Monsengwostade

Mise en garde du Cardinal Monsengwo contre le scrutin présidentiel à un seul tour

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Les arguments de la Majorité pour justifier en 2011 un scrutin présidentiel à un tour ne satisfont pas l’Eglise catholique. « Les raisons qu’on avance ne nous convainquent pas », a réagi mercredi à Kinshasa le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. « Est-ce qu’on peut être à l’aise d’être le chef de l’Etat de 20% d’une population qui a 100% ? », s’est-il interrogé. Il invite la classe politique au respect de « l’esprit de la loi », à « réfléchir sérieusement sur cette question » et à « ne pas précipiter les choses ». 

                                 Monsengwostade

              Extrait de la Revue de Presse de Congoforum, édition du 6 janvier 2011.

Un seul sujet d’actualité défraie la chronique dans les journaux parus ce jeudi à Kinshasa. Il s’agit de la prise de position du Cardinal Monsengwo sur la controverse autour de la révision préconisée par la Majorité présidentielle de la Constitution et de la Loi électorale.

Le Potentiel annonce cette position du Cardinal de Kinshasa en manchette: « Présidentielle à un tour : Monsengwo en contradiction avec l’AMP ». Le journal explique, suivant ce qu’il écrit dans le chapeau de l’article, que : « Les arguments de la Majorité pour justifier en 2011 un scrutin présidentiel à un tour ne satisfont pas l’Eglise catholique. Les raisons qu’on avance ne nous convainquent pas », a réagi mercredi à Kinshasa le Cardial Laurent Monsengwo Pasinya. 

Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya se serait-il fait piéger par les journalistes invités le mercredi 5 janvier 2011 à sa conférence de presse tenue au centre Lindonge (commune de Limete) sur le message du pape Benoît XVI du 1er janvier consacré à la « Liberté religieuse, chemin vers la paix » ? 

Plutôt que d’axer leurs interrogations sur le thème du jour, les journalistes n’ont pas raté l’occasion pour le « cuisiner » sur la position de l’Eglise en rapport avec la question controversée d’un éventuel scrutin présidentiel à un seul tour.

 

La presse n’a donc pas raté d’avoir en live le point de vue sur le grand débat lancé depuis le début de la semaine par le gouvernement, via son porte-parole. « Les raisons qu’on avance ne nous convainquent pas. Il faut se rappeler la lettre de la loi et l’esprit de la loi. Chaque loi a un esprit. Chaque législateur, en proposant une loi, vise un esprit », a déclaré le cardinal Monsengwo.

 

A la question de savoir pourquoi « la Constitution a demandé que l’élection présidentielle ait deux tours », sa réponse a été sans équivoque. « Tout simplement parce que si le candidat passe à un tour automatiquement, cela veut dire qu’il peut à la rigueur passer avec 20% des voix. Et 20% des voix, ce n’est pas assez représentatif du peuple », a-t-il évalué.

 

De l’avis du cardinal Monsengwo, « on ne peut pas être chef de l’Etat d’un peuple qui a 100% en étant le chef (de l’Etat) de 20%. On est mal à l’aise soi-même ».

 

« Est-ce qu’on peut être à l’aise d’être le chef (de l’Etat) de 20% d’une population qui a 100% ? », a-t-il interrogé. « C’est ça l’esprit de la loi », a-t-il expliqué, rappelant que « c’est comme ça qu’à la Conférence nationale souveraine, on a refusé d’élire le président de la République au second degré par le Sénat et l’Assemblée nationale ».

 

L’argument massue avait été qu’« il faut que le président ait suffisamment d’assise dans le pays, qu’on le reconnaisse partout, qu’il ait au moins 50% plus 1 voix, c’est-à-dire 51% ».

 

Se refusant d’entrer « dans les raisons des hommes politiques », Monsengwo a dit « seulement que l’esprit de la loi nous invite à réfléchir sérieusement sur cette question et à ne pas précipiter les choses ».

 

Si la fin justifie les moyens, il a cependant condamné les « violences » survenues au premier tour de l’élection présidentielle en 2006.

 

« Pas de consignes de vote » de l’Eglise

 

Pour les élections de 2011, « l’Eglise ne donnera pas de consignes de vote qui touchent aux personnes, parce que ce n’est pas l’Eglise qui choisit », a déclaré le cardinal Laurent Monsengwo. Toutefois, a-t-il indiqué, l’Eglise va décrire le « profil » du candidat idéal.

 

A propos des hommes politiques qui profitent des messes pour s’adresser aux chrétiens, il a dit que les enceintes des paroisses ne sont pas des tribunes politiques. « L’Eglise n’est pas un lieu de division, on ne fait pas de meetings (politiques) à l’Eglise. Les hommes politiques ont d’autres tribunes pour parler », a-t-il affirmé.

 

« Mais, comme il n’y a pas suffisamment de salles publiques (en RDC), on va réfléchir au problème », a promis le cardinal, bon prince.

 

Monsengwo dépositaire de l’Opposition ? « Non. Je ne parle pas pour l’Opposition. L’Eglise a sa mission, elle est engagée pour la paix », a-t-il répondu. Il a insisté sur le fait que « l’Eglise parle, elle dit la vérité (qui) est un défi de la démocratie », en rappelant que « la RDC a été habituée au régime Mobutu où seule l’Eglise parlait ».

 

« Nous attirons l’attention de tout le monde. On ne parle pas pour se placer du côté de l’Opposition. C’est à l’Opposition de prendre des positions. Il y en a qui sont au pouvoir et qui gouvernent, il y en a d’autres qui sont dans l’opposition, il y en a encore d’autres qui sont dans la Société civile. Le rôle de la Société civile est de défendre les intérêts sectoriels. C’est là que se trouve le peuple », souligne-t-il.

 

Pour mettre un terme aux allégations de ceux qui lui prêtent des ambitions politiques, Monsengwo a précisé : « Parce que j’ai joué un rôle politique à la Conférence nationale souveraine » dont il a été président. « Cinq millions de signatures avaient été récoltées et envoyées à Rome » à cette époque (1991-1992) pour convaincre le Pape à l’autoriser à présenter sa candidature à la présidentielle, s’est-il souvenu.

 

Cependant, « être prêtre, évêque, c’est plus qu’être chef de l’Etat », a-t-il affirmé. Si en 2006, l’Eglise s’était impliquée dans le processus électoral pour initier les électeurs, il n’en sera pas de même en 2011. « Désormais, aucun ecclésiaste, aucun religieux ne peut servir dans le processus des élections », a annoncé le cardinal Monsengwo, en conformité avec la décision de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

 

Il a fait remarquer que « le processus électoral est une bonne chose, c’est une valeur qu’il ne faut pas négliger », promettant que l’Eglise va « continuer à former les électeurs et monitorer les élections ».

 

« S’il apparaît clairement que les résultats sont faussés, nous le dirons », a averti le cardinal Laurent Monsengwo.

 

Mécanismes de concertation

 

Le cardinal Laurent Monsengwo a révélé que « les mécanismes de concertation entre l’Eglise et les autorités civiles, il y en a, il y en aura de plus en plus ». Il a exhorté les Congolais à ne « jamais avoir peur de la vérité qui nous sauve ».

 

« Nos relations avec les autorités ne peuvent être que celles que le Pape a souhaité », celles privilégiant « la nécessité d’un dialogue entre les autorités civiles et les autorités religieuses, dans mon cas, catholiques », a-t-il dévoilé. 

Pour lever toute forme d’équivoque sur le sujet, il a été plus explicite, rappelant que, dans son « principe, le dialogue est nécessaire ». Précisant, par ailleurs, que, « si du côté de l’Etat, je m’aperçois que l’Etat règne et gouverne d’après la Constitution, nous marchons ensemble. Si je vois que l’Etat s’occupe du bien commun, nous marchons ensemble. Au cas contraire, ils ne peuvent pas compter sur moi et je le leur dis ». 

En ce qui concerne l’Opposition et ses propos, Monsengwo s’est voulu rassurant, se mettant dans la position de l’église au milieu du village. « Quand je parle, spécialement quand ce sont des interpellations de nature prophétique, ils visent tout le monde. Donc, quand je parle, je ne m’adresse pas directement au président de la République ou aux gouvernants, je m’adresse à tous les Congolais. Chacun doit voir dans quelle mesure il est concerné par mes propos », a-t-il fait remarquer. 

Il a fait noter que « l’interpellation du Cardinal ou de tout évêque a pour mission d’appeler les gens à la conversion. Et la conversion n’est pas réservée à un groupe. La conversion est le sens même de la prédication évangélique ». 

A son avis, le problème se pose au niveau de la compréhension de ses propos. Plutôt que de s’interroger sur ce que « l’évêque a voulu dire », certains se complaisent à supputer : « il a dit ceci, il n’a pas dit ceci … ». 

« Ça fait 30 ans que j’adresse des messages. Cette année, j’ai voulu insister sur la corruption … Mon message s’adresse à tout le monde », s’est-il défendu. 

Pas de guéguerre des religions en RDC 

Quand certains prédisent une guerre de religions, Monsengwo joue à l’apaisement. A ce propos, il a rappelé avoir organisé, il y a deux ans, une conférence sur le dialogue islamo-chrétien. « Nos musulmans congolais ne sont pas agressifs, ils sont plutôt charitables. Avec les églises du réveil, on ne se chamaille pas, pourvu que le Christ soit annoncé. Nous nous retrouvons quelque part. Les sectes, aujourd’hui églises du réveil, il y en avait déjà au début du 2ème siècle. St Georges et St Pierre en parlaient déjà (…). Il ne faut pas commencer une guerre de religions. Il ne faut pas instrumentaliser les religions. L’identité chrétienne est donnée comme un plan pastoral afin que chacun dans sa vie voit si oui ou non son témoignage est chrétien », a relevé le cardinal. 

Kengo, « un ami » 

Interrogé sur ses relations avec M. Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, le cardinal Monsengwo a affirmé que « Kengo est un ami, il l’était avant qu’il ne soit Premier ministre. J’en ai tant d’autres ».

 « Nous sommes amis avant la CNS (démarrée en 1991, ndlr). Jean Monsengwo et Dominique, qui sont mes cousins, étaient ses amis. Mais, je n’aime pas mêler mes amitiés à la politique », a-t-il signalé.

 

La visite de Tshisekedi

 

Se formerait-il un axe Monsengwo-Tshisekedi ? Le cardinal n’est pas de cet avis. Il l’a d’ailleurs souligné en des termes clairs. « A ma grande surprise, on n’a pas parlé politique avec M. Tshisekedi, on n’a pas touché à la politique », a répondu le cardinal Monsengwo, à une question relative à son dernier entretien avec le président de l’UDPS.

 

« Sauf une question sur le congrès de l’UDPS », a-t-il dit, se souvenant avoir demandé à son illustre visiteur « si tout s’était bien passé ».

 

Ne pas instrumentaliser la liberté religieuse

 

Outre le détour sur les questions d’actualité, l’essentiel de la conférence de presse du cardinal Laurent Monsengwo a porté sur le message que le pape Benoît XVI a adressé le 1er janvier 2011 aux hommes de bonne volonté à l’occasion de la 44ème Journée mondiale de la paix sur la « liberté religieuse, chemin vers la paix ».

 

Il a cité le Saint Père disant que « c’est dans la liberté religieuse que se trouve l’expression de la spécificité de la personne humaine, qui peut ainsi ordonner sa vie personnelle et sociale selon Dieu », soulignant que « l’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes comme par exemple la subversion de l’ordre établi, l’accaparement des ressources ou le maintien du pouvoir de la part d’un groupe peut provoquer des dommages énormes aux sociétés », a-t-il averti.

 

Voici ce qu’écrit Le Potentiel ; « Les arguments de la Majorité pour justifier en 2011 un scrutin présidentiel à un tour ne satisfont pas l’Eglise catholique. « Les raisons qu’on avance ne nous convainquent pas », a réagi mercredi à Kinshasa le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. « Est-ce qu’on peut être à l’aise d’être le chef de l’Etat de 20% d’une population qui a 100% ? », s’est-il interrogé. Il invite la classe politique au respect de « l’esprit de la loi », à « réfléchir sérieusement sur cette question » et à « ne pas précipiter les choses ».

Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya se serait-il fait piéger par les journalistes invités le mercredi 5 janvier 2011 à sa conférence de presse tenue au centre Lindonge (commune de Limete) sur le message du pape Benoît XVI du 1er janvier consacré à la « Liberté religieuse, chemin vers la paix » ?

Plutôt que d’axer leurs interrogations sur le thème du jour, les journalistes n’ont pas raté l’occasion pour le « cuisiner » sur la position de l’Eglise en rapport avec la question controversée d’un éventuel scrutin présidentiel à un seul tour.

La presse n’a donc pas raté d’avoir en live le point de vue sur le grand débat lancé depuis le début de la semaine par le gouvernement, via son porte-parole. « Les raisons qu’on avance ne nous convainquent pas. Il faut se rappeler la lettre de la loi et l’esprit de la loi. Chaque loi a un esprit. Chaque législateur, en proposant une loi, vise un esprit », a déclaré le cardinal Monsengwo.

A la question de savoir pourquoi « la Constitution a demandé que l’élection présidentielle ait deux tours », sa réponse a été sans équivoque. « Tout simplement parce que si le candidat passe à un tour automatiquement, cela veut dire qu’il peut à la rigueur passer avec 20% des voix. Et 20% des voix, ce n’est pas assez représentatif du peuple », a-t-il évalué.

De l’avis du cardinal Monsengwo, « on ne peut pas être chef de l’Etat d’un peuple qui a 100% en étant le chef (de l’Etat) de 20%. On est mal à l’aise soi-même ».

« Est-ce qu’on peut être à l’aise d’être le chef (de l’Etat) de 20% d’une population qui a 100% ? », a-t-il interrogé. « C’est ça l’esprit de la loi », a-t-il expliqué, rappelant que « c’est comme ça qu’à la Conférence nationale souveraine, on a refusé d’élire le président de la République au second degré par le Sénat et l’Assemblée nationale ».

L’argument massue avait été qu’« il faut que le président ait suffisamment d’assise dans le pays, qu’on le reconnaisse partout, qu’il ait au moins 50% plus 1 voix, c’est-à-dire 51% ».

Se refusant d’entrer « dans les raisons des hommes politiques », Monsengwo a dit « seulement que l’esprit de la loi nous invite à réfléchir sérieusement sur cette question et à ne pas précipiter les choses ».

Si la fin justifie les moyens, il a cependant condamné les « violences » survenues au premier tour de l’élection présidentielle en 2006.  

Le reste de la conférence de presse du cardinal Laurent Monsengwo a porté sur le message que le pape Benoît XVI a adressé le 1er janvier 2011 aux hommes de bonne volonté à l’occasion de la 44ème Journée mondiale de la paix sur la « liberté religieuse, chemin vers la paix ». 

Pour sa part Le Phare présente la réaction du cardinal comme signe de dangereuse protestation publique. Le journal annonce, en effet, à la une de son édition : « Elections. La contestation a commencé. Cardinal Monsengwo : Il faut deux tours, parce que le président à élire doit l’être et le devient pour une majorité de la population ». Le Phare contrebalance son information en publiant aussi le point de vue du camp de la Majorité. D’une part le journal présente la position du gouvernement dans l’article intitulé : « Présidentielle. Lambert Mende : Ce choix est moins coûteux… ». D’autre part il annonce que « Le microcosme politique sur pied de guerre. Le PPRD promet de rendre coup sur coup en 2011 ».

 

Quant au quotidien Le Palmarès, il présente la situation globale de la nouvelle donne de la controverse soulevée. L’article de manchette en dit long avec son titre que voici : « Révision constitutionnelle. Le plan de l’opposition pour contrer la majorité ». Ce journal résume cette controverse comme suit dans les sous-titres du chapeau de l’article. « Pour tenir Kabila en bride et lui imposer une cohabitation très étroite, à défaut de le battre en 2011, l’opposition congolaise tient impérativement à un second tour ». Le Palmarès poursuit en indiquant que «L’option a ainsi été levée au terme des contacts informels intervenus entre leaders de l’opposition. Malheureusement, tout va se décider au Palais du peuple où la Majorité part largement gagnante. Pour faire échec au camp présidentiel, l’opposition a pris la décision de bloquer le processus par boycott ».

 

La Prospérité titre à la une: « Présidentielle à un tour. Monsengwo déconseille ! ». Et le journal de s’expliquer dans le chapeau de l’article comme suit : « Lambert Mende a parlé le 3 janvier. Evariste Boshab a renforcé le 4 janvier. Mais voici que Laurent Monsengwo y revient. L’affaire de la révision constitutionnelle avec la problématique subséquente du scrutin majoritaire à un tour, soulève contre toute attente des réactions aussi diverses que croisés ».Le journal poursuit:« Craignant d’être assimilé aux abonnés absents de la scène, le tout nouveau Cardinal refuse d’avoir sa langue en poche. Il a profité de la journée mondiale de la Paix célébrée généralement le 1er janvier de chaque année pour marquer sa présence sur l’agora, en abordant des questions considérées aujourd’hui comme étant les plus cruciales, pur l’histoire de la RD Congo ». « Sans détours alors, Monsengwo s’est affiché ce mercredi 5 janvier, au Centre diocésain Lindonge, en homme de Dieu déterminé à prêcher la culture de la paix, en vue d’un avenir meilleur pour tous les Congolais. Pour lui, en effet, le Saint-Père ne voudrait voir l’Eglise marcher ensemble avec l’Etat que dans les limites fixées par la Constitution ».Ainsi, considère La Prospérité, « Se voulant porteur du message comme Jean-Baptiste, le prélat rappelle à quiconque voudrait s’écarter du droit chemin, de revenir au respect des textes. Par ailleurs, s’appuyant sur son expérience de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) à propos des élections, le Cardinal déconseille le scrutin à un seul tour. Non seulement que le deuxième tour est indispensable pour un Etat de droit, mais qu’il permet aussi de mesurer le niveau du suffrage exprimé au niveau national, pense-t-il ».

 

Forum des As planche lui aussi sur le sujet et titre: « Présidentielle 2011 : Monsengwo rejette le scrutin à un tour. Il faut que le Président de la République ait suffisamment d’assises et qu’on le reconnaisse partout, et pour cela, il faut qu’il ait 50 % plus une voix, c’est-à-dire 51%, indique-t-il ».

 

L’Avenir édulcore la sortie de cri va-t-en-guerre du Cardinal en annonçant en manchette que : « Révision constitutionnelle. Avis de Monsengwo. Ce n’est pas une parole d’Evangile ».

Voici l’article :

« Le cardinal Monsengwo est très sollicité de la part de l’opposition. Celle-ci tient à l’utiliser comme un faire-valoir. C’est dans ce cadre que se comprend la récupération de ses discours. Le cardinal a été obligé de remettre les pendules à l’heure. Au même moment qu’il a fait comprendre que ses exhortations ne sont pas des critiques contre les dirigeants du pays, il a donné son avis sur la révision constitutionnelle. Cet avis, aux yeux de certains, va apparaître comme une réplique aux propos de la majorité tels que présentés pas le porte-parole du gouvernement.

En effet, dans l’opposition on fait croire que l’instauration du scrutin à deux tours serait une violation de la loi. Personne ne peut donner les dispositions de la loi qui seraient violées. Cependant, une chose est vraie, la révision constitutionnelle est constitutionnelle. Les dispositions de la loi sur le scrutin à deux tours ne comptent pas parmi celles verrouillées et qui ne peuvent pas faire objet de révision. Tout ce qui se passe relève apparemment de stratégies politiques. L’opposition tisse ses stratégies électoralistes sur le deuxième tour. C’est son droit. Il serait étonnant que l’opposition interdise à la majorité de tisser aussi ses stratégies sans violer la loi. En outre, puisqu’il faut respecter la loi, c’est cette loi qui a voulu qu’il y ait majorité et opposition. A quoi donc servirait la majorité si elle n’est là que pour faire le lit de l’opposition ? Par conséquent, il est abusif de parler de moralité ou de loi violée. Enfin, qu’est-ce qui dit que seul Joseph Kabila ou un autre candidat de la majorité serait destiné à gagner au premier tour ? On a en outre fait croire que le président élu avec un certain pourcentage manquerait de légitimité. C’est sans tenir compte du fait que le président, une fois élu, devient le président de tous les Congolais. Enfin, il est abusif de faire croire que le président ne serait que le président des électeurs. Que deviennent toute la masse de non électeurs qui, au regard des inscrits et des électeurs, constituent la majorité ?

L’opposition fait preuve d’un égoïsme politique qui ne laissera jamais la majorité distraite. On a aussi entendu dire que réviser la loi, serait changer le règlement en pleine compétition. Quelle est la compétition ? S’il s’agit des élections, les opérations n’ont pas encore commencé. Sinon on ne devrait même pas réviser le ficher électoral. Quelle compétition aurait commencé si on ne connaît même pas les acteurs importants que sont les électeurs ? La compétition commence avec la campagne électorale. On n’est pas encore là. Donc, on ne voit pas le cardinal se mêler dans les stratégies partisanes sans violer la règle de neutralité liée à sa fonction. Car, jusque-là, comme il l’a dit, le cardinal n’a le droit d’épouser aucune cause, tant que tout se fait dans les règles de l’art.

 

Ce qu’a dit le cardinal

 

A travers Lambert Mende, la Majorité présidentielle a manifesté sa volonté de réviser la Constitution, notamment dans ses dispositions portant sur le scrutin à deux tours. Certains attribuent à tort les propos du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya à l’Opposition politique, pendant que ce dernier, en tant que pasteur, a tout simplement voulu interpeller ses concitoyens. Voulant éclairer la religion des journalistes à ce sujet et dans le but de révéler le message du Pape Benoît XVI à l’occasion de la journée mondiale de la paix, le Cardinal Laurent Monsengwo a réservé la primeur à la presse réunie à l’occasion d’un point de presse qu’il a animé au Centre pastoral Lindonge, dans la commune de Limete.

Au sujet de ses relations avec les autorités du pays, L. Monsengwo pense que ses relations répondent à ce que le Pape Benoît XVI a souhaité, c’est-à-dire, la nécessité d’un dialogue entre les autorités civiles et religieuses. Dans son cas, et en tant que catholique, il est intégré et inséré dans la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Pour ce faire, son principe a toujours été le dialogue tant qu’il est nécessaire, c’est-à-dire, « si je m’aperçois que l’Etat règne et gouverne d’après la Constitution ; si je vois que l’Etat s’occupe du bien commun, nous marchons ensemble. Au cas contraire, ils ne peuvent pas compter sur moi et je leur ai dit ».

 

Mes interpellations sont prophétiques

 

Les interpellations du Cardinal ou de tout autre évêque ont une nature prophétique et visent tout le monde. Voilà une précision qui arrive au moment où l’opinion attribuait les dernières interventions du Cardinal à l’Opposition politique. Et pourtant, lorsqu’il parle, il ne s’adresse pas directement au Président de la République ou bien aux gouvernants, mais à tous les Congolais. C’est chacun qui doit voir dans quelle mesure il est concerné par ses propos, surtout que ceux-ci ont pour mission d’appeler les gens à la conversion. Et la conversion n’est pas réservée à un groupe. C’est le sens même de la prédication évangélique. Ceci pour dire qu’il ne faut pas chercher l’élément politique dans le discours d’un évêque. Car s’il fallait entrer en politique, Laurent Monsengwo l’aurait fait depuis 1997. Ainsi, au lieu de dire que Monsengwo n’a pas dit ceci, il faut plutôt se demander ce qu’il a voulu dire.

Dans ses réponses, le Cardinal a reconnu qu’il existe des mécanismes de concertation, mais cela ne l’empêche pas de dire la vérité. Pour lui, la démocratisation est un défi que d’aucuns doivent relever, surtout que le peuple était habitué avec le régime dictatorial de feu le Président Mobutu. Dans ce régime, il n’y avait qu’un seul son de cloche. Et pourtant, nous sommes en train d’aller tout droit vers la démocratisation, reconnait-t-il, et c’est l’Opposition qui doit jouer son rôle en alertant l’opinion chaque fois qu’il y a dérive. Et l’église ne peut dire que la vérité. On peut se demander comme Pilate, « qu’est-ce que la vérité » ? L’opposition n’a pas le monopole de la vérité.

 

Le Président doit avoir suffisamment d’assise

 

Au sujet de la révision constitutionnelle, Laurent Monsengwo a rappelé qu’il existe la lettre de la loi et l’esprit de la loi. Et quand on perd de vue que chaque loi a un esprit, que chaque législateur en proposant une loi vise un esprit, on peut passer à côté. Pourquoi est-ce que dans la Constitution on a demandé que les élections aient deux tours, s’est interrogé Laurent Monsengwo, avant de répondre que si le candidat passe au premier tour, cela veut dire automatiquement qu’il passe à la rigueur avec 20% des voix, ce qui n’est pas représentatif du peuple. Et pourtant, vous ne pouvez pas être un chef de l’Etat d’un peuple qui a 100%, en étant le chef de 20%. On est mal à l’aise soi-même. « Comment est-ce qu’on peut être à l’aise d’être un chef de 20% d’une population estimée à 100% », s’est-t-il interrogé, avant de dire que c’est ça l’esprit de la loi. Il a rappelé que c’est pour la même raison qu’à la Conférence nationale souveraine (CNS) on a refusé d’élire le Président de la République au second tour (Sénat+Assemblée nationale). Il faut que le Président ait suffisamment s’assise dans le pays, qu’on le reconnaisse partout. Pour ça, il faut qu’il ait au moins 50% des voix + 1 voix (51% des voix). Mais le Cardinal s’est réservé d’entrer dans les raisons des hommes politiques et l’esprit de la loi invite tout le monde à réfléchir sérieusement à cette question et à ne pas précipiter les choses.

En effet, si la Constitution a prévu un scrutin à deux tours, c’est pour éviter le vote indirect par des représentants de la population au Sénat. Pour affirmer la cohésion de tous, la Constitution a prévu le scrutin à deux tours ; et le code électoral a indiqué qu’il faut deux tours parce que le Président à élire, doit l’être et le devient pour une majorité de la population. Il n’est pas intéressant d’être élu à 20% pour une population estimée à 100% ; C’est pourquoi le second tour permet de départager les deux challengers. Celui qui obtient 50 % + 1, a donc la majorité de voix ». Encore que rien ne dit que le président ne peut gagner au premier tour qu’avec moins de 50%. 

Monsengwo pas convaincu 

En effet, le porte-parole du Gouvernement, Lambert Mende a soutenu lundi 3 janvier 11 à la presse que la révision du code électoral est devenue nécessaire pour deux raisons fondamentales (le deuxième tour selon Mende, est devenu source de conflit au regard des élections organisées en Afrique, notamment en Guinée, en Côte d’Ivoire… ; et la RD Congo ne dispose pas de moyens suffisants pour organiser le second tour en raison de son coût exorbitant ; il serait bien indiqué de disposer ces moyens pour l’aménagement des infrastructures nationales. Pour Laurent Monsengwo : « Celui qui veut la fin prépare les moyens », indique le Cardinal, qui a joute que les affrontements au deuxième tour en Rd Congo n’étaient pas pour des raisons purement ethniques. Sur d’autres questions relatives à la participation des ecclésiastiques dans les structures politiques électorales nationales, il a rappelé la décision prise en décembre 2010 par la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) de ne plus voir des ecclésiastiques occuper des postes politiques.

Toutefois, a-t-il précisé, l’Eglise qui n’a pas de candidats à supporter ou à proposer lors des prochains scrutins, continuera à assurer la formation civique des fidèles en vue des élections. Et d’ajouter que l’Eglise ne donnera aucune consigne de vote plutôt que de proposer le profil de candidat en vue de permettre aux fidèles d’en faire un choix judicieux. »

 

Revue de Presse de Congoforum, édition du 6 janvier 2011

© Beni-Lubero Online 

 

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