Quelle mission pour les pr

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Le Diocèse de Butembo-Beni qui couvre entièrement les territoires de Beni et de Lubero est l’un de ceux qui ne tarissent pas de vocations religieuses et sacerdotales en R. D. Congo. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, il n’y a plus presque des missionnaires venus d’occident à Beni-Lubero. Les couvents et les maisons de formation sont pleins à craquer. Un assomptionniste français qui visitait Beni-Lubero pour la première fois avait, avec raison,  qualifié cette croissance exponentielle des vocations religieuses et sacerdotales de « miracle des vocations noires ».
Les Pères et Frères Croisiers de Mulo (Lubero) autour de leur Maître Général le 14 Septembre 2008
Dans le seul espace Beni-Lubero, on peut compter, les abbés, toutes les congrégations féminines et masculines réunies, jusqu’à 3000 prêtres et consacrés pour le service de l’Eglise et l’avènement du Règne de Dieu dans les cœurs des beniluberois. Maintenant que Beni-Lubero est aux prises avec une guerre d’agression et d’occupation par ses voisins, l’heure est à l’évaluation du travail accompli et de toutes les pesanteurs qui empêchent aujourd’hui la visibilité du Règne de Dieu qui est paix, justice, et amour.
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Historiquement, les hommes et les femmes d’Eglise, prêtres et consacrés, ont toujours été à l’avant-garde du changement et du renouveau des mentalités. Pour ne citer que quelques-uns, Saint Bernard était dans son monastère le médiateur entre les rois belliqueux de son époque. Les moines de l’Europe au moyen-âge, étaient à la base du développement économique par leur travail manuel et intellectuel. Charles Cardinal Lavigerie et Daniel Comboni avaient découverts qu’il y avait un lien profond entre leur vocation religieuse et la lutte contre l’abolition de l’esclavage. D’où notre question : Que font les moines, les prêtres, les frères et les sœurs de Beni-Lubero en ce temps de crise ? Quelle recette évangélique offrent-ils pour conjurer la violence, convertir les cœurs des ennemis et de leurs victimes ?
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Comme vous le savez, chaque congrégation religieuse vit selon un charisme ou un don particulier reçu de l’Esprit Saint. Le pari pour les congrégations religieuses œuvrant à Beni-Lubero est de puiser chacune dans son charisme propre des recettes pour aider les beniluberois à surmonter la violence et conjurer la tempête qui s’annonce dans la région en provenance du Rwanda, de l’Ouganda, de l’Occident, et de Beni-Lubero lui-même.
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Faisant partie de cette armée non-violente des prêtres et des consacrés de Beni-Lubero, le but de notre dépêche n’est pas d’accuser qui que ce soit, mais de rappeler à chaque prêtre, à chaque consacré, à chaque congrégation religieuse œuvrant à Beni-Lubero, de sortir de son cloître et de faire preuve d’imagination pour devenir un véritable levain dans la pâte, une inspiration positive pour les hommes et des femmes de la région qui ne savent plus à quel saint se vouer. L’Evangile nous prévient que nous serons jugés, non pas par le rang que nous aurons occupé dans l’hiérarchie de l’Eglise ou de notre congrégation religieuse, mais par ce que nous aurons fait concrètement en faveur des petits du royaume, en l’occurrence, les deux millions des déplacés de la région du Nord-Kivu, les victimes du HIV-Sida, les veuves et orphelins, les prisonniers, les victimes des coupeurs des routes de Beni-Lubero, etc.
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Pour réaliser cette mission, nous proposons à chaque congrégation, à tous et à chacun, de faire mieux que la piété de Simon de Cyrène ( Mark 15 :22) qui aida Jésus à porter sa croix tout simplement parce qu’il était réquisitionné par le pouvoir pour aider Jésus à porter sa croix. La limite de l’oeuvre de Symon de Cyrène est qu’il n’a jamais voulu savoir pourquoi Jésus de Nazareth était condamné, maltraité, et pourquoi il ployait sous le poids de la croix du supplice. Jouer au Simon de Cyrène c’est, par exemple, venir en aide aux milliers des déplacés congolais sans jamais se poser pourquoi ils sont forcés de fuir leurs villages, qui en portent la responsabilité, qu’est-ce qu’il faut faire pour les ramener chez eux, etc. Faire le Simon de Cyrène c’est aussi continuer à obéir à un pouvoir injuste jusqu’à devenir son complice.
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Les prêtres et consacrés de Beni-Lubero doivent aussi dépasser la pastorale à la manière de Joseph d’Arimathie (Matthieu 27 : 57), ce philanthrope qui surgit pour s’occuper des préparatifs de l’enterrement de Jésus après son assassinat sans chercher à mettre le pouvoir en place devant sa responsabilité dans la mort de Jésus. Faire le Joseph d’Arimathie c’est nous limiter à enterrer les morts de la guerre de Nkunda, les victimes des assassinats dans nos villes et cités sans jamais chercher comment mettre fin à cette culture de la mort. 
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Les prêtres et consacrés de Beni-Lubero doivent aussi dépasser la pastorale du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37) qui se limita à soigner le blessé laissé pour mort par des bandits de grand chemin sans se poser une seule fois la question de l’identité des bandits et de ce qu’on pouvait faire pour que d’autres personnes ne tombent victimes de mêmes bandits. Bien que la pastorale à la Joseph d’Arimathie et celle du Bon Samaritain parviennent à honorer la dignité humaine dans la mort en offrant des sépultures honorables ou à sauver une vie en danger de mort, elle manque cependant à l’impératif d’éradication du mal congolais à sa racine. Une telle pastorale est comparable à une cure de médicament que le patient prend à moitié et qui a comme conséquence, la récidive rapide de la maladie.
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Le modèle de mission que nous proposons aux prêtres et consacrés de Beni-Lubero, est celui de Jean le Baptiste (Luc 3, 1-14), le dernier des prophètes. Jean Baptiste dit sans peur et sans équivocité la vérité et ce que le peuple, les taxateurs, les militaires, le tout puissant Roi Hérode, devaient faire pour être sauver. L’armée non-violente des prêtres et consacrés beniluberois est appelée à prendre son courage et à faire entendre sa voix prophétique qui aujourd’hui paraît étouffée par une piété à la manière de « Simon de Cyrène » et une pastorale à la Joseph d’Arimathie et du Bon Samaritain. Notre région, voire notre pays, a besoin des prêtres et des consacrés prophètes comme Jean le Baptiste qui, forts de leur foi et de leur amour pour le peuple congolais, disent la vérité sans ambages et travaillent jour et nuit pour l’éradication du mal congolais à sa racine. Il est vrai que Jean le Baptiste avait payé de sa vie sa prophétie et son franc-parler. Jésus, son maître, ne le contredira pas car il subira le même sort que son vaillant précurseur. Les paroles de Jésus au soir de sa crucifixion en disent long : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime » (Jean 15, 12-17). Plus près de nous, rappelons-nous de dernières paroles de Monseigneur Emmanuel Kataliko, un héros et un martyr de la paix au Congo : « Les évêques doivent parler, dénoncer… nous ne devons pas nous taire…».
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Mes frères et sœurs, prêtres et consacrés de Beni-Lubero, la violence qui sévit dans notre région nous interpelle dans notre mission au service du règne de Dieu. Nous n’avons pas de choix que d’être prophetes. Que se lèvent donc parmi nous des prophètes à la Jean le Baptiste pour dire sans ambages la vérité à la Monuc, à Joseph Kabila, à Kagame, à Nkunda, à Museveni, aux Fardc, aux policiers, aux Mai-Mai, etc. Le salut de nos frères et sœurs beniluberois est à ce prix !
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Vincent K. Machozi, a.a.
Boston, MA (USA)
Beni-Lubero Online
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