 26 avril 2006
[18] La suite du séjour du télévangéliste congolais dans nos murs, sera rapportée par la presse locale. On y rapporte des témoignages sur des guérisons miraculeuses opérées grâce au « savoir faire » de Jaerock Lee : des morts qui ressuscitent, des muets qui parlent, des aveugles qui voient, des sourds qui attendent, du sida qui guérit ! Bref, une véritable Jour du Seigneur.
[19] Signalons que dans la capitale congolaise, certains quartiers comme Bandal Molar (commune de Bandalungwa) et Matongé sont assimilés par les télévangélistes, aux cités bibliques de Sodome et Gomorrhe. Dans ces deux coins populaires de Kinshasa, la vie quotidienne est caractérisée par des pratiques « mondaines » : prostitution, trafic des documents falsifiés, fréquentation des bistrots et autres débits des boissons, criminalité, etc. Ces quartiers, symboles de « l’axe du mal » aux yeux des prédicateurs, méritent d’être exorcisés au nom de Jésus. Bandal Molar et Matongé constituent la plaque tournante des Eglises de Réveil. Comme le péché abonde dans ces deux quartiers, la « moisson » y est aussi abondante. Plusieurs Eglises y ont installé leurs observatoires, voir leurs QG (quartiers généraux).
[20] Quotidien Society, Kinshasa, 21 juin 2006.
[21] Dagenais, B., « La communication des institutions religieuses » dans, http://greco.u-bordeaux3.fr/article.htm?tpg_id=272 (visité le 22/06/2006)
[22]Sur terrain, on assiste à un succès foudroyant des films sur les démons, ce genre filmique est importé du Nigeria, une fois au Congo, ces films sont traduits en langues locales. Des tels films qui démontrent la puissance, la victoire des exorcistes pentecôtistes sur les démons, reçoivent une grande audience dans la mégapole de Kinshasa, supermarché des miracles. Les chaînes comme la RTMV, la RTAE ont gagné le monopole dans la diffusion de ces films sur les démons. Ces stations reçoivent régulièrement des appels des spectateurs qui leurs demandent la rediffusion de certaines séries ou épisodes. Visiblement, ce nouveau genre filmique livre aux spectateurs les stratégies de lutter contre les forces occultes, dans cette ville où l’imaginaire populaire reste persuadé que le nombre des sorciers serait de loin supérieur à celui d’hommes sages.
[23]Mweze, D., « Regard sur le téléspectateur kinois » dans, Famille et télévision, Actes de la 28ème Journée Mondiale des Communications Sociales, Facultés Catholiques de Kinshasa, 1996. p.7-16.
[24] Les activités des nouvelles églises, ainsi que de leurs leaders appartienne désormais à la une de l’actualité de tous les jours. Dans la mégapole de Kinshasa, les télévangélistes jouissent déjà d’une prééminence dans l’opinion publique, à l’instar d’autres stars congolaises, notamment les musiciens, les sportifs, les prêtres, les politiciens, etc. Les pasteurs télévangélistes s’habillent à la mode, roulent en voitures de luxe et fréquentent des hôtels en vue des rendez-vous avec d’autres hommes d’affaires. Il s’agit là des signes manifestes de prospérité chez les « Serviteurs de Dieu » « nouveau paradigme ». Les pasteurs constituent également une référence en matière d’éthique et de société, cela en concurrence avec les leaders traditionnels, c’est-à-dire, les évêques catholiques, les pasteurs protestants, etc. Ainsi donc, le cercle « Filles Sarah » de l’Eglises Armé de l’Eternel, constitue une véritable école d’éducation morale pour les jeunes filles.
[25]Lazard, J., Op. cit., p. 150-151.
[26] Dans l’acception des Eglises de Réveil, le célibat est une malédiction. Par des prières et des exorcisations, l’homme (ou la femme) qui vit seul, doit être libéré de ces chaînes du règne sans partage.
[27] Ben Barka, M., Op, cit., p.87.
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Prof. Kamate Mbuyiro
Kinshasa
Beni-Lubero Online
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