P. Syauswa Musondoli plaide la Cause de l’Eau et de l’Environnement

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[Dimanche 9 Avril 2006, www.benilubero.com] La gestion de l’eau est cruciale pour la sécurité de la planète terre. Il y a quelques années, un rapport du CIA intitulé « Global Trends 2015 » avait projeté que la rareté de l’eau sera parmi les grandes causes des conflits d’ici 2015 si rien n’est fait pour gérer rationnellement l’eau de la planète. D’après ce rapport, en l’an 2015, la moitié de la population mondiale soit 3 milliards de personnes vivrait dans des pays souffrant de la carence d’eau avec une moyenne de 1700 m3 d’eau par habitant par an, et cela surtout en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-est et au Nord de la Chine. Ce rapport fait à Washington n’avait pas manqué de parler du Congo, et indirectement de Beni-Lubero qui abrite une des sources du Fleuve Nil, le fleuve dont l’eau pourrait être l’indice de paix entre plusieurs pays d’Afrique. Après la guerre d’agression par les Rwandais et les Ougandais, le Congo risque de se voir entraîner dans la guerre de l’eau du Nil que dix pays d’Afrique pourraient se disputer dans un avenir proche, notamment, l’Egypte, le Soudan, la Libye, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la R.D.Congo, L’Erythrée, le Djibouti, le Tchad. Qui savait qu’à cause du facteur « eau », l’Economie de l’Egypte dépendait d’une certaine manière de Beni-Lubero, et notamment de collines de Musenda où les géographes situent une des sources de la rivière Semliki qui est une des sources du Nil ? Beni-Lubero vous propose de lire avec intérêt l’article du Père Daniel Syauswa, s.j. qui nous demande de ne pas détruire notre environnement et de ne pas gaspiller notre eau, qui est aussi l’eau des autres, l’eau du monde… (La Rédaction de Beni-Lubero Online)

. Aurons-nous assez de pluies à Butembo et ailleurs ?

Cette question provocatrice se veut d’attirer notre attention sur ce qui se passe chez nos voisins au Nord du Kenya, en Somalie, en Ethiopie et dans certaines parties de la Tanzanie : la sécheresse.

En vacances à Butembo, j’ai souvent vu mes nièces se réveiller à trois heures du matin pour avoir une goutte d’eau potable. Le scénario est presque quotidien pour beaucoup. Un scénario qui ne peut nous laisser indifférents.

Depuis plusieurs semaines, certains média se sont tournés vers la corne de l’Afrique où la sécheresse a déjà fait plusieurs victimes humaines et animales. Pour un peuple qui vit essentiellement de l’élevage, la mort de centaines de milliers de bêtes est dramatique. La sécheresse prolongée menace environ 17 millions de personnes et condamnent plusieurs personnes à parcourir jusqu’à plus de 90 Kms pour trouver un point d’eau pour leurs chameaux et leurs vaches. Mes nièces, elles, n’ont qu’à descendre quelques centaines de mètres pour avoir un peu d’eau pour le ménage ! Corne de l’Afrique loin de chez nous peut-être, mais les problèmes de sécheresse, leurs causes et leurs conséquences ne sont pas très loin de nous. Non seulement parce que nos villes connaissent des problèmes d’eau, mais aussi parce que le problème climatique est aujourd’hui une préoccupation globale. « Global warming » dit-on en Anglais, « réchauffement planétaire » en Français, et chacun peut certainement entendre cela dans sa langue.

Parmi les causes du réchauffement planétaire ses trouvent des comportements humains peu soucieux de l’environnement. La dégradation de l’environnement est une question qui d’ailleurs passerait inaperçue si nous nous laissions trop distraire par les discours de nos politiciens qui font très peu mention du volet social dans leurs projets de société (quand ils en ont un bien sûr).

A l’Est de la RDC, particulièrement dans les deux Kivu qui nous sont plus familiers, les conflits actuels ont fait plusieurs victimes humaines, nul ne peut le nier. Mais il y a des victimes silencieuses qui parleront en cris de gémissement par leurs conséquences futures sur le climat du Kivu. Il s’agit de nos forêts et de nos écosystèmes qui, pendant des années ont contribué à l’équilibre climatique de chez nous et d’ailleurs. La situation a changé hélas ! Les paysans dans nos campagnes se plaignent désormais, eux aussi, du manque de pluie pour leurs cultures. Dans certaines zones où la population produisait à manger pour les besoins locaux et pour l’approvisionnement des villes, la sécheresse, l’érosion des sols, la chute des récoltes, et la carence alimentaire se fait désormais sentir. Et on doit dépendre du marché pour se nourrir. Près de chez nous !

Qu’est-ce qui est donc arrivé à nos forêts et nos écosystèmes? Et quoi la guerre a-t-elle aggravé la situation ? Les deux Kivu ont vécu une série de migrations dans les années qui ont suivi le génocide du Rwanda en 1994. Des milliers des réfugiés se sont retrouvés “obligés” de dépendre de ce qui se trouvait dans leur nouveau cadre de vie : les forets et les autres ressources naturelles. Sans vouloir dire que les réfugiés sont à la cause de la dégradation de nos forêts, il faut reconnaître que leur présence a été une cause de déforestation significative accompagnée de sérieuses érosions de sol. Le Parc National des Virunga dans sa partie Sud portera à jamais les marques de cette crise humaine et écologique. L’émergence des déplacés de guerre à l’intérieur de la RDC a constitué un autre danger pour l’environnement. Tout cela a été aggravé par l’exploitation illégale et indiscriminée des ressources naturelles par les forces étrangères et les mouvements rebelles que ces forces ont soutenues, créées, ou combattues. L’exploitation illégale des ressources congolaises est donc l’œuvre des facteurs internes au Congo et des forces étrangères. Les forêts détruites dans l’Ituri resteront pendant longtemps une cicatrice de la guerre et de la déforestation qui s’en est accompagnée.

Revenant à la situation des zones Beni Lubero (qui ne servent que d’illustration de ce qui est vrai pour une bonne partie du Congo) ; la crise de sécheresse qui frappe la corne de l’Afrique constitue une sonnette d’alarme pour nous tous. Rappelons-nous la sagesse de nos pères et mères et grand parents : ils coupaient rarement un arbre sans en planter un autre. Ils connaissaient l’impact d’une forêt, même petite, sur le cycle des pluies. Qui aujourd’hui pense à planter au moins un arbre lorsque après en avoir coupé plusieurs ? Qu’est ce qui arrive aux hectares entiers rasés pour étendre nos belles villes comme celle de Butembo ? Nos urbanistes ont-ils pensé à des espaces verts au sein de nos villes, ou pensons-nous qu’il s’agit là d’une affaire du « muzungu » ? Pouvons-nous compter sur les agronomes, produits de nos universités (Faculté d’Agronomie Université du Graben) et de nos Instituts Supérieurs (ISEAF-Eau et Forêts, ISDR) ? Rejoindrons-nous Popal Isse dans ses efforts écologiques ? Sauront-nous soutenir et encourager nos paysans pour la restauration de nos écosystèmes ? Et surtout saurons-nous contribuer aux efforts de paix pour que les populations condamnées à exploiter les ressources naturelles retrouvent le calme de leurs villages ? Comment la dégradation des ressources naturelles à l’Est de la RDC a des causes essentiellement humaines, les solutions à cette crise ne peuvent être que des solutions humaines. Quelle sera notre contribution à ce grand projet ?

P. Syauswa Musondoli, S.J.,

Berkeley University , Californie,

Beni-Lubero Online

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