Plaidoyer pour une autre ind

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Après 48 ans d’indépendance nominale, la militarisation de la politique congolaise, l’enrichissement facile des gouvernants ayant géré la chose publique pendant la deuxième et la troisième République l’imbécillisation de la majorité de nos populations, la trahison des "techniciens du savoir" et la néocolonisation du Congo sont des constats plusieurs fois ressassés. Cette rengaine pourrait finir par lasser, si elle ne sert qu’à entretenir un nombrilisme congolais irresponsabilisant. La lutte qui vaille la peine d’être encore et toujours menée serait celle qui consiste à "dresser nos fronts longtemps courbés".  
 
I. Voir plus loin que le monde virtuel de l’Internet
 
Si cette lutte doit se garder d’être menée en ordre dispersé, elle ne devrait pas s’épanouir au-delà du monde virtuel. Nous sommes en train de nous laisser piéger par Internet. Si sur Internet, tous nos compatriotes savent ce qu’il faut faire pour que le bonheur soit partagé demain au Congo, l’illusion serait grande de croire qu’à force de débattre sur cette machine, notre pays finira par se transformer, comme par coup de baguette magique, en un paradis terrestre.
 
En effet, il est louable que le Congo ait plusieurs de ses filles et fils, analystes chevronnés des causes lointaines et immédiates de sa descente en enfer. Mais ces analyses risquent de demeurer lettre morte et pour longtemps, si ces filles et ces fils du Congo remettent toujours les missions pouvant les fédérer aux calendes grecques.
 
Il serait exagérer de dire que rien de sérieux ne se fait au sein des communautés congolaises vivant au pays ou dans la diaspora. Il y a des groupes homogènes (des partis politiques ou des associations citoyennes) qui se rencontrent.
 
Souvent, les problèmes surgissent quand le passage de son groupe ou débat avec d’autres groupes est exigé pour des raisons d’unifier les forces, de créer de grandes coalitions ayant comme but et chemin un Congo libre, prospère et démocratique. Ici, les démons de la délation, de la diabolisation, de la division, de l’égocentrisme surgissent. Et tout le monde accuse et dénigre tout le monde. Et tout le monde ne veut pas rencontrer tout le monde et/ou pose des conditions draconiennes devant être remplies au préalable, sans que la chance soit donnée à l’apprentissage en commun. Prudence oblige, entendons-nous souvent.
 
La dureté des jugements que nous portons les uns à l’endroit des autres souffrirait d’un déterminisme aveuglant sur la capacité de l’homme à apprendre de son errance et des espaces où, avec et à partir des autres, il essaie de désapprendre. Aussi, est-il important que nous prenions en compte certains résultats de nos analyses.
 
Un exemple. Il est de plus en plus établi que la diabolisation des compatriotes "nationalistes", la division des Congolais entre eux, la délation, etc. ont participé et participent encore du "modus operandi" des politiques occidentaux "faiseurs des rois" chez nous et "petites mains du capital" Mais pourquoi reproduisons-nous cette façon de faire que nous critiquons vertement en créant des clivages entre nous?
 
En effet, il est sûr que tous les Congolais n’ont pas occupé les mêmes postes de responsabilité pendant la deuxième et la troisième république. Il est plus ou moins certain qu’un jour, ceux et celles d’entre nous qui ont participé de près ou de loin à la descente de notre pays en enfer, répondent de leurs actes. De là à cultiver une méfiance permanente entre nous, il y a un pas que nous franchissons souvent allègrement.  
 
II. Initier et entretenir la thérapeutique du "désenvoûtement des cœurs et des esprits"
 
A l’aube de la 49ème année de notre indépendance nominale, ne serait-il pas urgent que "les ascètes du provisoire congolais" initient des actions de cure spirituelle contre la haine de soi, l’auto-flagellation, le mépris de soi (et du différent), l’autodénigrement et tous ces autres vices qui détruisent notre pays en tant que corps. L’une des actions serait la mise sur pied des lieux d’apprentissage en commun où les débats d’idées aideraient à l’approfondissement de la connaissance mutuelle indispensable au travail de la fabrication commune de notre destinée. Il y a comme un appel permanent à une réconciliation permanente du Congolais avec lui-même…
 
Il est quand même étonnant que ces Congolais qui se tirent souvent dessus à boulet rouge soient de temps en temps des laudateurs de "leurs bourreaux", membres des réseaux mafieux de prédation nationaux et internationaux, donnant ainsi l’impression d’être des sadomasochistes conscients et/ou inconscients!
 
Quand nous parlons d’une cure spirituelle, nous ne pensons pas directement au remplissage de nos maisons de prière. (L’obscurantisme qui sévit dans certaines d’entre elles contribue à l’esclavage des cœurs et des esprits.) Nous invitons à un travail semblable à ce qui pourrait s’appeler "le désenvoûtement des cœurs et des esprits" dans ces lieux d’apprentissage en commun que pourraient devenir nos cercles de débat d’idées et d’échanges réguliers.
 
Ces cercles seraient des espaces où la prise de parole réciproque dans le respect du partenaire dialogual (adversaire politique ou membre d’une association différente à ne pas confondre avec un ennemi) chercherait à poser des questions qui mettent ensemble, qui incitent à l’unification des forces pour bâtir un autre Congo.
 
"Le désenvoûtement des cœurs et des esprits" est un travail de fabrication de la confiance mutuelle au quotidien. Il ne s’embarrasse pas de la réponse aux questions du genre: "Sommes-nous optimistes ou pessimistes sur l’avenir du Congo?". Non. Ce travail pose des questions d’un tout autre genre: " Comment nous débarrasser des démons de la division, de la diabolisation de l’autre, de l’auto-flagellation, de l’autodénigrement, etc. pour que l’autre Congo advienne à court, moyen et long termes? Comment nous donner des délais d’évaluation qui fassent de nos errances des appels au retour sur le chemin de l’édification mutuelle au nom d’un autre Congo? Qu’apprenons-nous de l’autre qui nous permette de désapprendre en nous débarrassant des préjugés mortifères? Comment pouvons-nous, ensemble, créer un Congo où l’amitié avec l’autre n’est pas l’autre nom d’une extraversion hypocrite? Comment faire pour être, au quotidien, maîtres, chez nous, là?"
 
"Le désenvoûtement des cœurs et des esprits", porté comme devoir citoyen et humain, incite à porter en permanence (en soi et collectivement) ces questions et tant d’autres avec et à partir des autres (Congolais et amis étrangers) pour "bâtir un pays plus beau qu’avant, dans la paix" et dans l’humilité. Ceci exigera en permanence un renoncement à l’égocentrisme ravageur. Mais aussi à cet héritage mobutien du "petit chef" plus beau, plus intelligent, plus sage, etc. à l’exception de tous les autres.
 
"Le désenvoûtement des cœurs et des esprits" est une thérapeutique qui se moque de la toute-puissance du chef en tant qu’ "homme seul", "président fondateur" (et/ou fécondateur), "guide éclairé", etc. Cette thérapeutique assume notre imbécillité et nos propensions à l’amnésie comme étant la part de notre vulnérabilité et de notre fragilité. Mais aussi comme un appel à "l’union qui fait la force" sur fond d’un désaccord fondateur d’un autre Congo, d’une autre Afrique et d’une autre humanité. Pour dire les choses simplement, l’autre Congo à recréer devrait démonétiser en permanence les modèles de personnalisation du pouvoir dont les exemples de notre histoire passée et présente indiquent les limites.
 
La thérapeutique du "désenvoûtement des cœurs et des esprits" se veut une pratique collective portée par les collectifs des veilleurs-protecteurs de la mémoire historique de nos populations, les ascètes du provisoire Congolais et leurs alliés (africains et étrangers) et nos communautés villageoises et/ou citadines de base ayant fait d’un Congo libre, prospère et démocratique leur raison de vivre et de mourir.
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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