Plaidoyer pour la création du Cercle des Amis de Floribert Chebeya

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L’assassinat de Floribert Chebeya et la question d’une enquête crédible. Plaidoyer pour la création du Cercle des Amis de ce digne fils du Congo
 
Il nous semble difficile de comprendre l’assassinat de Floribert Chebeya sans le situer dans le contexte général de la guerre d’agression qui nous est livrée depuis 1996. Pour rappel, cette guerre a, entre autres comme objectif, la balkanisation du Congo. A mon humble avis, Floribert Chebeya s’inscrit sur la longue liste de dignes fils de notre peuple sacrifiés sur l’autel du réseau des balkanisateurs de notre pays. Il est mort dignement comme martyr dans la lutte pour la protection de notre droit à avoir une terre et une dignité humaine respectée. Perdre de vue ce fil conducteur peut conduire à croire en l’éventualité d’une certaine enquête crédible sur l’assassinat de « cette voix des sans voix ». Non. Il n’y aura pas d’enquête crédible dans la mesure où les initiateurs de cette guerre d’agression demeurent tapis dans l’ombre et mettent sur le devant de la scène des pions interchangeables. Indiquer quelques marionnettes du réseau des escadrons de la mort et de la balkanisation du Congo comme responsables de l’assassinat de Chebeya sans sortir du système de la mort mis sur pied chez nous depuis 1996 (et même avant), c’est ne rien comprendre à notre histoire ; celle que nous faisons et écrivons nous-mêmes.
 
Il est ridicule de croire que Joseph Kabila est déterminé à faire toute la lumière sur la mort de notre illustre frère et ami. Pourquoi ? 
 
John Numbi, Daniel Mukalayi et les autres escadrons de la mort cité dans cet assassinat font partie de la police politique de Joseph Kabila. Ceux et celles qui savent relire le rapport de la FIDH du mois de mars de l’année dernière se rendront compte que traitant de la dérive autoritaire du pouvoir actuel, les auteurs de ce rapport indiquaient que « les forces de sécurités sont une police politique dotées des pleins pouvoirs. » Ils notaient ceci :
 
« En réalité, il existe toujours une multitude de forces de sécurité dont on ne sait pas réellement quelles sont les attributions et pouvoirs. La liste des forces de sécurité procédant à des arrestations, détentions et enquêtes est en effet longue. Interviennent entre autres : la police nationale Congolaise et ses unités et services spéciaux tels que la Police d’Intervention Rapide (PIR) et la Direction Générale des Services Spéciaux de la Police, la Garde Présidentielle, l’Etat Major des Renseignements Militaires (dénommé par tous les interlocuteurs par son ancien nom, Détection militaire des activités anti-patrie, DEMIAP), et l’Agence Nationale de Renseignements. » Arrêter quelques officiers de police est loin d’être une rupture avec le fonctionnement d’une police politique multiforme mise sur pied pour museler toute voix discordante. 
 
Et comment procède cette police politique pour museler toute voix discordante ? La FIDH répondait : « La torture est une pratique du pouvoir en place », en violation de la Convention de 1984 ratifiée par la RDC le 18 mars 1996. A partir des témoignages recueillis, la FIDH avouait que « les témoins rapportent en effet que les forces de sécurité ont recours à tout type de pratiques afin de les intimider, les faire taire : coup de matraques, humiliations physiques et / ou verbales, détention prolongée sans aucun contact avec l’extérieur et sans savoir quand elle prendra fin, etc. » Et elle ajoutait : « Aucune mesure n’a été prise pour tenter de mettre fin à ces pratiques qui sont d’ailleurs bien utiles au pouvoir en place pour réprimer les opposants et/ou ceux supposés l’être. »
 
Dans ce contexte de violation systématique du droit humanitaire international, les victimes n’ont aucun recours en justice. Cela d’autant plus que le pouvoir en place pratique « la justice à la carte ». Celle-ci « est utilisée à des fins de musellement des voix contestataires ou encore contre ceux dont on voudrait pour une quelconque raison se débarrasser. Les responsables des violations graves des droits de l’Homme, au premier rang desquels figurent les forces de sécurité et les hauts responsables au pouvoir, évoluent eux toujours dans l’impunité la plus totale. » Pour dire les choses simplement, Floribert Chebeya est la énième victime de la dérive autoritaire du pouvoir de Joseph Kabila ayant accordé des pouvoirs illimités à sa police politique, ayant promu les criminels de guerre et économiques et ayant disqualifiée la justice juste dans un pays où l’éthique politique a cédé la place aux antivaleurs ; au nom du triomphe de la cupidité et avec la bénédiction des « cosmocrates ».
 
Dans ce contexte, attendre que le système de ces pyromanes se défasse de lui-même en initiant une enquête crédible est une illusion. La rupture devrait être impulsée par un Cercle (ou des Cercles interconnectés) des Amis de Floribert Chebeya ayant une triple orientation : poursuivre la lutte qu’il a menée juridiquement ; entretenir notre mémoire collective de façon que nos martyrs ne soient pas oubliées et que leur sang féconde notre résistance à l’endroit des puissances de la mort ; veiller tant soit peu sur sa progéniture et sa veuve et engager des actions multiformes qui mettent hors d’état d’agir les marionnettes dont se servent les balkanisateurs de notre pays.
 
Le Cercle des Amis de Floribert Chebeya peut devenir un interstice pour des actions de résistance concertées. (Une résistance à transformer en pouvoir.) Il peut devenir le lieu où nous échangeons les échos de la résistance. Y adhérer ne signifierait pas renoncer à nos autres appartenances. Cela serait synonyme de fédérer toutes les énergies positives de notre pays pour une rupture déterminée avec le système de la mort ayant pris nos populations en otage depuis 1996. Le Cercle des Amis de Floribert Chebeya nous aiderait à aller au-delà de l’émotion que son assassinat a provoquée pour regarder, constamment, en face, le système mortifère mis en place chez nous et à travailler au renversement des rapports de force.
 
Moi, J.-P. Mbelu, je suis partant pour un site Internet dont ceux et celles qui veulent me rejoindre auront bientôt les références. Je reste ouvert aux remarques, critiques et suggestions.
 
J.-P. Mbelu
Belgie- Brussels
©Beni-Lubero Online
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