Nécessité d’une Vigilance Permanente Pour Eviter Un Pseudo-Tournant Electoral

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L’histoire nous apprend que la tenue des élections libres, démocratiques et transparentes n’est pas une garantie pour conjurer la réapparution de la tyrannie, de l’oppression, de l’instrumentalisation du gouverné par le gouvernant. L’allemand Adolfe Hitler qui a mis le monde à feu et à sang entre 1939 et 1945 était le fruit d’élections démocratiques organisées en 1933. Plus proche de nous, l’élection démocratique du Médecin Francois Duvalier en 1955 a produit tout le contraire de ce que nos frères et soeurs haitiens attendaient d’elle: le règne de la tyrannie et de la terreur. Ces deux exemples parmi tant d’autres invitent à la vigilance au moment du choix des personnalités à élire, vigilance qui doit se poursuivre après leur élection. Aussi les congolais doivent-ils éviter de s’acquitter avec légèreté, avec sentimentalisme et sans discernement de leur devoir électoral. Sinon les élections par lesquelles ils jurent aujourd’hui risquent de n’accoucher que d’un pseudo-tournant pour l’histoire de la RDC. Il ne faut pas qu’ils se laissent duper ou endormir par les morceaux de savon, les sachets de sel ou de sucre qui leur seront distribués lors de la campagne électorale. Est à prendre très au sérieux cet avertissement de René Descartes qui estime qu’il faut se méfier de quelqu’un qui vous a déjà roulé une fois.

Dans l’état actuel des choses, l’extrême vigilance doit être à la mesure des enjeux en présence. Ne pre-scions pas la branche sur laquelle nous voulons tous nous asseoir dans la paix, dans la joie et la prospérité après le 30 Juin de cette année en cours en opérant des choix suicidaires ou en laissant à l’extérieur le soin de nous faire faire ce genre de choix. En effet, l’histoire comme histoire du pouvoir, prévient Paul Ricoeur, est incertaine; elle est l’ensemble des chances et des périls, la possibilité de tout gagner et de tout perdre. Etant donné cette menace d’une retrogradation toujours possible dans la tyrannie, le peuple se doit d’être en permanence vigilant en exercant sur les hommes politiques une surveillance étroite, intransigeante et sans relâche de façon à reclamer à temps leur démission ou leur destitution suivie de dommages et intérêts en cas de manquements graves à la mission qu’ils disent être la leur. Le prix de la liberté disent à juste titre Finly et Ricoeur, c’est une continuelle vigilance. Karl Popper préconise le contrôle serré des gouvernants comme une nécessité vitale pour les gouvernés car seul il peut permettre d’empêcher que même de mauvais dirigeants fassent trop de mal. La vigilance qu’on attend du peuple au lendemain de la tenue des élections générales c’est que celui-ci sache 1) demander des comptes à ses dirigeants à travers des débats contradictoires, 2) revendiquer leur démission en cas de démérite, 3) imposer le respect de ses droits en s’appuyant mordicus sur la loi devant laquelle tous les citoyens doivent être perçus comme égaux. Exister c’est résister au non-sens et à tout ce qui menace la vie, dit à juste titre Paul Ricoeur. L’avénement de l’Etat de droit vivement souhaité par tous en RDC est au prix de ce genre de vigilance.

Conclusion

La balle va sous peu se retrouver dans le camp du peuple. Aussi lui faut-il ouvrir grandement les yeux pour savoir qui porter au pouvoir. D’où la nécessité pour le peuple de propulser au pouvoir des hommes et des femmes ceux-la qui présentent des garanties de compétence, d’intelligence, d’intégrité, de dévouement et d’altruisme. Si la vigilance s’impose au niveau des élections, elle s’impose encore davantage au niveau de l’élection présidentielle. Celle-ci est, en effet, capitale. Elle est d’autant plus capitale qu’elle est à prendre plus au sérieux que toutes les autres. N’ayant connu, tout au long de la Deuxième République, que des élections présidentielles à candidat unique cyniquement qualifiée de candidat de l’unité, le peuple va se retrouver pour la première fois, dans l’histoire du pays, devant tout un éventail des candidatures. Les hommes au pouvoir aujourd’hui se sont fixé comme objectif de conduire le pays aux élections. Cela n’est pas une raison suffisante pour qu’ils soient maintenus au pouvoir. Que les électeurs ne perdent pas de vue le fait que le pays présente encore, à l’heure actuelle, plus de traits de ressemblance avec “l’état de nature” que d’aucuns appellent “jungle” qu’avec l’état civil ou civilisé. Le peuple congolais compte beaucoup sur la sagesse et la clairvoyance des électeurs qui, en se faisant enrôler, ont pris sur eux la lourde responsabilité de sauver le pays en portant à la tête de celui-ci la personne qu’il faut: celle capable de faire faire au pays un tournant décisif. Le Chef de l’Etat dont le peuple congolais a besoin au lendemain des élections c’est celui qui a des rêves de grandeur pour le pays et qui est capable d’engager tous les représentants de l’Etat à travailler dans le sens de l’inscription de la raison dans notre histoire. Aux électeurs de bien jouer leurs cartes. Sinon ils seront inexcusables devant l’histoire. Etant donné que nous sommes tous enclins à la Faillibilité c’est-à-dire en ce y compris les élus de demain et que jusqu’ici les dirigeants nous ont nourris de promesses fumeuses c’est-à-dire non tenues, la vigilance devra se poursuivre pour ne plus donner aux élus de demain l’occasion de se servir, de ruiner l’Etat et d’émasculer ses citoyens. Il n’est pas impossible que le pays s’arrache à l’état de nature ou de jungle dans lequel il a été plongé, qu’il faconne sa grandeur à la mesure de ses dimensions et qu’il se fasse respecter par ses voisins. Mais cela n’est possible que si nos électeurs s’acquittent de leur devoir électoral sans complaisance et que le peuple apprenne à surveiller de près le comportement des gouvernants après les élections. Une telle surveillance aura entre autres ceci comme avantage d’apporter un correctif à la perception de la politique en RDC: un moyen d’enrichissement facile personnel au nom du peuple. Il est à noter que le peuple n’a jamais conféré à personne le droit de jouir de la vie à sa place ni celui de le chosifier. En effet, on n’a pas reclamé la fin de la colonisation pour voir le congolais coloniser le congolais. Longtemps courbés, il est grand temps de dresser nos fronts, ainsi que nous exhorte l’hymne national, et de bâtir un pays qui soit beau. Pour le moment, le pays est loin d’être beau, contrairement à ce que soutiennent inconsciemment certains. N’ont pas raison ceux qui sans peser leurs mots parlent à tout bout de champ de “notre beau pays”. Ce sont des sophistes. Pour avoir été enlaidi par des dirigeants peu responsables, le pays est à rendre beau. Telle est la tâche titannesque à laquelle les gouvernants de demain devront s’atteler en collaboration avec le peuple, l’objectif poursuivi par ceux d’aujourd’hui étant minimal: conduire le pays aux élections.

R.P. Léopold KAMUNDU, O. Praem.

Editorialiste de Beni-Lubero Online

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