Occupation du Kivu: Kabila doit dire la v

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Contrairement à l’annonce de "Kabila" du 31 janvier dernier, les troupes rwandaises et ougandaises ne seraient pas prêtes à partir de la RD Congo. Le parlement rwandais ainsi que le président ougandais viennent d’exprimer le désir de voir leurs militaires rester sur le sol congolais. Un démenti cinglant à l’échéance de "Kabila" qui fixait leur départ à la fin du mois de février.
           A l’allure où vont les choses sur le terrain, on est tenté de croire certaines indiscrétions qui circulent autour des fameux accords de Goma qui ont facilité l’entrée des troupes rwandaises au Kivu. Une des clauses de cet arrangement, stipulerait que les troupes rwandaises devraient rester au Kivu pendant un temps minimum de cinq ans afin de "pacifier" la région. Des sources proches du dossier, on apprend que cette recommandation de l’expédition des troupes rwandaises en RDC serait consignée dans le dernier rapport de Madame Genday Frazer. Cette dernière secrétaire d’Etat chargée des affaires africaines de l’administration Bush, qui n’a jamais voulu reconnaître l’implication des troupes de Kagame dans la guerre en RDC, aurait également proposé à "Kabila" une gestion commune des ressources du Kivu avec le Rwanda contre la paix. Cette diplomate qu’on accuse d’avoir encouragé l’installation du consulat des USA à Goma et l’érection des comptoirs et usines de traitement du Coltan, du diamant et de l’or dans la banlieue de Kigali, entretiendrait des relations personnelles avec Kagame.
             Et lorsque Museveni, en marge du dernier sommet de l’UA (Unité Africaine) parle d’une éventuelle indépendance des provinces du Kivu et orientale, en accord avec le sud soudan, sa liberté de parole inquiète. Surtout que ses troupes stationnent dans la région dont il parle, Dungu et Faradje, deux zones minières bien connues. Bien plus, lorsqu’aucune réaction n’est enregistrée à Kinshasa à l’encontre de ces propos extrêmement graves, on ne peut que demander à "Kabila" et à son gouvernement de dire la vérité. A peine que les victimes des affrontements entre le CNDP et les Fardc n’ont pas encore pansé leurs plaies, que les déplacés de guerre n’ont même pas fini de regagner leurs domiciles, seul un cynisme saboteur, peut inspirer un plan de redéploiement des troupes étrangères dans des territoires qui souffrent des affres de la guerre depuis plus de dix ans.
             En outre, ougandais comme rwandais qui prétextent la poursuite de leurs rebellions respectives, oublient qu’ils sont sur le territoire congolais depuis 1996 pour les mêmes raisons mais qu’ils se sont plutôt occupés de l’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises. Les affrontements rwandais -ougandais à Kisangani sont encore frais dans la mémoire des congolais. Mais si ces voisins s’amusent en RDC, c’est de la responsabilité des élites congolaises.
 
Tous responsables!
 
Quand Kagame trompe la vigilance des congolais en remplaçant Nkunda par Ntaganda, et qu’il ordonne à "Kabila" de signer l’entrée sur le territoire congolais de ses troupes, on peut se demander si ce n’est pas lui qui dirige la RDCongo. Après quelques jours d’observation, il n’y a eu de la part des élites congolaises, aucune réaction digne de ce nom. Ailleurs on aurait enregistré des démissions fracassantes et des déclarations incendiaires de l’opposition. En RDC, rien de tout ne cela sauf un ravisement tardif de Kamerhe (le président de l’assemblée nationale) qui risque de lui coûter son poste. Aussi curieux que cela puisse paraître, ses collègues députés de l’AMP, au lieu de le soutenir tant qu’il s’agit de la souveraineté du pays, ils diligentent des fiches pour l’accuser auprès de Kabila. A Kinshasa, on parle de quelques signatures pétitionnaires des élus de la province du Nord-Kivu pour la tenue d’une assemblée extraordinaire du parlement sur la question. Mais sur qui pèse une forte pression (pécuniaire) de la présidence qui ne dit pas son nom.
Un observateur belge qui a vécu à Kinshasa pendant longtemps faisait remarquer dans un article, "qu’il y a une génération dite de "Lovanium"(années 65-80) qui a une peur bleue de la perte d’un poste des responsabilités. Chez cette génération, confie-t-il, le degré de corruption est tel que pour quelques sous, ils seraient prêts à vendre la république. S’il leur reconnaît une certaine compétence dans le traitement d’un certain nombre des dossiers, il note chez eux un goût très prononcé de la facilité et de l’attentisme. D’autres encore veulent toujours rester propres et refusent de s’engager politiquement bien qu’ils peuvent distiller d’excellentes analyses de salon". Cela se justifierait, selon lui, par le fait que, lorsqu’ils terminaient les études, on les plaçait dans des moules préfabriquées que les colons belges avaient fabriqués et que eux auraient détruit après les avoir exploité sans le moindre souci de les entretenir. Il cite en exemple l’Université de Kinshasa qui les a formés et qui menace de s’effondrer, faute d’entretien. Ensuite, le MPR de Mobutu ne les a pas aidés, dit-il. Car ils se croyaient irremplaçables et n’ont pas préparé la relève. Ils pouvaient enchaîner plusieurs mandats électoraux des années durant tant qu’ils étaient cadres du parti unique. La preuve, au départ de Mobutu, personne n’était pressenti comme son dauphin. Et aujourd’hui personne n’est capable de dénoncer la grave trahison de "Kabila", fût-il élu. Il continue à les manipuler à souhait malgré leurs titres ronflants de docteurs, honorables et autres professeurs. A ce sujet, le feu général Mayele, le dernier chef d’Etat-major des Forces armées zaïroises, s’expliquait difficilement la déliquescence de la république des "professeurs" tant ils étaient nombreux comme conseillers autour de Mobutu. Et les jeunes générations ne sont pas mieux car ils sont arrivés sur le marché du travail alors que la situation économique s’était déjà dégradée.
           Même le clergé congolais qui pouvait faire preuve d’un engagement clair compte tenu du pouvoir moral qu’on lui reconnait sur les masses des fidèles, son discours se dilue dans des affirmations incantatoires du genre," remettez le couteau dans le fourreau”. UN vœu pieux qui est le propre de la conférence des évêques catholiques de la RDCongo. Difficile d’en mesurer les effets. Hormis quelques jeunes prêtres qui se seraient passé de cette forme de langue de bois.
           Car il est invraisemblable que les bourreaux d’hier, membres du CNDP, deviennent subitement des alliés sans que personne ne s’aperçoive qu’aucune garantie n’a été négociée. Il est vrai que tout le monde veut que les hutu des FDLR soient neutralisés et qu’au besoin rentrent chez eux. Mais pas à n’importe quel prix. Il est même curieux de voir le gouverneur du Nord-Kivu se préoccuper de l’insertion des membres du CNDP dans l’administration (douanes à Bunagana, DGM et autres ANR) sans même savoir s’ils sont rwandais ou pas. Alors qu’ils ont chassé sans ménagement les fonctionnaires congolais qui tiennent ces postes depuis des années. Cette prime à la violence n’est pas de nature à assurer une cohabitation pacifique et peut même donner des idées à d’autres personnes mal intentionnées. Il suffira de tuer quelques congolais ou s’armer d’une bonne capacité de nuisance pour se tailler une place au soleil en RDC.
           En réalité personne n’ignore que les hutu des FDLR sont devenus un fond de commerce important autant pour Kagame que pour "Kabila", Et que la vraie réponse à cette question ne sera pas seulement militaire sauf si Kagame ne le veuille ainsi. Il ne pourra pas ne pas négocier avec eux s’il veut une véritable paix au Rwanda. Il est parfois curieux de lire dans ses interviews que les congolais ramènent tous leurs problèmes à l’ethnie. Alors que c’est bien lui qui veut que son ethnie tutsi monopolise le pouvoir au Rwanda en éliminant physiquement les hutu. Comme si, ils sont tous frappé de "l’étoile de David". Les pauvres vieillards et autres femmes et enfants des Interahamwe, ont-ils tous participé au génocide de 1994? Kagame ne peut pas les accuser tous littéralement. Tant il est vrai que les troupes du FPR ont aussi tué des hutu à Tingi Tingi. Quand il dit qu’il n’existe pas des hutu et des tutsi au Rwanda, et qu’il n’y aurait que des rwandais dans son pays, à lui de montrer à la face du monde et des congolais en particulier qu’il peut accueillir des hutu réfugiés en les nommant autrement.
 
Aux congolais de savoir tirer les leçons de la guerre!
 
Ils sont actuellement nombreux, les congolais qui se font du mauvais sang quand ils apprennent la facilité et l’impunité avec lesquelles les armées étrangères pillent les richesses de la RDC, tuent et violent leurs compatriotes. C’est aussi parce qu’ils ont passé trente ans dans une paix du MPR, fragile. Retrouvée sans pain. Pendant que nos voisins se préparaient à la guerre. Et ont toujours infligé des défaites à l’armée congolaise depuis 1996. Et pourquoi? Parce que la défaite serait le stigmate de la corruption, de la paresse et de l’immoralité. Et que la guerre, permet de tester, à la flamme de la bataille, la valeur des nations. A ceux qui pensent que la communauté internationale viendra résoudre le problème des congolais, qu’ils se détrompent. Jugement de la force, la guerre rend son verdict en désignant le vainqueur. Elle dit où se trouvait le droit. Et Novikov dans son livre intitulé, "les luttes entre les sociétés humaines", ajoute que le vaincu est toujours celui qui a mérité de l’être. Même dans le cas d’une attaque par traîtrise ou même s’il succombe sous la coalition de plusieurs Etats ambitieux et sans scrupules. La suite est à deviner.
            Les congolais doivent se donner les moyens de relever ce défi en montrant qu’ils aiment bien leur pays. Bien qu’il y a quelques sacrifices à consentir. Sinon, il serait illusoire de croire que les ougandais et les rwandais pourront partir d’eux-mêmes parce qu’ils autaient signé un accord de retrait. Les grands hommes d’Etat et les diplomates ont toujours su que la politique et la diplomatie sont essentiellement mouvantes. Et les engagements ne sont que des "chiffons de papier". Lorsqu’elles ont été arrachées par la force, les promesses n’ont aucune valeur. Quant aux autres, celles qui ont été librement et loyalement consenties, elles n’ont pas à être tenues si elles vont à l’encontre des intérêts de l’Etat. Ces propos dont l’actualité ne se dément pas, sont tenus de Machiavel qui est finalement le père de la pratique politique moderne. Aux congolais de les mettre au service de la défense du pays, certainement avec modération. Pourvu qu’ils se trouvent un leader charismatique capable de s’opposer à la trahison de Kabila. A la manière d’Ange Radjuel, le maire d’Antananarivo(Madagascar)? Tous les moyens sont bons pourvu que la lutte ait commencé.
 
Faustin MBUSA KAHUNDIRA
Rennes/France
Beni-Lubero Online
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