Mon pays va mal ! (Par Fr Justin Kakule)

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Il y a peu Claude McLeroy publiait In Search of The Power [A la recherche du pouvoir] où il donnait les 8 articles de fameux Accords de LEMERA. Sans nous perdre dans le débat sur l’authenticité de cet Accord, posons-nous la question de savoir pourquoi la RD CONGO n’est pas à bout de son chemin de croix.
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En lisant les accords de LEMERA (voir à la fin de ce texte), on peut se poser la question de savoir si le souverain primaire a une place dans la conception de ceux qui veulent présider a la destinée du peuple même. A voir comment la RD Congo est gouvernée, on ne peut s’empêcher de dire que, aux yeux des politiques congolais, les vies humaines sont moins importantes que la raison d’Etat. – Peut-on comprendre alors pourquoi les s signataires de fameux accords de Lemera ne pouvaient les publier car trop compromettants.
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Une chose est certaine, et je voudrais qu’on croise la plume avec quiconque soutiendrait le contraire, le Congo se meurt faute des dirigeants. Mais n’oublions pas l’adage selon le quel le peuple a le chef qu’il mérite. Delà, trois choses : amateurisme politique, favoritisme et déni de la justice.
L’homme politique congolais est un aventurier. Il suffit de jeter un œil sur la voracité du pouvoir des politiciens qui en permanence, sont en quête d’un bonheur toujours solitaire et partisan. Ne se construisant que sur les malheurs et les aspirations à un bonheur du peuple par eux différé, déféré à l’hypothétique tribunal de leurs promesses jamais tenues. L’action politique se réduit ainsi de jour en jour à une exploitation systématique des existences les plus meurtries et des espoirs les plus profondément rentrés, pour construire un semblant de bonheur.
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La sphère politique congolaise laisse à désirer. Une recherche effrénée du pouvoir pour le pouvoir introduit un capitaliste sauvage qui engendre l’esprit de compétition et l’individualisme. L’envie, la jalousie, l’inimitié et l’avidité chez l’individu en sont subséquentes. Chacun veut être plus compétitif que l’autre qu’il considère comme concurrent. L’individualisme, caractérisé par un amour et une recherche de soi, engendre l’égoïsme politique.
L’homme politique congolais est porté par l’acquisition et la jouissance des richesses matérielles. Pour lui, tous les moyens sont bons. Ceci a abouti au manque de partage, d’honnêteté, de respect, d’hospitalité, de solidarité et de communion vitale. Le respect du bien commun est manifestement une denrée inconnue dans cette situation. Rien n’étonne alors lorsque les biens publics, communs, sont confondus aux biens individuels et privés, de la classe dirigeante.
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Dans cette zizanie politique, chacun s’emploie à privilégier les gens de son terroir ou de sa famille, (pensons à la mésentente au sein de la COFEDEC de Venant Tshipasa et ses collègues) en pensant qu’ils sont seuls capables de diriger. C’est le début du tribalisme, du régionalisme et de l’ethnisme, qui sur l’accord de la solidarité destructive entre les gens qui se réclament d’une même colline, d’une seule tribu, dans l’exclusion des autres dans une « communauté plurielle ». Dans ce népotisme, la recherche effrénée du pouvoir despotique trahit la morale d’une solidarité sans frontières. Alors, on interprète mal certains slogans (PAKA SIYE) pour vouloir s’attirer des amis d’ailleurs (?) et on verse dans un discours aussi mielleux que fallacieux de la démagogie. Comment accepter qu’un chef vienne dire : « Je vous demande pardon de vous avoir dit de voter pour tel », alors qu’il continue à composer avec lui ? Un homme politique français disait : Un ministre, ca ferme la bouche ou ca démissionne. Bien dit, car la solidarité gouvernementale exige que l’on défende le bilan de son équipe. Quel hiatus entre la profusion des discours des politiques et la stérilité de la pratique de transformation sociale. Il y a disproportion entre théorie et pratique, l’institué et le vécu, le conçu et l’éprouvé. Au Congo, les politiques sont produisent constamment des analyses globales sur la condition actuelle, développent des théories toujours plus séduisantes les unes que les autres. Ils vont même jusqu’à proposer des diagnostics et des remèdes. Le paradoxe est que malgré une telle profusion de discours ardents et d’évidences arrangeuses, le pays demeure encore dans un état de désorientation totale et de crise chronique. Mais comment expliquer ce paradoxe ? La démagogie du discoureur reste la seule réponse. Celle- ci ressort clairement de cette déclaration de l’épiscopat congolais (alors zaïrois) : « Pendant que le pays est complètement détruit et que le peuple se meurt, les acteurs politiques zaïrois se complaisent dans les débats artificiels et sans issue. Ils signent des accords, fixent les règles du jeu politique et refusent de les suivre… » (Des dirigeants nouveaux pour le salut du peuple. Message des Evêques du Zaïre, Editions du Secrétariat général de l’Episcopat, Kinshasa, 1995, n°15).
De ce qui précède, il ressort que l’homme zaïrois dépendait d’une politique qui n’assurait aucune destinée humaine et qui n’était nullement destinée à répondre au besoin de l’espèce humaine. Curieusement le peuple s’aligne derrière cette démagogie. Celle- ci a atteint son plus haut niveau aux pendant des élections- moment couronné de multiples promesses- et lors d’une visite à une ville. Le politicien tient un langage plein de promesses. Mais tant en emporte le vent, dit ingénieusement un proverbe français.
Ou en sommes-nous avec les cinq chantiers ? Les Accords de Mbudi ? La reconstruction marche-t-elle ? Mon pays va mal !
Devant cette inadéquation entre le dire et le faire politique, la masse populaire se forge des moyens de subvenir à ses besoins et d’organiser ses communautés. C’est ainsi que les entreprises se sont fixées arbitrairement le salaire des ouvriers : une maigreur salariale s’en suit. Quel secteur, au Congo, ne connaît-il pas de grève faute de salaire? Alors ne vous étonnez pas que la gent fonctionnaire se serve ses poches au lieu d’alimenter les caisses de l’Etat. Au pays de Kabila, la question de juste rémunération du travail accompli reste l’apanage des seules entreprises. Le salaire du travailleur (fonctionnaire ou pas) n’est plus qu’un appoint qui ne permet de vivre que moyennant une débrouillardise de plus imaginative. Le problème n’est plus tellement de vivre que de survivre. La reconstruction en marche !
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Dans cette condition, nul n’hésite devant les moyens malhonnêtes ; ce qui engendre l’effritement de la conscience professionnelle avec une kyrielle de maux subséquents. L’impasse salariale est générateur des graves maux : corruption, pillages militaires, vols, spoliation, extorsion, détournement, superfacturation, etc. Les conséquences directes de cette pratique sont, entre autre, la paupérisation des administrations publiques, le déficit financier ; la baisse manifeste de la productivité, la destruction de la conscience personnelle. C’est ainsi qu’on assiste au recours à des taxes illégales, à des falsifications et à des ventes frauduleuses de dives documents, qui, devenu monnaie courante, engendre au sein de la société les hausses des coûts de la vie et une méfiance envers l’administration publique. Dans cette impasse, la mendicité et la prostitution ont acquis droit de cité. On dirait qu’on retourne à l’époque de la cueillette et de ramassage. Avec toutes les potentialités que regorge le pays, on ne peut pas comprendre que le Congo soit littéralement à genou.
Ce mal a atteint un tel degré de saturation qu’il débordait les initiatives privées, éparses et séparées. Il en appelle donc solennellement aux décisions souveraines de l’Etat. Malheureusement, le gouvernement est déjà atteint à tous les niveaux qu’il parait avoir démissionné : la faiblesse du politique.
A force de céder au mensonge et à l’égoïsme, le politique congolais perdu la confiance du peuple : son autorité s’étiolait. Et Dieu seul sait quel discours sera produit pendant les électorales qui, en principe, approchent.
Le sens de la responsabilité étatique est en baisse. Cette crise d’autorité ne peut qu’aboutir à une désorganisation, à un manque de gestion efficace. C’est ainsi qu’on entend des gens dire : Nous sommes au Congo, c’est cette situation qui devait prévaloir ! Quelqu’un avait même dit : Mboka oyo ekobonga lisusu te (ce pays ne sera plus jamais en ordre). Le comble, c’était le gouverneur de la capitale, et cela était devant un camera. Imaginez le sort du journaliste qui fit passer la séquence à la télévision.
2006 a suscité de nouveaux espoirs. On voyait l’avènement d’un Etat de droit pointer à l’horizon. Malheureusement, la barbarie des tenants de l’imperium décuple pour annihiler toutes formes d’expression démocratiques. Le nouveau régime inaugure une ère malsaine de terreur, de mensonges et des grandes prédations. Les péripéties sociopolitiques en sont les preuves éloquentes. Quel gâchis ! Combien de cases de pauvres paysans ont-elles été brulées ? Combien de pauvres débrouillards commerçants ont-ils été dévalisés et tués sur la route de Beni-Kasindi ? Pourquoi l’Equateur burle-il ? Et la communauté Enyele, pourquoi prend-elle des armes contre les autres dans la localité de Makanza ? Dans le pays où l’activité politique est devenue une compétition de vassalisation et de clientélisation de la classe politique et des agents de l’Etat, chacun se cherche un point d’appui pour soulever la poussière. Ceci explique donc cela. Les poches de rebelles ou des insurgés par-ci par-là (CNDP, PARECO, etc.).
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Il et vrai que cela n’est pas la solution, mais comment comprendre que les gens au pouvoir dépensent sans compter pour leur propre confort. Ils hypothèquent ainsi les ressources minières du pays qui auraient dû servir à la reconstruction du pays par des contrats scandaleux et ignominieux, aujourd’hui dénoncés par tout le monde, sauf par les affidés du cartel des prédateurs, à savoir, le RCD-PPRD-MSR-CDR et j’en passe, tous regroupé sous le vocable majorité présidentielle. Je n’oublie pas que le PALU du patriarche s’est enlisé dans ce marigot et, aujourd’hui, il patauge facétieusement puisqu’il n’avait pas pesé les conséquences de son attelage contre nature avec l’AMP, cautionnant ainsi les turpitudes d’un régime qui restaure l’instrumentalisation des institutions sécuritaires du pays, un climat et une stratégie qui associent de plus en plus avec le contrôle de l’appareil politique, judiciaire et de l’Etat, l’intimidation permanente et la violence à l’Etat brut. Alors, au revoir Madame la justice. Bosco Ntaganda, on t’enverra un jour à la CPI, je suppose ! Et la tolérance zéro ou est-elle ? Alors, il faut laiser la justice faire son travail.
Comment comprendre que les gens censés assurer la sécurité soient cités dans les affaires de meurtre d’un paisible chauffeur (cfr les événements de Butembo, 7 mars dernier, où les militaires commis a la garde du Coordonnateur des Operations militaires Amani Leo semblent impliques dans les assassinats qui endeuillent le Nord Kivu) ? Quelle paix servent-ils ? Dans un pays sans justice, rien ne se fera. Et le pouvoir restera sourd aux cris du peuple.
Si on veut changer le Congo, il faudrait que la paix soit d’abord le « télos » de toute justice et de toute politique. De cette façon, le « si vis pacem, para bellum » des Romains devrait se dire désormais : « Si tu veux la paix, prépare la justice ». De cette façon, le pouvoir cesse d’être justicide et rend à chacun son dû. Il s’en suit la garantie de la confiance du peuple au gouvernement, car ce dernier respecte la dignité, les droits de l’homme comme « l’idéal commun à atteindre afin que tous les individus et tous les organes de la société s’efforce de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer la reconnaissance et l’application universelles et effectives » (Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme).
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Le développement de la richesse humaine reste important d’un pays en voie de démocratisation. Le Congo ne devra pas s’en passer. Il convient que son changement socio-politique passe par la responsabilité et l’assomption de la citoyenneté. C’est seulement comme responsable que le congolais pourra engager son pays sur la voie du développement et lui faire recouvrer sa place et sa fierté dans le concert des nations. Dans le cas contraire, on peut encore se demander : « Où va la République démocratique du Congo ? ».
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Il faudra donc combattre cet « apartheid noir » qu’instaure le régime des prédateurs. Ce système réduit à un niveau de misère insoutenable la grande majorité les congolais dans un pays qui dispose de tous les atouts pour s’en sortir. Comprendre et réaliser ce projet est notre souhait au peuple congolais. Les sources d’inspiration sont nombreuses. Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse la RDC relèvera la tête parce que ceux qui sont dans le vrai sont plus nombreux que les missionnaires de dessein funeste. Malgré la longueur de l anuit, le jour finit toujours par paraitre. Et si la vérité conserve sa vigueur même si son lot est l’échafaud. Et si le mal règne sur le trône car cet échafaud exalte l’avenir et derrière l’obscurité de l’inconnu, Dieu veille dans l’ombre sur les siens.
Nous devons, tous et chacun, verser notre goûte dans ce vaste océan de la démocratie au Congo. C’est dans cet espoir dans la lutte que nous crions : « Demain la liberté pour les congolais ».
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Fr. Justin KAKULE Emery, MccJ
Le Caire, Egypte
Beni-Lubero Online
 
 
ACCORDS DE LEMERA
Le 23 Octobre 1996 par les camarades fondateurs de l’AFDL ( NDRL : Il s’agit de Laurent Kabila du PRP, « Parti de la Révolution Populaire », de André Ngandu Kisase du MNC/L-CNRD « Mouvement National Congolais/Lumumba -Conseil National de résistance pour la démocratie », de Anselme Masasu du MRLZ, « Mouvement Révolutionnaire pour la libération du Zaïre », de Deogratias Bugera De l’ADP « Alliance Démocratique des peuples » et de Bizima Kahara, qui les a approuvés ;
Art.1. Il est Créé en ce jour du 23 octobre 1996 à l’hôtel Lemera, une Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo qui sera soutenue militairement par les forces combattantes de l’AFDL.
Art.2. Le sol et le sous-sol congolais appartiennent à l’Alliance.
Art.3. L’Alliance devra demeurer une institution de l’Etat canalisatrice de l’idéologie de libération.
Art.4. Prêchant le panafricanisme, l’Alliance s’engage à céder 300 kilomètres aux frontières congolaises, à l’intérieur du pays, pour sécuriser ses voisins Ougandais, Rwandais et Burundais contre l’insurrection rebelle.
Art.5. Dès que l’Alliance aura gagné la victoire, une rétribution spéciale sera allouée aux Alliés. Sa détermination est de la compétence de l’instance supérieure de l’Alliance.
Art.6. Tous les politiciens des années soixante en RDC et ceux ayant collaboré avec le régime Mobutu seront mis en retraite politique.
Art.7. La nationalité congolaise sera accordée collectivement aux « camarades Banyamulenge et aux autres populations d’origine rwandaise » établies au pays avant la date de l’indépendance de notre pays ( le 30 Juin 1960)
Art.8. L’Anglais et le Swahili devront concurrencer le français dans l’espace linguistique de notre pays.
 
 
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