Mise en libert

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L’audience publique de la Prison Centrale de Luzira à Kampala où des congolais étaient détenus depuis plusieurs jours, a eu lieu comme prévue le Jeudi 23 août 2007. A la grande surprise de tous, l’audience n’a duré que 20 minutes, le temps pour les autorités ougandaises de prononcer la mise en liberté provisoire de tous les détenus congolais sans procès et loin des tribunaux. Cette mise en liberté n’a pas donc permis aux détenus congolais de savoir pourquoi ils étaient arrêtés et mis en prison. Outre l’absence de réparation en faveur des congolais, la mise en liberté demeure équivoque dans la mesure où elle n’est pas assortie d’un contrôle judiciaire équitable.
                                         Une vue du Centre-ville de Kampala
Abordant le chapitre des motifs de leur arrestation, l’officier ougandais qui a présidé à la cérémonie de mise en liberté provisoire et dont on ne connait pas le titre, a répété ce que les policiers avaient dit aux congolais au moment de leur arrestation, à savoir l’accusation d’association des malfaiteurs, de vols à mains armées, avant d’ajouter un autre motif, à savoir, la préparation d’un attentat contre la Reine d’Angleterre qui va visiter l’Ouganda au mois d’octobre prochain. Les détenus congolais ne se reconnaissent pas dans toutes ces accusations. En effet, avant leur arrestation, ces congolais venus de plusieurs coins de l’Est du Congo ne se connaissaient pas pour être traités d’association des malfaiteurs, des voleurs, ou des terroristes voulant attenté à la vie de la Reine d’Angleterre dont ils ont appris la venue en Ouganda pendant l’audience publique.
                                         Le transport en commun à Kampala
Sans élaborer davantage sur les motifs d’accusation ci-dessous ni donner l’occasion aux détenus congolais de réagir aux chefs d’accusation, l’officier ougandais s’est empressé de prononcer la mise en liberté provisoire pour tous les détenus. Il a rappelé que les ex-pensionnaires de Luzira demeurent à la disposition de la justice ougandaise. Ils ne peuvent pas quitter le pays. Toutes les trois semaines, ils doivent se présenter aux autorités de la prison de Luzira pour un contrôle physique. Le prochain contrôle physique a été fixé au 11 septembre 2007. Ceci veut dire que les détenus qui étaient en Ouganda pour un voyage d’affaires, ne peuvent plus quitter le pays sans violer la loi à cause de ces restrictions de leur mise en liberté provisoire.
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Comment expliquer ce flou qui entoure la mise en liberté provisoire ?
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Les détenus affirment qu’ils doivent leur mise en liberté provisoire aux allers et venus entre Kampala et Kinshasa. Le Ministre des Affaires Etrangères du Congo, Mr. Mbusa Nyamwisi Antipas, se serait impliqué dans leur libération. Et la décision finale de leur mise en liberté provisoire ne serait intervenue qu’après un entretien au sommet entre Joseph Kabila et KagutaYoweri Museveni. Ce que les deux chefs d’Etat se sont dits n’est connu de personne.
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Les détenus congolais ont l’impression d’avoir été des otages pour un marchandage politique de haut niveau entre Kinshasa et Kampala. Ainsi, leur mise en liberté provisoire ne les rassure pas, car un moindre désaccord entre Kinshasa et Kampala pourrait les reconduire au VCCU de KIREKA ou à LUZIRA.
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A l’audience publique, tout a été fait par les autorités ougandaises pour donner l’impression que les congolais n’étaient pas particulièrement visés. C’est ainsi que, pour le besoin de la cause, des détenus Kenyans, Tanzaniens, somaliens, et ougandais ont été présentés au public avant d’être mis en liberté aussi. Mais cette stratégie n’a convaincu personne, car les medias de Kampala avaient commenté à long et à large la chasse aux congolais, pas des tanzaniens, des somaliens, ou des kenyans.
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Avant leur mise en liberté provisoire, les congolais ont senti que les autorités ougandaises cherchaient par tous les moyens à camoufler le motif inavoué de leur détention. C’est ainsi que les autorités ougandaises ont accusé, on ne sait pas de quel droit, les prisonniers congolais d’être détenteurs et détentrices des faux passeports congolais. L’ambassade du Congo à Kampala était sommée de fournir une copie d’un passeport congolais pour que les autorités ougandaises vérifient et évaluent l’authenticité des titres de voyage des détenus congolais. A la fin de cet exercice, tous les congolais avaient été trouvés en règle vis-à-vis de l’Etat congolais et de l’Etat ougandais.
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Interrogés à leur sortie de prison, les congolais ont retracé l’itinéraire de leur calvaire qui date pour plusieurs d’entre eux du 13 Août 2007, deux jours seulement après les accrochages entre les Fardc et les éléments de l’UPDF aux abords du lac Albert. D’après les ex-pensionnaires de Luzira, il y a un lien entre ces accrochages et leur arrestation. Le rapprochement de ces deux faits conduit à penser que l’Ouganda peut avoir arrêté les congolais pour obliger Kinshasa à se plier à son diktat dans l’affaire du pétrole du lac Albert. Des informations difficiles à confirmées mais qui circulent à Kampala rapportent que si Kinshasa refuse de répondre favorablement aux desiderata de Kampala, les localités de l’Ituri intéressant les pétroliers peuvent subir le même sort que celles de Kahemba passées par la force sous le contrôle angolais.
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Toujours d’après les ex-détenus de Kampala, après leur arrestation on leur avait infligé un traitement de criminels d’abord au VCCU (Violent Crimes and Cracks Unit) de KIREKA, leur premier lieu de détention, l’équivalent de Kin-Maziere de la R.D. Congo. Dans ce redoutable VCCU où ils avaient passé une semaine, ils étaient fouettés et torturés deux fois par jour, confinés dans des cellules infestées des moustiques, sans aération suffisante. Le même traitement de criminels leur a été infligé à la Prison Centrale de Luzira (l’équivalent de la Prison de Makala à Kinshasa) où la plupart ont passé une bonne semaine. Un des prisonniers en est sorti avec un bras cassé, d’autres avec des fractures ça et là. Tous se plaignent des troubles intestinaux, des maux de ventre, des douleurs gastrites dus à la nourriture à moitié cuite qui leur était offerte (un petit bol des haricots et du mais, un Mbilibo mal cuit).
                            Une avenue de la ville de Kampala
Pendant toute la période de leur détention, que ce soit au VCCU de Kireka comme à la prison centrale de Luzira, les détenus congolais étaient soumis à un véritable régime d’isolement car il leur était interdit de recevoir des visites, même celles des membres de famille et des avocats.
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La mise en liberté provisoire des congolais détenus à Kampala présente ainsi tous les signes d’un déni de justice en ceci qu’elle a eu lieu sans procès et loin des tribunaux, sans condamnation et sans acquittement.
Même s’il est vrai que Kinshasa est intervenu dans leur mise en liberté provisoire, les ex-détenus de VCCU et de LUZIRA voudraient savoir pourquoi ils ont été arrêtés et emprisonnés et pourquoi leur cas reste pendant sans qu’un motif valable de leur arrestation et emprisonnement leur soit signifié.
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Certains ex-détenus qui ont requis l’anonymat voudraient exiger de l’Etat ougandais dès leur acquittement des dommages-intérêts en réparation de l’injustice et préjudices subies. Pour réussir dans cette démarche, il va falloir un appui de l’Etat Congolais et des organisations internationales des droits de l’homme tels qu’Amnesty International, Refugees Law Project, dont les représentants à Kampala étaient témoins de ce déni de justice à l’égard des détenus congolais.
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Correspondance particulière de M.K.
Kampala
Beni-Lubero Online

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