Nkunda brandit sa nationalit

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Il y a des choses cachées dans les livres. Le salut du Congo(RD) viendra (aussi) d’une division de travail accordant à certains d’entre nous de n’avoir comme tâche que de lire et d’écrire, de se documenter sur toutes les questions d’intérêt national et international concernant « ce colosse aux pieds d’argile ». En d’autres termes, le Congo a un besoin urgent des think tanks efficaces, de financer la recherche dans tous les domaines de la vie nationale. L’ignorance et/ou l’amnésie, sans expliquer toutes nos misères, pourraient retarder notre émancipation du joug impérialiste et de l’esclavage de ses marionnettes. Heureusement, « les petits restes » veillent. Relisons certains textes.
 
L’interview de Nkunda et le texte de Joseph Mutaboba
 
Au début de l’année 2008, plus précisément, le 02 janvier 2008, Nkunda accorde une interview à la Radio Bwiza FM et celle-ci se retrouve sur le site de l’agence MISNA. Nkunda commence par en nier la paternité. Quelque jours après, il publie un communiqué et reconnaît qu’il y a eu une bavure. L’interview a été publiée avant une lecture préalable du retranscrit. Il ajoute: « Néanmoins, cette bavure médiatique n’enlève rien au caractère patriotique de notre message contenu dans cette interview. » (Ce communiqué peut être lu dans les archives du site Congoforum dans la rubrique Communiqué de presse.)
 
Dans cette interview, Nkunda répond à cette question- « pouvez-vous affirmer ou infirmer l’information selon laquelle il y aurait des officiers et des soldats Rwandais au sein du CNDP et des FARDC? » – en ces termes: « Et bien! Si vous entendez par soldats Rwandais tous ceux qui ont servi un jour dans le Front Patriotique Rwandais le FPR et ensuite dans l’Armée Patriotique Rwandaise l’APR du général Paul Kagame, alors le peuple congolais a un sérieux problème à résoudre, car son propre Président élu au suffrage universel direct à plus de 58% des voix, je cite Joseph Kabila, est non seulement d’origine Tutsie comme moi, mais il est aussi un ancien soldat du FPR comme moi. »Et Nkunda d’ajouter: « Cherchez donc l’erreur! »
 
Quand le journal Le Palmarès écrit hier (23 février 2009) que « Nkunda se présente désormais comme Rwandais. Sans blague. Il exhibe pour ce faire, sa vieille carte d’identité rwandaise qu’il avait acquise quand il avait intégré l’Armée patriotique rwandaise (APR) en 1991, en qualité de Sergent » et qu’il ajoute que « quoi qu’il en soit, le plus malheureux dans cette affaire est Paul Kagame », ce journal kinois fait montre d’un ensorcellement inqualifiable.
 
Non. Kagame joue son rôle. Les plus malheureux, ce sont ces Congolais qui, comme les journalistes du Le Palmarès n’ont jamais trouvé « l’erreur »: ils n’ont jamais demandé à « Joseph Kabila » d’exhiber sa carte rwandaise acquise lors de son intégration dans l’APR avant qu’ils l’élisent au suffrage universel au Congo!
 
Quand Nkunda dit: « Cherchez où est l’erreur », il semble dire qu’elle est du côté congolais où tout débat sur la nationalité avant les élections de 2006 avait été assimilé à la xénophobie, mot que nous retrouvons dans la réponse du Rwanda à Vital Kamerhe.
 
Dans la rubrique Débat du journal Jeune Afrique du 25 au 31 janvier 2009, Joseph Mutaboba, s’en prenant à Vital Kamerhe au sujet de son interview accordée au numéro 2500 du 7 décembre du même journal revient sur la question des origines de Nkunda et de son mouvement.
 
« A la question de savoir si Laurent Nkunda est une « création du Rwanda », écrit Joseph Mutaboba, vous avez répondu: « il ne servirait à rien, alors que nous recherchons la paix, de prononcer ce genre de phrase provocatrice. Chacun sait d’où viennent Nkunda Batware et son mouvement, c’est un secret de polichinelle. » (J. MUTABOBA, Le Rwanda répond à Vital Kamerhe, dans Jeune Afrique du 25 au 31 janvier 2009, p. 42) Et Joseph Mutaboba ajoute: « Dans la foulée de ce propos, vous indiquez qu’il « ne serait pas bon que cela sorte de la bouche du président de l’Assemblée nationale », qui n’est autre que vous-même. » Pour Joseph Mutaboba, « le mal est pourtant fait. Même lâchée comme à regret, « la phrase provocatrice » a fait son effet. » S’attaquant à son « parler cru », Joseph Mutaboba rappelle à Vital Kamerhe que « le président Kabila est apparu sur la scène politique congolaise en même temps, dans le même camp et dans les mêmes circonstances que Laurent Nkunda, son ancien compagnon d’armes au sein de l’AFDL. Chacun sait d’où ils viennent comme vous dites. Pour autant, aussi bien pour Nkunda que pour votre président, ce détail biographique ne mérite pas d’être éternellement brandi (…). Au niveau de responsabilité qui est la vôtre, vous n’êtes pas sans savoir les effets dévastateurs que les surenchères xénophobes font peser sur l’unité de nos pays d’Afrique. » (Ibidem).
 
Donc, pour Joseph Mutaboba, Nkunda et Kabila sont l’envers et l’endroit d’une même médaille. Par sa réponse à Vital Kamerhe, Joseph Mutaboba confirme les propos de Nkunda de janvier 2008.
 
Mais quand Nkunda s’adresse aux Congolais en décembre 2008, le 25 plus précisément, sur Kivupeace, il falsifie ou édulcore son histoire. Il avoue que l’AFDL et le RCD sont les créations du Rwanda et qu’il n’y a que le CNDP qui est d’origine congolaise. Revenant sur « le secret de polichinelle », Joseph Mutaboba affirme le passage de Nkunda par l’AFDL. En lisant le développement de la réflexion de Joseph Motaboba, il ressort qu’il s’en prend à Vital Kamerhe pour avoir trahi « le secret de polichinelle » qui ne concerne pas que Nkunda. Mais aussi « Joseph Kabila ».
 
Il croit que « le mal est fait » parce que le retour sur « ce détail biographique » peut avoir des « effets dévastateurs » compromettant « l’unité de nos pays d’Afrique ».
 
Donc, depuis 1986, l’Ouganda et le Rwanda travaillent, avec leurs parrains, à l’unité de l’Afrique. Après l’installation de Museveni en Ouganda, ils ont installé Kagame au Rwanda et « Joseph Kabila » au Congo. L’unité de l’Afrique signifie la tutsisation de la région des Grands Lacs. Kamerhe est au courant de tous ces « secrets de polichinelle ». Est-ce pour cette raison qu’il n’a pas pu traiter, à l’Assemblé nationale, la question du moratoire sur la double nationalité? L’histoire nous le dira.
 
Quand, sans une lecture historique approfondie de notre histoire immédiate, certains de nos journalistes estiment que, dans ces mensonges historiquement entretenus, c’est « Paul Kagame qui semble pris entre le marteau et l’enclume », nous pensons avec Nkunda que plusieurs d’entre nous ont un problème sérieux de compréhension des tenants et des aboutissants de la guerre d’agression qui nous est imposée. Comble de misère, les mêmes journaux qui fustigent les origines rwandaises de Nkunda rendent compte de l’intégration du CNDP dans les institutions provinciales et nationales du pays comme si de rien n’était! 
 
Mentir à tout un peuple tout le temps!
 
L’étonnement de certains de nos compatriotes ayant appris que Nkunda réclame ses origines rwandaises surprend. L’étonnant aurait été que tout le peuple Congolais soit roulé dans la farine du mensonge de Paul Kagame et ses escadrons de la mort tout le temps. Le temps faisant bien toutes choses, la vérité apparaît de plus en plus au grand jour. Et le plus malheureux dans cette affaire, ce n’est pas Kagame. Les plus ridicules, ce sont tous ces média mensonges ayant présenté la guerre d’agression à l’Est de notre pays comme étant une affaire congolo-congolaise; ce sont toutes « ces petites mains du capital » instrumentalisées par Paul Kagame et transformées en « ses garçons de course ». Ce sont ces compatriotes-mangeurs ayant fait des mains et des pieds pour que la question de la nationalité congolaise soit exclue du débat avant la mascarade-électorale de 2006.
 
Qu’allons-nous tirer comme leçons de tout ce marché des dupes? Si notre justice était indépendante, un procès en bonne et due forme aurait pu être intenté contre « Joseph Kabila » et tous ses complices (dont certains membres de la Haute Autorité des Médias, ceux de la Commission Electorale, Vital Kamerhe, etc.) pour avoir induit toute une nation en erreur sur les origines (et les intentions) des acteurs de premier plan de la politique d’un autre pays que le leur. Il ne sera jamais trop tard pour mieux faire.
 
Une autre leçon est que le terrain congolais reste miné par tous « ces chevaux de Troie ». Même si le savoir contribue largement à travailler sereinement au déminage. Il est aussi important de souligner que « le parler cru » de Vital Kamerhe, la réponse de Joseph Mutaboba et la réclamation que Nkunda ferait de ses origines rwandaises auront aidé les empêcheurs congolais de penser en rond à confirmer plusieurs de leurs appréhensions. La cacophonie qui sévit au sein de l’AMP et du PPRD est révélatrice de la fin d’un gros mensonge vendu au monde entier pendant plus de quinze ans.
 
Aussi est-il indispensable de retenir qu’il y a des pages de l’histoire que nous devons pas tourner rapidement comme nous le conseillait Azarias Ruberwa après la mascarade électorale de 2006. L’avenir s’annonce riche en rebondissements.
 
J.-P. Mbelu
Brussels, Belgie
Beni-Lubero Online
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