Pourquoi Kamerhe a-t-il demand

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Le dernier discours tenu par Vital Kamerhe à son départ de la présidence de l’Assemblée nationale a été largement distribué sur Internet. Il est diversement commenté. Plusieurs compatriotes n’auraient retenu de ce discours que « le pardon » de l’ex-président de l’Assemblée nationale au Président Joseph Kabila. Si certains d’entre eux ne comprennent pas qu’après le bras de fer ayant opposé Vital à « son frère » Joseph, il finisse par « s’humilier » en demandant pardon, d’autres sont étonnés que ce genre de réflexion soit mené. Ils estiment que la réconciliation au sein d’une même famille politique est la chose la plus normale qui puisse se faire. D’un trait, ils effacent toute une histoire au cours de laquelle Vital a choisi Joseph, l’amnésie étant la chose la mieux partagée dans certains milieux congolais et dans ceux des médias dominants.
 
Eu égard à ces interprétations, nous avons voulu relire le texte de Kamerhe. Le journal le Potentiel rendant compte de la « passation de pouvoir à l’Assemblée nationale », ce journal note ce qui suit: « Mieux, Vital Kamerhe s’est adressé particulièrement au chef de l’Etat: « Au président de la République, chef de l’Etat, je demande aussi pardon si jamais il s’est senti offusqué par mon comportement. Je lui renouvelle ici et de manière solennelle mon profond respect. » »
 
Dans ce texte, Kamerhe demande pardon au conditionnel: « si jamais » n’est pas à prendre à la légère. Et puis, Kamerhe ne lie pas son pardon à un acte précis: il parle de son comportement en général. Ceux et celles d’entre nous qui ont lu le sms envoyé aux députés de l’AMP pour qu’ils lâchent Kamerhe savent qu’il lui était reproché plusieurs « péchés ». Soit.
 
Ce texte ne fait pas directement allusion au bras de fer survenu entre Vital et Joseph au sujet de l’entrée secrète des militaires Rwandais au Congo. Dans son discours d’ouverture de la session de l’Assemblée nationale de mars, Vital Kamerhe se disait étonné que le Président de la République se sente concerné par une question dépendant en tout et pour tout du gouvernement qui, seul, peut répondre devant l’Assemblée. Il demandait aux membres de sa famille politique faisant partie du gouvernement de ne pas se cacher derrière le chef de l’Etat quand ils doivent rendre compte de la gestion du pays.
 
Mais comme c’est Kabila et son gouvernement parallèle qui avaient pris la grave décision de faire revenir leurs amis Rwandais sur notre sol sans que justice soit rendue aux victimes de leur guerre d’agression, Kamerhe innocentant Joseph passait rhétoriquement à côté de la plaque tout en ouvrant une brèche dans la compréhension de ce qui se passe chez nous: le gouvernement de Muzito est un figurant; il n’a pas l’effectivité du pouvoir. Quand Kamerhe avouait qu’il n’était pas au courant de l’entrée des Rwandais au Congo, il dénonçait, consciemment ou inconsciemment, le mode de fonctionnement du pays depuis qu’il est aux mains du « conglomérat d’aventuriers » venus chez nous dans les valises de l’AFDL.
 
En effet, si nous remontons l’histoire de notre pays depuis « la libération du 17 mai 1997 », nous nous rendrons compte que tous les gouvernements formés n’ont pas échappé à leur parallélisation. Et Kamerhe n’a jamais rien dit. Pourquoi? Pour une raison toute simple: il est l’un des idéologues de ce mode de fonctionnement politique chez nous.
 
Quand il demande pardon pour « son comportement » en général, il nous semble qu’il regrette d’avoir mis à nu le modus operandi de leur réseau maffieux: faire croire dans les apparences alors que l’effectivité du pouvoir est ailleurs. Les plus sceptiques d’entre nous sur ce modus operandi feraient mieux de lire le texte d’une ONG néerlandaise intitulée « L ‘Etat contre le peuple ». A la fin de ce texte, il y a une lettre adressée au Secrétaire général du PPRD, Vital Kamerhe. Cette lettre contient les noms de certains véritables acteurs de premier plan de tout ce qui se passe au Congo aujourd’hui. Pour dire les choses simplement, la demande de pardon de Kamerhe se formulerait de la façon suivante: « Joseph, je regrette d’avoir trahi les secrets de notre mode de fonctionnement. Mon amour du verbe et le reste de ma lucidité m’ont joué un tour. Franchement, trop parler peut tuer! Que puis-je faire maintenant? Te demander pardon publiquement tout en servant un discours rempli de bonnes intentions sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale. Je ne manquerai pas de prendre à mon piège ces Congolais friands de beaux discours même s’ils sont vides de sens. Les « honorables » ayant rompu avec le véritable sens de la citoyenneté m’applaudiront. Ils diront que je suis un homme d’Etat et nous poursuivrons notre jeu des dupes. » Nous en sommes là. Et le jeu des dupes tend à sa fin! Le livre de Charles ONANA intitulé « Ces tueurs Tutsi. Au cœur de la tragédie congolaise », pourrait nous aider à étoffer notre argumentaire en mettant davantage à nu le jeu du « raïs » et de sa cour. De toutes les façons, la guerre d’agression n’a pas pris fin à l’est de notre pays. Nos compatriotes y sont tués, nos femmes et filles violées, nos maisons incendiées. (A suivre)
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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