Mbusa Nyamwisi lors d'une conference de presse. Photo BLO, par Georges NOKO

Pourquoi Mbusa Nyamwisi se retire de LAMUKA et rejoint Félix Tshisekedi

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Mbusa Nyamwisi, un des six leaders de la plateforme LAMUKA, a annoncé qu’il suspendait sa participation aux activités de cette coalition politique et qu’il rejoignait le président Félix Tshisekedi. Dans une lettre adressée au Coordonnateur du présidium de LAMUKA, Moïse Katumbi, Mbusa Nyamwisi affirme vouloir s’impliquer dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola et l’insécurité qui déciment les populations des régions de l’est du Congo. L’épidémie d’Ebola, déclarée en territoire de Beni, en août 2018, s’est, depuis, étendue au territoire voisin de Lubero et semble difficile à maitriser pour plusieurs raisons, dont la méfiance de la population locale vis-à-vis des équipes médicales. Mbusa Nyamwisi dispose d’un ancrage populaire dans la région et son implication sur terrain devrait ramener la confiance de la population dans les efforts de lutte contre cette épidémie qui a déjà coûté la vie à plus 1.500 personnes depuis son apparition à Mangina en août 2018.
Sur le volet sécurité, le territoire de Beni est le théâtre des massacres à répétition depuis octobre 2014 que ni l’armée ni les forces de la MONUSCO n’arrivent à faire cesser. Mbusa estime disposer d’une meilleure compréhension des questions sécuritaires dans la région et croit pouvoir apporter à Félix Tshisekedi les solutions appropriées pour venir à bout de ces tueries qui se sont étendues à la province voisine de l’Ituri.

Sur le plan politique, le retrait de Mbusa Nyamwisi est un coup dur pour la plateforme dont le candidat à l’élection présidentielle, Martin Fayulu, avait bénéficié de soutiens populaires massifs à Beni et à Butembo où il avait lancé sa campagne à l’élection présidentielle de décembre 2018. Son succès ne s’est pas démenti après un nouvel accueil massif à Beni et à Butembo en mars 2019, malgré l’exclusion des deux territoires de l’élection présidentielle sur décision de la Commission nationale électorale (CENI). L’avenir de la plateforme LAMUKA semble compromis depuis la proclamation de Félix Tshisekedi comme président par la CENI au détriment de Martin Fayulu, pourtant présenté comme favori.
Un certain pragmatisme avait amené Moïse Katumbi, puis Mbusa Nyamwisi, alors en exil, à engager des négociations avec Tshisekedi pour leur retour au Congo en Mai. 20. 2019 pour le premier et en Mai 30 2019 pour le second. Les autres leaders de LAMUKA comme Adolphe Muzitu, Freddy Matungulu et Martin Fayulu n’étaient pas contraints à l’exil et circulaient librement entre le Congo et l’extérieur du pays. Seul Jean-Pierre Bemba n’est pas encore de retour au Congo.
Les dissensions internes au sein de LAMUKA sont toutefois telles que la coalition était menacée d’éclatement depuis plusieurs semaines. Au Nord-Kivu, l’élection de gouverneur de province avait vu s’affronter deux candidats de LAMUKA, Muhindo Nzangi soutenu par Pierre Lumbi, le porte-parole de Martin Fayulu, et Éric Kamavu soutenu par Mbusa Nyamwisi. Les efforts visant à réconcilier les deux candidats ayant échoué, l’élection a abouti à la consécration des candidats du FCC, la plateforme de l’ancien président Joseph Kabila. L’échec de LAMUKA au gouvernorat du Nord-Kivu a montré les limites de cette plateforme initialement créée à Genève en vue de remporter l’élection présidentielle. Cet objectif n’ayant pas été atteint, la plateforme semble se diriger vers une prise d’autonomie de chacun des leaders qui la composent.

Pour revenir à l’alliance de Mbusa avec Tshisekedi, il est certain qu’il sera difficile de convaincre la base du bien-fondé de la démarche, à moins d’obtenir une nomination à un poste important dans le prochain gouvernement qui permette d’obtenir des résultats concrets sur terrain. Toute la question est de savoir si Joseph Kabila est vraiment disposé à laisser entrer Mbusa Nyamwisi dans les institutions après le passé houleux de cet ancien ministre des Affaires étrangères obligé de démissionner et de partir en exil en 2012.
Dans tous les cas, on dit qu’en politique, il n’y a pas d’ennemi éternel.

Kasereka Mangolopa
Kiwanja

©Beni-Lubero Online.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*