Nkunda: Une

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Tout en étant bien accueillie par les populations du Nord-Kivu, l’action militaire de Kinshasa n’en est pas moins un puzzle avec des pièces difficile à séparer. Le phénomène Nkunda qui constitue le casus belli au Nord-Kivu se révèle être une équation à plusieurs inconnues. Dans la mesure où le rebelle Nkunda est un arbre qui cache la forêt, le fait de l’acculer voire de couper son arbre à la racine doit aller de pair avec la séquestration des autres arbres nuisibles de la forêt qu’il cache. En effet, si Nkunda est aujourd’hui acculé dans le Masisi, ses complices continuent à se la couler douce à Beni, à Lubero, à Rutshuru, à Walikale, à Kinshasa, au Rwanda, en Ouganda, etc. Ainsi, ceux qui sont pressés de chanter victoire devraient ainsi attendre, le temps pour eux de découvrir tout le plan de Kinshasa pour mettre fin à ce phénomène Nkunda dont le réseau dépasserait la région des Grands Lacs Africains.
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Depuis le début de celle qu’on appelle maintenant troisième guerre du Congo, les forces vives du Nord-Kivu ont toujours demandé une solution globale au phénomène Nkunda. Cette solution globale passe, d’après elles, par une dissuasion militaire que Kinshasa a entamée la semaine dernière, une diplomatie de choc et ouverte et la participation de tous et de chacun des citoyens congolais au débat.
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Cette demande de forces vives du Nord-Kivu est contraire à la privatisation actuelle de la crise du Nord-Kivu par Kinshasa qui a choisit la discrétion comme méthode de travail. Cette privatisation de la guerre du Nord-Kivu par Kinshasa est un fait que déplorent plusieurs observateurs qui prennent en considération les accointances et alliances secrètes existantes entre Kinshasa et la rébellion de Nkunda.
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Pour croire à la bonne foi de Kinshasa, les populations du Nord-Kivu auraient voulu avoir des preuves de rupture avec Nkunda et une condamnation explicite par la justice congolaise de tous ses méfaits commis à l’Est de la R.D. Congo depuis 1998. Ainsi, la mise à l’écart des représentants du peuple dans la conduite de la guerre n’augure pas des lendemains meilleurs au Nord-Kivu.
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Depuis le début de la crise du Nord-Kivu, Kinshasa a toujours choisi d’agir en dehors du parlement. C’est ainsi que la conclusion des accords secrets entre Kinshasa et Nkunda avait eu lieu au Rwanda en janvier 2007, un mois avant l’entrée en fonction de l’exécutif provincial du Nord-Kivu. L’action militaire en cours était décidée pendant que le parlement national et l’assemblée provinciale du Nord-Kivu étaient tous deux en vacances parlementaires. Cette guerre peut-être légitime dans la mesure où elle a été déclarée par l’autorité légitime, à savoir, le Président de la République, mais elle a aussi besoin d’être populaire car c’est le peuple qui envoie le gouvernement en guerre. Dans les démocraties qui se respectent, un président ne peut pas aller en guerre sans l’aval du parlement. C’est le parlement qui se charge par après de mobiliser la nation et les ressources nécessaires pour soutenir la guerre nationale, juste, déclarée par le Président de la République, et menée au front par l’armée natioanale.
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Un autre reproche que les observateurs sont entrain de faire à la guerre en cours c’est qu’elle est contrôlée en huis clos par les signataires des accords secrets de Kigali en janvier 2007, avec dans le décor la même Monuc, les mêmes FDLR, le même Rwanda, et le même Ouganda, etc.
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C’est ainsi qu’après une semaine des combats au Nord-Kivu, il apparait de plus en plus que, entre la deuxième et la troisième guerre du Congo, il n’y a pas de différence, les acteurs ou protagonistes étant restés les mêmes. L’entrée en scène des représentants du peuple à tous les niveaux des négociations aurait fait la différence. En d’autres termes, la guerre que le peuple congolais entend mener depuis toujours à l’encontre de Nkunda et de ses parrains souterrains, n’est pas encore à l’ordre du jour. Seule la participation des représentants du peuple au débat sur la guerre en cours aurait convaincu les populations du Nord-Kivu que cette dernière n’est pas une simulation ou un jeu malsain consistant à changer de place, pour un temps, certaines pièces du puzzle, tout en continuant le non-dit de la guerre, à savoir, le pillage des richesses du sol et du sous-sol du Nord-Kivu.
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En faisant une lecture rapide des combats en cours au Nord-Kivu, on voit bien d’un côté que les projecteurs sont tournés vers Nkunda, l’incarnation même du mal nord-kivutien, à la grande satisfaction des congolais. Mais de l’autre coté, on ne voit pas le feu des troupes dites loyalistes inquiété les autres forces négatives dont plusieurs sont des créatures de Nkunda lui-même. Les soi-disant FDLR dont plusieurs émanent de Nkunda se sont regroupés sans aucune entrave à la frontière avec le Rwanda comme Paul Kagame l’a toujours voulu et déclaré à qui veut l’écouter. Les Mai-Mai réfractaires au brassage militaire ainsi que les TPD de Serufuli se font signaler dans le territoire de Rutshuru en compagnie des FDLR comme une certaine opinion nationale et internationale l’a toujours dit. On assiste ainsi à un retour facile à la situation qui régnait au Nord-Kivu avant l’avènement de Nkunda. Ce qui fait craindre que les cerveaux moteurs de la crise au Nord-Kivu ne décident de sacrifier la tête de Nkunda que tous les congolais réclament sur un plateau pour se taper un petit moment de répit. Mais tant que les autres pièces du puzzle ne seront pas démantelées, l’esprit de Nkunda, même mort, peut continuer de tourmenter les congolais.
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Le changement voulu au Nord-Kivu interviendra ainsi quand le régime de Kinshasa changera d’approche et de négociateurs. Autrement, les troupes rwandaises et ougandaises peuvent continuer à faire leurs promenades de santé au Nord-Kivu sous les applaudissements des dirigeants de Kinshasa pour qui les relations avec ces deux pays sont toujours au bon fixe même quand les congolais tombent sous les balles de ces soldats étrangers infiltrés au Nord-Kivu par le truchement des opérations du mixage.
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Sans changement d’acteurs de Kinshasa ou sans l’entrée des nouveaux acteurs sur la scène des négociations avec Nkunda, les protagonistes de deux parties risquent de continuer avec leur sale jeu d’intérêts partisans et égoïstes au détriment du bien-être du peuple congolais. Il en est de même de la Monuc qui risque de continuer avec sa politique du caméléon que tous déplorent et dont les conséquences néfastes ne sont plus à démontrer.
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On a donc besoin de nouveaux acteurs, en l’occurrence, les représentants du peuple congolais à tous les niveaux, pour mener une guerre juste et transparente au Nord-Kivu. En effet, la classe politique congolaise ayant été reconnu comme facilement corruptible, le peuple congolais, par la voie de ses représentants à tous les niveaux, reste le seul rempart de la paix et de l’intégrité territoriale de la R.D. Congo. Ainsi, sans la participation de l’Assemblée Provinciale du Nord-Kivu et de l’Assemblée Nationale, l’action militaire en cours au Nord-Kivu risque d’accoucher d’une souris en dépit de ses premières attaques spectaculaires. Les sages Nande ne disent-ils pas que : « emiyisumbangire, similwire » (Littéralement : la façon de sursauter ou de gesticuler ne signifie pas nécessairement savoir se battre).
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Vincent K. Machozi, a.a.
Boston University, MA (USA)
Beni-Lubero Online

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