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Petite Histoire : Origine des mots Beni, Boikene, Pasisi, Semuliki, etc.

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Le territoire administratif de Beni connut l’occupation coloniale en 1894, date à laquelle un poste d’Etat fut établi dans ce village. Avant cette date, les archives sur Beni sont très peu éloquentes, excepté une mine d’informations socio-politiques recueillies auprès des missionnaires catholiques qui s’étaient lancés à la “conquête” spirituelle de cette contrée où ils craignaient d’être devancés par des anglicans anglophones venant de l’Ouganda ainsi que par des missions protestantes. La correspondance datant de 1889 à 1897 et échangée entre le Père Auguste Achte depuis l’Ouganda où il servait en tant que missionnaire et son Supérieur général est très instructive à maints égards. On y apprend, par exemple, que les explorateurs Stanley et Emin Pacha (1889/1890) étaient de passage “dans cette contrée” de Beni. Cette correspondance nous renseigne également que le Père Auguste Achte se mit à l’apprentissage du swahili auprès du Père Guillermain, en prévision de son affectation “au-delà de la Semuliki”, expression qui désignait Beni et ses environs. [(In “Naissance et croissance d’une église locale 1896/97-1996)”, Matthieu Muhemu Subao Sitone, Lyon 2, 2006]. Ce qui laisse supposer que la population de Beni parlait swahili dans les années 1800. 

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                  Grand Rond Point de la Ville de Beni

L’islam conduit par des arabes et des arabisés esclavagistes s’inflitra dans la région de Beni vers 1870, ce qui pourrait expliquer en partie l’usage du swahili en tant que langue véhiculaire à l’époque, sachant que le swahili tire une bonne majorité de son vocabulaire de la langue arabe. Jusqu’aux années 1900, Beni et Irumu faisaient partie de la zone administrative du Haut-Ituri. Vers 1902, Beni fut rattaché à Rutshuru dans le Kivu, marquant ainsi sa séparation définitive d’avec Irumu. 

La ville de Beni doit son nom à Mbene, un chef coutumier très influent qui administra cette agglomération avant l’accession du Pays à l’indépendance. Par la tradition orale, il nous est parvenu l’anecdote suivante : Un colon belge demanda le nom du village auprès des autochtones. « Chez Mbene », ceux-ci lui répondirent. Mais dans ses notes, le belge retiendra « Beni » et ce fut dès lors le nom donné à ce village. 

La sacralisation de toute parole sortant de la bouche d’un Blanc à l’époque coloniale pourrait se vérifier dans plusieurs domaines. Citons, par exemple, les noms donnés à plusieurs sites, quartiers et rivières autour de la ville de Beni. Ils témoigneraient d’une forte influence des colons belges au Congo-Léopoldville en général et dans l’est du pays en particulier. Prenons le cas de “Boïkene” le nom d’un des quartiers huppés de Beni. Ce quartier doit ce nom à un belge qui aurait souhaité un “bon week-end”, en fin de semaine, à l’équipe de cantonniers qu’il dirigeait. Nos cantonniers analphabètes ont cru entendre que le Blanc leur disait que ce lieu s’appellerait “Bo-ï-Kene” et se mirent à propager la nouvelle autour d’eux. De Cité Belge (vers Mabolio), un autre Blanc se serait intéressé à la montagne qui surplombait ce village et aurait demandé aux badauds : “Qu’y a-t-il là-haut?” Depuis, ladite montagne s’appelle “La-o” jusqu’à ce jour. Et un autre colon belge, alors qu’il se trouvait sur la route de Mangina, donna ordre à ses accompagnateurs : “Passez ici et suivez le chemin de la brousse!”. Ces pauvres gens se dirent entre eux, très enthousiasmés : “Le Blanc dit que ce village s’appelle ‘Pa-sse-si’ et que de l’autre côté où il a pointé du doigt c’est ‘Bou-rou-sse'”. Ainsi seraient nés les noms de Pasisi et de Burutsu. Enfin, pour ce qui est de l’origine du nom porté par la rivière Semliki, on raconte qu’un explorateur aurait demandé à un pêcheur qu’il trouva entrain de pêcher de lui communiquer le nom de cette rivière. Pensant que ce Blanc s’intéressait à ses modestes prises de la journée, il lui glissa laconiquement en Kinande : “Si-mu-li-ki” ce qui, traduit, veut dire : “Il n’y a rien dedans”. Mais dans son carnet de voyages, l’explorateur indiqua qu’un indigène lui a révélé le vrai nom de cette majestueuse rivière… 

Pour revenir à Beni, il convient de reconnaître que cette agglomération revêtait d’une importance capitale, eu égard à sa position stratégique. Les belges firent de ce lieu leur centre administratif et un carrefour commercial tourné vers l’Ouganda et le Kenya par le poste frontalier de Kasindi. Les missionnaires catholiques [ Les Assomptionnistes] s’établirent sur les hauteurs de Beni-Païda où ils construisirent une église, des couvents et l’une de premières écoles de la région sous l’impulsion d’Henri Piérard, un missionnaire assomptionniste belge. Dans le milieu des années 1970 jusqu’à la fin des années 1980, Beni connut son âge d’or grâce à l’implantation dans cette agglomération de nombreuses usines à café et de grandes sociétés d’exportations parmi lesquelles Enra, Sozadex, Capaco, Sozadechanges, Socotrac, Ets Tsongo Kasereka (Qualitex), Planoki, Ngba Mwana Matika, Soconoki, Ozacaf, Migros Comituri, Hasson & Frères, Cafekit, Socozaki, Sotexki (M. Lubenga), Zaïre Tools, KPM, Domaine de Katale à Matembo (Mavivi)… Beni est, en effet, la seule région au monde produisant à la fois l’arabica et le robusta. L’or vert ainsi que la papaïne se vendaient bien à l’export à telle enseigne que la cité attira l’attention de plusieurs banques nationales qui y ouvrirent des agences ou succursales. Ce furent le cas de la Banque Commerciale Zaïroise(BCZ), de la Banque de Kinshasa (BK), de la Banque du Peuple (BDP) et de l’Union Zaïroise de Banques (UZB). La chute des cours de café dans les années 90 et le pillage des biens de 1991 et 1993 sous le régime du dictateur Mobutu mirent à mal les opérateurs économiques. Pourtant, le marché du café était régulé et sa vente réglementée par un système assez complexe des timbres OIC. Les autorités instaurèrent un autre principe, celui de la rétention de café afin de créer une rareté sur le marché mondial. Mais sans succès. Beaucoup de sociétés firent alors faillite, les plantations des caféiers furent laissées à l’abandon. Les usines à café qui ne fonctionnaient qu’avec de groupes électrogènes devinrent inexploitables à cause de la flambée des prix de carburant importé du Kenya, la région n’étant pas électrifiée. Les paysans revinrent à la production du café pilonné de piètre qualité car décortiqué de manière artisanale et sans être calibré ce qui, sur le marché mondial, contribua à dégrader l’image du café produit au Zaïre. 

Les routes de desserte agricole se dégradèrent inexorablement et l’évacuation des produits agricoles vers Beni devint un véritable cauchemar pour les entreprises. Le tronçon routier d’une importante vitale reliant Beni à Kisangani devint impraticable, celui de Beni-Kasindi très dangereux car non entretenu et occupé par endroits par des coupeurs de route, des rebelles “mumbiri” ou “ngilima” venant de Lume, le pied du mont Ruwenzori. La crise qui s’ensuivit fut douloureuse et plongea Beni dans une situation économique désastreuse. 

Et comme si cela ne suffisait pas, la trachéomycose fit son apparition dans la région et affecta surtout le café robusta. Cette maladie agit sur la dégénérescence du système vasculaire du caféier, – c’est à juste titre qu’elle fut surnommée « le sida du café ». Et pour anéantir tous les efforts des opérateurs économiques de la région, une presse dite “spécialisée” allégua à l’époque, sans le prouver scientifiquement, que le café victime de trachéomycose pourrait être cancérigène. Vraisemblablement, dans le but inavoué de promouvoir le café concurrent produit en Amérique latine. Tout cela mina la confiance de rares acheteurs potentiels et contribua à la dépréciation du prix du café produit au Kivu incriminé à tort ou à raison. Les palmeraies supplantèrent les caféiers mais l’huile de palme ne sera jamais rentable comme ce fut le cas pour le café vert. En outre, l’huile de palme n’arriva pas à s’exporter. Mais nos pauvres agriculteurs de Beni ne s’avouèrent pas vaincu car ils trouvèrent une alternative quelques années plus tard, en se tournant vers la culture du cacao, leur dernière trouvaille. Les deux dernières guerres du Congo (1996, 1998) eurent pour conséquence l’exode rurale des populations. Ainsi Beni, à l’instar de Butembo et des autres villes de l’est du pays, verra la cité se développer très rapidement, les nouveaux venus étant essentiellement des déplacés de guerre fuyant leurs villages suite aux exactions commises par des éléments incontrôlés de l’armée régulière ou par des rebelles. 

Paradoxalement, lorsque le mouvement rebelle RCD-KML dirigé par Mzee Antipas Mbusa Nyamwisi, un natif de la région, contrôla cette partie du territoire congolais, il s’observa un nouveau dynamisme entrepreneurial auprès de jeunes commerçants. En fait, ce mouvement rebelle très calculateur – et visionnaire aussi – favorisa les importations des biens et des produits manufacturés en instaurant des forfaits tarifaires compétitifs aux frontières qu’il contrôlait. Ces mesures douanières incitatives firent oublier que la région était trop dangereuse pour y investir. Les commerçants qui saisirent ce ballon au bon se virent gratifier par des marges colossales qu’ils arrivèrent à dégager. La prospérité de leurs affaires intrigua les autorités de Kinshasa lors de la réunification du territoire national quand celles-ci se rendirent compte des progrès économiques enregistrés et de la montée en puissance d’une classe moyenne plus ou moins aisée à l’Est du pays qui échappait jusqu’alors à leur contrôle. Ayant encore en mémoire le traumatisme causé par le pillage de leurs biens aux jours de Mobutu, les habitants de Beni et ses environs s’investirent dans l’immobilier en construisant des maisons, des villas et des immeubles “que personne ne pourra leur dérober la nuit”. Cette prise de conscience se révéla payante et, du jour au lendemain, ce que fut une cité sans âme devint une ville urbanisée, propre et grouillante d’activités. Et officiellement, la cité de Beni fut élevée au rang de “ville” en 1998 par le Président de la République Laurent-Désiré Kabila. La majorité de sa population est composée de l’ethnie Nande, un peuple très entreprenant et solidaire. 

Le projet en cours relatif à la réhabilitation de l’aéroport de Beni-Mavivi va dans le sens de l’ouverture à l’international de cette région enclavée. En effet, la quasi-totalité de missions d’affaires vers ou au départ de Beni-Lubero passent jusqu’à présent par l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda. Jusqu’en 2011, la ville n’était pas toujours électrifiée, freinant les opérateurs économiques dans l’industrialisation de la région. 

Kasereka KATCHELEWA

Aisy-sur-Armançon, France

©Beni-Lubero Online

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