NON de Mgr Songasonga, Plainte contre J. Kabila

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Une conférence de presse de S.E. Mgr SONGASONGA, Archevêque de Lubumbashi, et une plainte contre Joseph Kabila à la CPI. Essai de ré-visitation de l’actualité Congolaise.
 
Comment avançons-nous vers un autre Congo que nous appelons de tous nos vœux? N’y a-t-il pas, le long de ce parcours, des faits qui devraient un peu plus retenir notre attention pour un réajustement conséquent du tir ? La tendance à tourner rapidement les pages de notre histoire immédiate pourrait constituer un handicap dans l’opération des choix responsables pour un autre Congo où le bonheur collectif à partager serait inscrit à l’ordre du jour des priorités.
 
Dans ce contexte, il nous semble que revenir sur la conférence de presse donnée par Mgr Songasonga à Lubumbashi et sur la plainte déposée par 11 AIDE (Assistance interactive pour la démocratie et l’éducation, de Vernay, dans le Canton de Fribourg) serait nécessaire à notre pensée du présent congolais pour un autre avenir.
 
Apparemment, ces deux faits n’ont aucun rapport entre eux. Fondamentalement, ils posent la question du choix hasardeux des responsables politiques opéré chez nous ces dernières années. Ils rappellent cet adage de la sagesse populaire luba: "Tshiupukila masua wakasumibua ntoka". (A traduire littérairement par " choisir sans réfléchir peut conduire à embrasser les nids de vipères".)
 
Le point de presse de Mgr Songasonga
 
Le 15 mai 2008, l’Archevêque de Lubumbashi a donné une conférence de presse sur la "délocalisation du lycée Lubusha pour le compte de l’exploitation minière". Sa prise de position a été claire et nette: " Pas question de délocaliser Lubusha. L’école appartient à l’archidiocèse de Lubumbashi:- qui n’a pas été consulté et ce, contrairement aux usages et à la loi; – qui n’est pas du tout d’accord avec ce projet.
 
Depuis 1960 l’Etat n’a construit aucune école au Katanga; avant de proposer la délocalisation de, Lubusha, ceux qui avancent cette proposition devraient d’abord au moins avoir construit un complexe scolaire aussi important à proposer en échange avec Lubusha. La concession sur laquelle est bâtie Lubusha appartient à l’Archidiocèse de Lubumbashi qui n’est pas d’accord d’être dépossédé de cette manière". (Ce texte et ceux qui suivent sont tirés du point de presse de Mgr Songasonga. Il peut être lu sur le site de Congoforum dans la rubrique Communiqués de presse.)
 
Au nom des carrés miniers à vendre, la délocalisation des certaines terres communes et biens meubles se fait par dépossession! L’Etat récolte où il n’a pas semé. Ceci n’est pas sans rappeler le début du capitalisme en Occident. Donc, le Congo est rentré au 17ème ou 18ème siècle occidental. Son avenir est dans le passé des autres. Voilà la raison pour laquelle Mgr Songosonga estime que "C’est TRISTE, TRES DEPLORABLE que nos gouvernants perdent leur raison, et c’est pratiquement cela, devant les exigences des exploitants miniers, au point qu’ils ne voient plus les autres réalités pourtant tout aussi urgentes, si pas plus, pour le développement du pays. Tel exploitant minier demande d’obtenir telle concession. Il faut la lui accorder immédiatement, quel que soit le statut de cette concession. La concession recherchée appartient-elle à quelqu’un, l’œuvre ou l’entreprise qui s’y trouve implantée est-elle utile pour le développement du pays. De telles considérations, malheureusement, ne semblent même pas effleurer l’esprit de nos dirigeants. C’est grave et déplorable." A lire ce texte, il ressort que depuis la mascarade électorale de 2006 et même depuis les indépendances (nominales), le Congo est dirigés par "des fous immédiatistes et corrompus", sans aucun esprit de discernement, bradeurs du patrimoine commun et complices des "petites mains du capital". Mgr Songasonga l’avoue quand il dit: "Ceux qui accordent ainsi les concessions minières ne peuvent le faire que parce qu’ils se sont très gravement compromis avec les exploitants miniers, et généralement en acceptant une « enveloppe» !" Il rejoint le discours musclé du Ministre Belge des Affaires étrangères. Il ajoute le constat amer selon lequel "tout le territoire congolais a été morcelé en X « carrés miniers » qui sont sans doute déjà tous vendus " et trouve cela incroyable! Pour lui, cette façon de faire trahit " l’ esprit et la mentalité du régime de Mobutu qui continuent dans l’agir de nos Autorités, et probablement même pire encore que sous le régime de Mobutu."
 
Ce sévère réquisitoire se termine par une note "de compassion" et/ou de dérision. Mgr Songasonga plaint le peuple congolais en ces termes: " Pauvre peuple congolais qui s’est, cette fois encore, laissé
 
tromper par les beaux discours de la dernière campagne électorale" avant de souhaiter que les groupes de presse fassent une large diffusion de ce point de presse.
 
 
 
La classe politique, le peuple et l’église interpellés
 
 
 
Avant que "les fous immédiatistes corrompus" ne touchent au lycée Lubusha, ils ont liquidé plus de 33 % de notre territoire commun. Qu’ont fait les églises en général et l’église catholique en particulier? Quelle action ont-t-elles mené de concert avec nos populations pour opposer une fin de non recevoir à ce bradage du patrimoine commun? Mgr Songasonga aurait-il eu le même discours si ce patrimoine culturel de Lubumbashi n’avait pas été visé par les vendeurs des "carrés miniers"? C’est possible! En effet, mieux vaut tard que jamais! Mais n’aurait-il pas mieux fallu une prise de position commune et une résistance organisée par des églises contre "ces fous qui nous gouvernent"? L’église catholique du Congo n’aurait-elle pas tout à gagner en imitant sa soeur latino-américaine qui a, pendant tout un temps, à travers certains de ses pasteurs, lutté aux côtés des "sans-terre"?
 
Que Mgr Songasonga plaigne notre peuple, cela étonne un peu. Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs, dit-on. Quelle serait la part de nos pères les Evêques dans le choix de ces "fous qui nous gouvernent" aujourd’hui? A l’examen du passé ecclésial immédiat au Congo, l’église catholique n’aurait-il pas à rectifier le tir ? Il semble que certains de nos pères Evêques se seraient compromis en indiquant aux chrétiens les candidats à élire à tout prix à la présidentielle comme aux législatives… L’église prophétique ne devrait-elle pas, de temps en temps, et même souvent, s’appliquer la parabole de la paille et de la poutre en remettant en question sa place aux côtés "des puissants de ce monde" qui écrasent le faible et le pauvre! Il y va de sa crédibilité.
 
Les lecteurs du livre d’Emmanuel Dungia intitulé "Mobutu et l’argent du Zaïre: révélations d’un diplomate ex-agent des services secrets" savent que notre église, à travers certains ses pasteurs, filles et fils, s’était suffisamment compromise…avec le dernier Maréchal d’Afrique. Donc, éthiquement et moralement, si elle a des leçons à donner, elle en a aussi à recevoir, pour "une humble metanoia". Il y va de sa crédibilité.
 
Et s’il est établi que nos gouvernants actuels ont perdu la raison, il ne faudrait pas oublier que beaucoup d’entre eux sont héritiers de l’idéologie de l’AFDL selon laquelle le sol et le sous-sol appartiennent, non pas aux populations congolaises, mais à l’AFDL (au PPRD et à l’AMP). La constitution de la troisième République abonde dans le même sens. C’est un texte conçu en fonction du bradage des ressources du sol et du sous-sol congolais.
 
Organiser une résistance populaire contre ce bradage, mettre hors d’agir "ces fous qui nous gouvernent" et écrire une autre loi fondamentale, telle serait le terrain sur lequel l’église et "le petit reste" de notre peuple devraient un peu plus se risquer. Mgr Songasonga vient de donner le ton en disant un non catégorique à la délocalisation du lycée Lubusha.  
 
La plainte contre Joseph Kabila 
 
A la lecture de la plainte déposée le 20 mars à la Cour Pénale Internationale par 11 AIDE, il ressort que "certains révolutionnaires" de mai 1997 avaient comme option fondamentale l’extermination des Congolais. Et le poisson commençant à pourrir par la tête, Joseph Kabila (ex-commandant Hyppo.) est accusé de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ceci n’est vraiment pas une nouveauté dans la mesure où beaucoup de compatriotes connaissent ce secret de polichinelle et une ex-prisonnière politique (Marie-Thérèse N’Landu) l’avait dit haut et fort il y a plus d’une année. Une enquête menée dans la prison de Makala est sans équivoque sur cette option. (Lire l’article intitulé Les "Sans-Voix" de la République Démocratique du Congo sur le site de Reveil-FM)
 
Cette option a eu l’aval "des grands du monde" et des multinationales coopérant avec les seigneurs de la guerre pour vider le Congo de ses richesses du sol et du sous-sol. Mais toute entreprise humaine ayant ses failles, celle de Joseph Kabila et ses bandits est en train de prendre une tournure dont l’issue n’est pas facile à prédire…
 
La plainte déposée contre Joseph Kabila fait aussi allusion à la complicité de Kabila avec le Rwanda dans la commission de ses crimes. Ici encore, il n’y a pas tellement de mystère pour ceux qui connaissent le passage de Joseph Kabila par l’APR/FPR et l’idéologie entre tenue par ce mouvement politico-militaire.
 
Ce qui est un peu fou est qu’il ait été adopté par toute une clique de "professeurs d’université" et une élite politique congolaise, constituée d’hommes et de femmes apparemment sérieux! (Aujourd’hui, écrire un texte et le signer en tant que "professeur-docteur d’université" ne constitue plus nécessairement, au Congo, une caution de crédibilité!) Ces messieurs et dames et "les médias coupagistes" en ont fait "une excellence"… Donc, il n’y a pas que "nos gouvernants qui perdent leur raison", mais aussi des franges importantes de nos populations.
 
A ce point nommé, il y a un travail de renaissance spirituelle et éthique que les hommes et les femmes amoureux des valeurs de la vie, de la paix, de la justice et du bonheur collectif partagé doivent abattre ensemble, sans un souci particulier pour les titres académiques. (La diplômolâtrie a creusé la tombe du Congo.) Les églises pourraient prendre une part active à ce travail, eu égard à leur mission d’être, à suite du Christ, les donneuses de la vie et de la vie en abondance.
 
Et puis, en considérant l’association humanitaire qui a déposé la plainte, il y a lieu de nous conforter dans la conviction selon laquelle le Sud ne saura pas se sauver sans le Nord (aux multiples faces) et réciproquement. Les frères et les sœurs en humanité du Sud auront toujours besoin de leurs compatriotes du Nord. Travailler au salut de notre commune humanité aide (et aidera) à rompre les barrières créées par ceux qui acceptent que les marchandises circulent à travers le monde et non les humains.
 
Aussi, la part active prise par la diaspora congolaise dans le ramassage des éléments de preuve et dans la formulation de la plainte est-elle un témoignage nous confortant dans cette autre conviction: "Kulela nkwabanya mesu". L’attachement à la protection du patrimoine (culturel) commun ne va pas sans la protection de la médiation originaire de la famille: la reproduction biologique. Le salut du Congo passe et passera par ses enfants travaillant en réseaux avec leurs frères et sœurs en humanité à travers le monde.
 
Le viol de nos filles et femmes devient, dans ce contexte, une arme de destruction massive de nos luttes présentes et futures. Il est dirigé contre l’extermination de la vie, des bras et des têtes pouvant soutenir ces luttes par l’anéantissement de la femme, sœur, épouse et mère. Cette arme de destruction massive (de la vie) devra être anéantie afin que la vie continue de s’épanouir au Congo. Ses dignes filles et fils devraient en faire de cet anéantissement l’une des priorités dans les luttes qu’ils mènent en réseaux. Espérons que plusieurs d’entre nous se ligueront derrière la Cour Pénale Internationale et 11 AIDE pour que la justice, la liberté et l’harmonie gagnent un plus de terrain chez nous.
 
Jean-Pierre Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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