Nord-Kivu Sans mots

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Nous ne pouvons plus pleurer car les larmes ne coulent plus
Sinon du sang  dans lequel baignent tous les vivants et les morts.
Tout est rouge, le ciel comme la terre, c’est du rouge et du noir
Dans l’obscure nuée de feu qui dévore sans pitié.
Du pardon, du pardon!
Il ´n’y en a pas!
Les enfants enterrés,
Les jeunes, enterrés
Les adultes, enterrés,
Les vieillards, enterrés sans pitié.
Du pardon, du pardon, il n’en est pas.
Les femmes violées et tuées;
Les hommes brulés pour que la mémoire d’un peuple se taise;
Malheureusement, l’histoire est têtue!
Au Nord-Kivu
Du lundi au dimanche, un seul refrain de douleur sans consolation:
"Que son âme repose en paix"
Quelle paix inopinée?
Maldita paz! (Maudite soit cette paix)!
Au Nord-Kivu
Le jour et la nuit, sur le calvaire solitaire un seul cri gémissant:
"Adieu"!
Adieu papa,
Adieu maman,
Adieu mon fils,
Adieu ma fille,
Adieu!!! Adieu!!!
Tante, oncle, frère, sœur
Mère, père, grand-mère, grand père, tous dans le silence du Vendredi Saint
Silence imposé!
Et la fumée des ossements brulés pollue l’air pour un seul rescapé en sursis,
Nord-Kivu qu’as-tu fait de mal pour mériter cette colère de l’humanité contre tes fils innocents?
Abandonné à ton triste sort devant ce mal absolu sans avocat,
Sans pitié, tu ne mérites aucun pardon de l’ennemi.
Quelle ignominie!
On te chasse, te pourchasse dans tes vallées et sur tes montagnes ravagées par l’égoïsme et la haine immonde
du soi-disant frère anonyme.
Et celui qui cherche à te consoler par une aide distrayante
te déterre pour te renvoyer au plus profond de l’abîme.
Nord-Kivu, qui te pleurera?
Quand tous dans leurs conférences nocturnes décident venir te dire: Adieu.
Tes pieds toujours sous sanglots
reposent encore sur une terre en éboulement volontairement décidé sans pitié ni pardon.
Sans mots!
Nord-Kivu!
Avec tes insectes chassés de partout et par tous
Tu peux encore résister!
Seule l’espérance peut encore te maintenir,
même lorsque, délaissé de tous devant l’ennemi qui t’ôte le souffle.
N’oublie pas de gémir,
même étouffé dans ce cercueil que certains joyeusement te fabriquent.
Que les quelques insectes qui échappent à tes bourreaux
n’oublient pas de grouiller en dépit du feu de brousse
qui ravage tout à son passage.
Kivutien, avant de remettre le dernier souffle à l’épée,
tu dois "crier fort" pour creuser le tympan de l’ennemi.
Et dis-le à ton fils qui l’annoncera à ton petit fils
pour que l’histoire en soit le témoin.
Nord-Kivu 2008, triste mémoire sans mots !
.
Fr. Mumbere Mahamba Joseph, A.A.
Mexico-City (Mexique)
Beni-Lubero Online
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