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La rentrée scolaire 2008-2009 prévue demain lundi 1er septembre 2008 divise les syndicats des enseignants. Le syndicat des écoles conventionnées catholiques est favorable à la rentrée scolaire. Par contre, le syndicat des écoles officielles (SYECO) a voté massivement contre cette rentrée scolaire en date du 1er septembre 2008 lors de son assemblée extraordinaire tenue à Butembo dans l’enceinte de l’Institut Kyavaghendi, le jeudi 28 Août 2008. Plus de 200 enseignants avaient pris part à cette assemblée extraordinaire du Syeco.
 
Interrogés sur les motivations des uns et des autres, on constate que les partisans du oui et ceux du non se ressemblent en ceci qu’ils n’ont pas de projet concret pour obliger le gouvernement à régler leur problème salarial une fois pour toutes. 
 
D’après certains membres du syndicat des écoles conventionnées catholiques, le gouvernement d’Antoine Gizenga est tellement irresponsable et ne tient jamais ses promesses qu’on ne peut rien attendre de lui. Ainsi, pour ne pas sacrifier les élèves, il vaut mieux continuer avec la prise en charge des enseignants par les parents des élèves.  
 
Par contre pour le Syeco, la rentrée scolaire 2008-2009 ne peut pas avoir lieu avant la réponse positive aux revendications des enseignants, notamment, la mécanisation des enseignants, la paie des arrières des salaires de Février, mars, avril, mai, et juin 2008. D’après le secrétaire permanent du Syeco, en l’occurrence Mr Malis Malisawa, au lieu de la rentrée scolaire, les enseignants du Syeco sont invités à une journée de prière au Bureau de la Division Provinciale de l’EPSP du Nord-Kivu le lundi 1er septembre 2008 à partir de 8h00, heure de Butembo. Personne ne doute que la prière soit une action concrète, surtout quand elle est préconisée par les fonctionnaires de Dieu. Que les syndicalistes laïcs choisissent la prière comme moyen de forcer le gouvernement de Gizenga à s’acquitter de ses responsabilités vis-à-vis des enseignants, cela dépasse l’entendement de plus d’un. Est-ce parce que la prière est la seule forme de revendication qui n’est pas encore réprimée par le régime répressif de Joseph Kabila ? Il n’y a que le Syeco de Butembo qui peut répondre  à cette question!
 
Comme on peut le constater, ni le syndicat des catholiques ni le Syeco ne propose une voie durable de sortie de crise, une crise qui dure maintenant depuis 20 ans. La seule différence est que le Syeco a choisi comme par le passé la grève comme moyen de revendication des droits des enseignants. Le syndicat des catholiques par contre semble avoir fait de la résignation son mode de revendication.
 
Les intérêts communs des enseignants sont ainsi défendus différemment à Beni-Lubero en ce début de l’année scolaire 2008-2009. Rappelons que ce n’est pas la première fois que ce qui devrait unir les uns et les autres les sépare au contraire.
 
Il suffit de prendre l’exemple de la guerre d’agression et d’occupation de la République Démocratique du Congo par le Rwanda et l’Ouganda qui dure depuis 1996. Tous les congolais sont frappés par ses effets néfastes mais l’adoption d’une stratégie commune pour se libérer des agresseurs et occupants tarde à venir. Ce désaccord persiste peut-être parce que, comme les animaux malades de la peste de La Fontaine, tous sont frappés par la guerre, mais tous n’en meurent pas. Pour le cas du Congo, on peut dire que l’unité pour la défense des intérêts communs des congolais tarde à se matérialiser parce qu’il y a des congolais qui se nourrissent de la guerre d’agression et d’occupation du pays.  Les responsables des églises quant à eux, reçoivent des salaires des Eglises sœurs d’Outre-mer ou des hommes au pouvoir en récompense des prières d’intercession pour leur longévité au gouvernement. Il n’est donc pas étonnant que les hommes d’église soient plus patients, plus résignés,  que ceux qui n’ont pas d’autres sources de revenue.  Pour comprendre la résignation du syndicat des écoles catholiques de Beni-Lubero, il faut peut-être revisiter l’histoire de l’Eglise Catholique qui, historiquement, est contre toute révolution. Le temps où l’Eglise Catholique par son enseignement social a été une inspiration aux syndicats des ouvriers semble être révolu. Très souvent, on la voit au cours de son histoire se contenter d’un calme précaire pour s’acquitter de sa mission de sauver les âmes pour un royaume qui n’est pas de ce monde… C’est ainsi que les hommes au pouvoir qui aiment rappeler la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ont toujours eu des complices parmi les hommes d’Eglise qui sont récompensés parce qu’ils ne sont pas une menace au pouvoir. En revisitant les 32 ans de la dictature mobutienne on constate comment Mobutu avait manipulé ces hommes d’églises toutes confessions confondues, y compris les sectes,  pour maintenir le statu quo. Certains avaient obtenu la médaille de l’Ordre du Léopard qui faisait d’eux des dignitaires du MPR. A sa chute, certains avaient fui le pays de la même manière que les mobutistes.  Ceci ne dit pas que ces hommes d’église n’ont pas rédigé des mémorandums pertinents et percutants à couper le souffle aux lecteurs, ou que les bishops des églises de réveil n’ont pas dénoncé les démons dans le chef des autorités politiques et des civiles. Mais la faiblesse de leurs actions et de leurs dénonciations, est qu’ils ne disent pas quelle action entreprendre pour obtenir le changement. Pour guérir les maux graves qui rongent la société et qui sont la conséquence de l’irresponsabilité des hommes et des femmes au pouvoir, souvent les hommes d’église proposent la prière, l’intercession, le miracle de Dieu, etc. Mais rarement ou jamais  ils ont proposé une action concrète, concertée, et planifiée… C’est ainsi qu’il n’y a toujours pas une action concrète, concertée, et planifiée par les églises congolaises pour mettre fin au massacre, aux viols des femmes, aux pillages des ressources du sol et du sous-sol, à la clochardisation du peuple congolais, etc.
 
Quelle leçon les enseignants doivent-ils tirer de cette situation ? Si les enseignants veulent un jour recouvrés leur droit à un salaire juste, régulier, et décent, ils doivent non seulement accuser le gouvernement d’Antoine Gizenga d’irresponsable ni se contenter la paie des arriérés des six derniers mois, mais s’unir dans une action concrète, concertée et planifiée par tous les syndicats pour espérer éradiquer une fois pour toutes un mal qui dure depuis 20 ans. Pour réussir dans leur mission, les enseignants doivent se rappeler que la solution au problème salarial ne viendra pas sans sacrifice de la part de tous, notamment les enseignants, les parents et les élèves. C’est cela la loi de l’histoire. Il n’y a pas de révolution sans risque ! Et  comme disent les sages, qui ne risque rien n’a rien… Ainsi donc, vaut mieux une longue lutte périlleuse qui aboutit à la solution du problème qu’un attentisme béat qui ne profite qu’à ceux qui se nourrissent du statu quo (tels hommes au pouvoir) ou ceux qui ont d’autres sources de revenue (les hommes d’Eglise).
 
Kakule Mathe
Butembo
Beni-Lubero Online
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