Relecture du Discours de Kamerhe par J.P. Mbelu

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Kamerhe disculpe formellement Joseph Kabila et redit les limites de la Constitution de Liège
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Depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler bras de fer Kamerhe/AMP, des analyses avertis de la politique congolaise ne cessent d’attirer l’attention des compatriotes sur la fragilité de cette plate-forme électoraliste. Faible du point de vue du débat public, l’AMP excelle dans les coups bas. Tirant les ficelles du pouvoir dirigeant actuellement le Congo dans le sens de ses poils, elle a tout fait pour que la rentrée parlementaire ne soit pas retransmise en direct sur les antennes de la télévision publique.
 
Forcer Kamerhe à démissionner sans débat l’arrangerait dans la mesure où les arguments auxquels elle recourt, à cor et à cri, sont beaucoup plus partisans, sentimentaux que rationnels et légaux. Corruptibles à souhait, la plupart des membres de cette plate-forme ne font rien d’autre qu’utiliser la flatterie de Joseph Kabila pour gagner plus que leur pain quotidien.
 
Kamerhe et le politiquement correct
 
A ce point nommé, le dernier discours de Vital Kamerhe n’est convainquant sur certains points que formellement. Tenez. Quand le premier groupe de membres du bureau de l’Assemblée nationale démissionne, il dit y avoir été invité par la Présidence de la République, « son autorité morale ». Lutundula Apala l’avait confié à la Radio Okapi.
 
Quand, dans son discours, Vital Kamerhe soutient que « le Chef de l’Etat, symbole de l’Unité nationale mérite respect et protection par nous tous » et qu’il « ne permettrait pas que son image soit ternie, ni au sein de notre Institution, ni ailleurs », il tient des propos politiquement « corrects ». Pourquoi? Quand une autorité prétendue morale verse dans une logique partisane préjudiciable à l’unité du pays dont elle est le symbole, c’est elle-même qui ternie son image et personne d’autre.
 
Donc, si formellement, Joseph Kabila est « le symbole de l’Unité nationale », la logique partisane et l’usage de la violence auxquels il recourt régulièrement contre ceux qui ne pensent pas comme les flatteurs qui l’entourent ont fini de le disqualifier.
Il y a pire. Quand Vital Kamerhe affirme que la pétition initiée par l’Honorable KYAVIRO « était, en réalité, adressée non pas au Président de la République mais au Premier Ministre, le Chef de l’Etat n’étant pas responsable devant l’Assemblée nationale », il révèle les tares originaires de cette Constitution de Liège et le péché capital de la politique telle qu’elle est pratiquée au Congo. A moins qu’interpeller le gouvernement permette à celui-ci de se disculper pour indiquer le véritable meneur du jeu politique congolais, s’en prendre à Muzito sans Joseph Kabila, c’est un non sens. A n’en pas douter, c’est de cette façon-là que se fait la politique chez nous: on tourne autour du pot; par respect ou par complicité, c’est selon. Souvent, on passe à côté des responsables pléniers de la tragédie congolaise.
 
Les propos politiquement corrects de Vital Kamerhe remettent la question des orientations majeures de la Constitution fabriquée à Liège dans le débat initié jadis par un juriste Congolais de grande facture, Auguste Mampuya. Cette Constitution rend irresponsable devant le Parlement l’un des véritables maîtres du jeu politique Congolais, après « les Maîtres du monde ».
 
Donc, théâtraliser l’interpellation de Muzito et de son gouvernement donnerait l’impression que le Parlement congolais est le meilleur de l’Afrique, qu’il fait trop bien son travail, alors qu’il passe à 80% à côté de la plaque.
 
Pourquoi cette Constitution nous a-t-elle fait ce coup? La télécratie et/ou le marionnettisme à visée purement et simplement matérialiste n’y seraient pas étrangers. Ouvrir le Congo au marché mondial de la prédation par des collabos et supplétifs interposés a tellement préoccupé « les Maîtres du monde » qu’ils ont mis, juridiquement et politiquement ceux qui leur obéissent dans le coup. Le Pape Benoît XVI en sait quelque chose. Selon l’agence Reuters, le Pape a distribué, jeudi 19 mars, un document de 60 pages aux évêques qu’ils l’ont rejoint au Cameroun.
 
Kamerhe et la déstabilisation de l’identité africaine
 
Selon Reuters, « des forces extérieures, avec la complicité d’hommes et de femmes sur le continent africain, exploitent les faiblesses du cœur humain (…)", lit-on dans ce document de travail, préparé par une commission du Vatican en vue d’un synode des évêques catholiques d’Afrique, qui se tiendra en octobre au Saint-Siège. » Ce document met à nu le modus operandi de ces forces. "Elles (ces forces) attisent les guerres afin de pouvoir vendre des armes. Elles soutiennent ceux qui sont au pouvoir, au mépris des droits de l’homme et des principes démocratiques, afin de garantir des profits économiques comme l’exploitation des ressources naturelles (.). Elles menacent de déstabiliser des pays entiers et d’éliminer les personnes qui souhaitent s’affranchir de l’oppression qu’elles exercent". Il va plus loin en soulignant que ces forces veulent détruire « l’identité africaine ».
 
Quand Vital Kamerhe, jouant au politiquement correct, irresponsabilise l’une des plaques tournantes de la déstabilisation de l’Afrique des Grands Lacs et du Congo, Joseph Kabila, il semble donner raison aux compatriotes qui, jusqu’à preuve du contraire, avouent que Kagame, Kabila, Nkunda, Kamerhe, Kabarebe, Museveni, etc. participent de la destruction de l’identité africaine avec les complicités anglo-saxonnes, asiatiques et européennes.
 
Mais, heureusement, l’Afrique ne mourra pas de mains humaines. Elle est la mère de la terre et de l’humanité. Elle a survécu à cinq siècles de traite négrière, à la colonisation et à la néo-colonisation. Le capitalisme du désastre cherchant à l’anéantir est fragile et faible. La violence qu’il utilise se retourne de plus en plus contre lui-même. Ses fils et filles, au Nord, piquent des crises de folie, se tirent dessus ou tirent sur tout ce qui bouge. L’ennemi n’est plus extérieur, il est plus qu’intérieur: l’érection d’une société niant toutes les valeurs de l’humanisation de l’homme au nom du Dieu Argent. Mais cet argent confiné dans les coffres-forts des minorités idolâtres a mis la pluralité des minorités réduites à leurs plus simples expressions dans la rue. Celle-ci va davantage gronder. Marx ressuscite et la coalition des appauvris risque d’être plus forte que les forteresses bâties sur sa misère.
 
Heureusement, « les amis » du Nord croyant dans la pensée métissée essaient de réinventer avec le Sud, une autre civilisation. L’avenir semble leur appartenir… De plus en plus, « les Maîtres du monde sont coincés », contrairement aux apparences…Les petites mains du capitalisme du désastre courent le monde. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Cuba, Mexique, Congo; ils s’agitent et ne savent plus où donner de la tête…
 
Le sursis de leur déchéance pourrait leur être accordé par le développement des médiamensonges qui ne s’intéressent à l’Afrique que quand il y est question de Sida pour annoncer sa disparition prochaine de la terre habitée et qui parlent à peine du modus operandi du capitalisme du désastre qui les entretient.
 
Heureusement, les médias alternatifs ont pris le relais, Internet aidant, ils contournent les médiamensonges et tissent des réseaux humains transfrontaliers salvateurs. (à suivre)
 
J.-P. Mbelu
Brussels, Belgie
Beni-Lubero Online
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