Résolution du conflit du marché de Bulambo/Bashu

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Depuis quelques mois, un conflit ouvert opposait le comité de gestion du marché de Bulambo à la Fédération des Entreprises Congolaises (FEC), Antenne de Bulambo. Au centre du conflit se trouvait la gestion des recettes du marché. En effet, la FEC Bulambo, s’était appropriée la gestion du marché de Bulambo depuis la fin des travaux de sa réhabilitation en Mars 2009 par les efforts locaux avec l’appui de l’ONG Oxfam-Québec.
Et pourtant depuis l’inauguration de l’ouvrage, il y avait bel et bien un comité de gestion du marché avec à la tête un Administrateur Gérant du nom de Kasereka Kayitambya. Ce comité de gestion avait d’ailleurs reçu une formation en gestion organisée par Oxfam-Québec.
                         Marché Moderne de Bulambo-ISale en Territoire de Beni
Pour que les recettes du marché servent au développement intégral du groupement Bulambo, la population avec l’aide d’Oxfam-Québec avait crée une petite banque appelée Caisse Paysanne d’Isale-Bulambo et un centre professionnel pour apprentissage des métiers dont la menuiserie, l’alphabétisation, la coupe-couture, etc.
L’objectif de ce modèle de développement était de nourrir la banque paysanne par les recettes du marché qui a lieu deux fois la semaine. A part les recettes du marché, les paysans étaient encouragés à ouvrir chacun son compte avec un minimum de 1 US$, 5 US$, 10 US$. La hauteur des avantages de prêt est proportionnelle au volume de l’épargne. L’entretien du marché ainsi que les salaires des formateurs du centre professionnel serait financé par les recettes du marché pour permettre au centre professionnel de maintenir les frais d’apprentissage à la hauteur de toutes les bourses. Les initiateurs du projet visent le développement du groupement de Bulambo par des recettes et investissement locaux, avec le marché comme élément moteur.
                                      La Caisse Paysanne de Bulambo
Mais hélas ! Il ne suffit pas d’avoir un plan ou un modèle de développement pour développer un village. Il faut aussi avoir un instrument juridique, des bons gestionnaires, une discipline et une rigueur dans la gestion du bien public, des éléments qui ont fait défaut dans le projet de marché de Bulambo.
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Les membres élus du comité de gestion du marché se sont vus écartés de la gestion du marché par la FEC locale. Comment cela s’est-il passé ? Le Président de la FEC aurait bousculé les membres élus du comité de gestion du marché jusqu’à leur ravir leur pouvoir sous prétexte que la gestion du marché rentre dans les prérogatives de la FEC. Profitant certainement de ses relations à haut niveau et du manque d’un instrument juridique régissant le marché de Bulambo, le représentant de la FEC a damé le pion aux élus locaux. Ce phénomène de la perte du pouvoir par les élus au profit des experts ou des gangsters qui caractérise la gestion du Congo actuellement, est ce à quoi on a assisté à Bulambo.
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Ainsi, le Président de la FEC-Bulambo, Mr Ephrem s’était accaparé de la perception des taxes d’étalage au marché (100 FC par tête), des frais d’étalage permanent (50 US $ par étalage pour près de 100 vendeurs), des frais de location des étalages (2,5 US$ par personne), la taxe de contribution à l’inauguration du marché (5 US$ pour tout usager du marché), etc. Comme il n’y avait ni comptabilité ni contrôle, personne ne sait le montant des fonds perçus illégalement par la FEC.
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Cette illégalité avérée qui avait déjà bloqué le projet de développement de Bulambo, n’avait fait qu’accroître le mécontentement des élus écartés et de la population dans son ensemble.
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Pour résoudre ce conflit, la partie lésée n’a pas recouru à la rébellion, aux assassinats, aux incendies des maisons, mais à l’arbitrage de l’administrateur du territoire de Beni et du Chef de la Collectivité Chefferie des Bashu.
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La veille de la palabre, la population de la cité de Bulambo a été convie à la réunion par un communicateur itinérant qui a passé le message à travers les rues de la cité à l’aide d’un petit mégaphone à piles. Sachant bien que tous les habitants de la cité ne peuvent pas répondre à la convocation, l’objectif du communicateur était d’informer le plus grand nombre sur la tenue de la palabre.
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Le jour de la palabre, la véranda traditionnelle (ou le Kyaghanda) était pleine à craquer. A part les deux camps, à savoir, la FEC et les Membres Elus du Comité de Gestion du Marché, on a vu des hommes, des femmes, et des enfants venant de toutes les couches de la population locale. Quand un problème oppose deux membres du village, c’est tout le village qui est concerné.
Dans la véranda de la palabre, l’administrateur du territoire a joué le rôle de sage et de juge rétablissant chacun dans ses droits et ses responsabilités. Etaient présents dans la véranda : Mwami Abdoul Kalemire III, chef de la chefferie des Bashu, Son Excellence Juma Balikwisha, Ministre Provincial du Budget et du Plan, Le chef de FENAPEC Bulambo, Mr Mwanaki Mawano, etc.
                           Administrateur de Territoire de Beni, Mr. Justin Mukanya
Avant le jugement, l’Administrateur du Territoire a donné la parole aux deux parties en conflit. Après, il a demandé aux membres de l’audience s’ils avaient une observation à faire ou un élément à ajouter au dossier pour contredire ou pour appuyer les dépositions des parties au conflit.
Dans le cas d’espèce, tous les membres du public qui avaient pris la parole avaient appuyé les élus du comité de gestion écarté du pouvoir par la FEC.
Prenant la Parole en dernier lieu, l’administrateur du territoire Justin Mukanya, jouant le rôle du sage et du juge, a remercié les deux parties pour avoir choisi la voie de résolution pacifique du conflit, rappelant qu’aucun conflit n’est insoluble.
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S’adressant à la FEC locale, il a rappelé que la FEC étant une association privée, ne peut nulle part au monde percevoir des taxes au marché qui est un service public.
Rétablissant les membres du comité de gestion dans leurs droits, l’administrateur Mukanya a rappelé que la gestion du marché est assurée par l’administrateur gérant du marché en collaboration avec les membres du comité du marché. L’AG du marché est nommé par l’Administrateur de Territoire qui établi la décision en sa qualité de représentant du pouvoir public dans l’entité territoriale décentralisée. Selon l’Administrateur de Territoire, certaines taxes percues par la chefferie doivent figurées au préalable dans le budget de la chefferie tel que transmis au Territoire.
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A la lumière de cette relecture de la loi par l’administrateur de territoire, la sentence qui attendait la FEC était claire. Il a été demandé à Mr Ephrem, représentant de la FEC à Bulambo de justifier tous les fonds perçus illégalement dans les 48 heures, faute de quoi, des mesures plus sévères seraient prises à son égard.
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Tout en leur laissant le choix de designer la personne compétente de leur choix, l’administrateur du territoire a demandé au comité du marché de lui proposer le nom de l’administrateur gérant du marché pour qu’il signe la décision l’instituant au plus tard le mercredi 13 janvier 2009. L’administrateur du territoire a instruit le chef de chefferie des Bashu de veiller à l’application des ces instructions pour un bon fonctionnement de l’outil de développement qu’est le marché de Bulambo.
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Pour clôturer la séance de cette résolution du conflit du marché de Bulambo, l’administrateur du territoire ainsi que le chef de la chefferie des Bashu ont levé la séance après avoir invité chacune de deux parties en conflit à s’acquitter de ses responsabilités selon les lois de la République.
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Commencée à 8h00, la palabre a pris fin à 11h15’.
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Fait à Bulambo, le 10 janvier 2009 !
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Correspondance Particulière de Bulambo,
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Transmise à Beni-Lubero Online par
Juvénal Paluku,
Butembo
Beni-Lubero Online
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