Rutshuru : Marche de col

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Selon des nouvelles concordantes reçues ce matin 24 juin 2008 du Territoire de Rutshuru, la population était dans la rue pour manifester sa colère contre la Monuc qu’elle accuse de prendre ouvertement position contre les FARDC en faveur des rebelles du CNDP de Nkundabatware. A 9h00 du matin, heure de Rutshuru, la Monuc patrouillait dans les rues de Rutshuru avec des chars de combat. Pendant cette patrouille musclée, les soldats ont de la Monuc auraient tiré sur un militaire Fardc et un civil qui sont tous les deux dans un état critique dans un centre de santé de la place.

Cette situation est consécutive aux rumeurs qui circulent depuis quelques semaines parmi la population et les militaires congolais du Territoire de Rutshuru, rumeurs selon lesquelles la Monuc serait occupée à rendre effective des accords secrets conclus en mars dernier sous son égide entre les Fardc et le CNDP de Nkundabatware. Selon ces accords, les Fardc devraient céder le contrôle du Territoire de Rutshuru au CNDP de Nkunda à partir du 1er juin 2008, un rendez-vous manqué au grand dam de la Monuc et du CNDP de Nkunda. D’après les sources proches des Fardc de Rutshuru, la Monuc aurait donné 5 jours aux Fardc pour évacuer le territoire de Rutshuru qui devrait basculer sous le commandement militaire du CNDP. Cet ordre de capitulation des Fardc continuerait de se heurter à la bravoure et au patriotisme des Fardc de la fameuse Sixième Brigade qui croit comme fer à l’intégrité territoriale de la R.D. Congo et qui se bat avec des moyens de bord contre la coalition CNDP-MONUC- Faux Fardc. La rencontre de la semaine passée à Kigali entre le Ministre de la Défense de la R.D. Congo, Chikez Diemu, et le Président rwandais, Paul Kagame, n’aurait donc pas réussi à convaincre Paul Kagame d’aider Kinshasa à sauver la face dans la bataille finale de l’occupation de l’Est du Congo. Kigali a trop attendu et voudrait prendre possession du territoire qu’il convoite depuis 1996. Kinshasa ne sait pas comment gérer cette situation à laquelle il a contribué contre la volonté du peuple congolais. Comment Kinshasa peut-t-il continuer à gouverner le reste du pays ? Les inaugurations des chantiers de reconstruction et les conseils des ministres en province peuvent-ils aider à faire de l’occupation du Grand Kivu et de l’Ituri, un problème à part, un problème de l’Est du Congo ? Selon plusieurs analystes, le jour qu’un nouvel ordre politique serait proclamé à l’Est du Congo, le Gouvernement de Kinshasa s’invaliderait ipso facto pour haute trahison. Toute initiative dite patriotique que prendrait Kinshasa après le fait accompli de la balkanisation serait perçue comme de la poudre aux yeux des patriotes congolais ou comme des larmes des crocodiles qui tombent sur le cadavre de la bête qu’ils ont tué eux-mêmes. C’est maintenant le moment favorable du patriotisme. C’est maintenant le moment de venir en aide aux combattants de la sixième brigade, aux vrais Fardc, aux vrais Mai-Mai, aux populations congolaises de Rutshuru qui sont descendues dans la rue ce matin pour accuser la MONUC de complicité sur base de leur action désastreuse sur terrain…
Ce matin, seuls les populations authentiquement congolaises étaient descendues dans les rues pour protester contre la complicité de la Monuc dans les attaques de ces derniers jours, des attaques contre les vrais Fardc, les camps des déplacés, les civils, etc. Les Rwandophones seraient restés indifférents vis-à-vis de ce qui se passe dans le territoire de Rutshuru. Selon plusieurs sources, le jeudi 19 juin 2008, les membres du FPC de NTAMUGENGA auraient fait du porte à porte chez les Hutu de Rubare et Rutshuru-Centre pour leur demander de vider les lieux car ils y préparaient une attaque généralisée contre les FARDC. Effectivement, deux jours après, la 6° brigade FARDC avait été délogée de MUTABO et KARAMBI par les FPC (CNDP) avec l’’appui de la MONUC. Depuis que la Monuc est traitée de complice par la population, on ne sait plus à qui demander la version vraie des faits sur terrain. La Monuc comme institution a ainsi perdu sa crédibilité au Nord-Kivu.
Hier, 23 juin 2008, le président de la mutuelle Nande (ou Kyaghanda) de Rubare et agent de l’Association Kacheche, Monsieur Kasereka Kandeya a été enlevé par deux membres du PARECO/Rubare, notamment Mr Nestor et Petit SEFIRINGI, tous deux hutu habitant Rubare. Monsieur Kasereka Kandeya n’a été libéré que tard dans la nuit par le bureau 2 de la 6° brigade FARDC. La situation dans le Rutshuru est tellement confuse car l’autorité de l’Etat congolais y est totalement absente ou mieux inopérante. En effet, c’est à peine croyable que des milliers des congolais peuvent être soumis à un tel calvaire sans que le gouvernement fasse même une simple annonce des faits sur la TV nationale. On se demande si le Congo a toujours un ministère de l’Intérieur, un ministre de la Justice, un ministre des droits humains, un ministre de la communication, etc. Si ces ministres existent, leur action ne s’étend pas sur le Nord-Kivu.
La question que tous se posent c’est de savoir où sont passés les accords de paix de Goma? Le temps donne raison à plusieurs mutuelles congolaises qui avaient qualifié ces accords de mort-nés, se basant sur le fait que la crise qui sévit à l’Est du Congo est une agression rwando-ougandaise et non un conflit ethnique. Pour la résoudre, il faut obtenir le retrait des troupes rwandaises et ougandaises ainsi que leurs supplétifs du territoire congolais. Ainsi, les accords de paix de Goma signés entre congolais n’avaient d’autre but que convaincre les congolais à accepter le diktat rwando-ougandais, un pari raté. Certains signataires n’avaient pas hésité à fouler aux pieds l’accord de Goma sans être inquiéter par la Monuc. D’autres signataires ont changé de nom pour poursuivre leurs activités belliqueuses d’avant la conférence de Goma. Ainsi, pour échapper aux éventuelles poursuites de la Justice, le CNDP de Nkunda signataire de l’Acte de Paix de Goma (Janvier 2008), a pris le nom de FPC (Front Patriotique Congolais). Ce Changement de nom lui permet de tirer sur les Fardc sans se faire pointer du doigt par ceux chargés de l’application du pacte de paix de Goma. A Rubare, les soldats de Nkunda créent la confusion en s’appelant Pareco. Ce faux Pareco est dirigé par le colonel SOKI, un hutu de Rutshuru qui prend un nom Nande pour rajouter à la confusion, faisant ainsi des Nande une cible facile des attaques du CNDP.
Qui peut donc remettre de l’ordre dans ce méli-mélo de l’Est de la R.D. Congo ? Les congolais avaient confiance à la Monuc. A cet amour des Congolais, la Monuc a répondu par un « Je t’aime, moi non plus », « Mon ami, il n’y a pas d’ami sur cette terre ». Kadhafi avait-il raison d’appeler l’ONU une simple caisse de résonnance du capitalisme néocolonial? L’action de l’ONU en R. D. Congo fera école. Dernièrement, un ancien investigateur de l’ONU en R.D Congo, Mr. Matthias Basanisi, devant les preuves accablantes de l’implication des soldats de l’ONU dans les pillages des ressources minières, le trafic d’armes avec les groupes armés, les violences sexuelles faites aux femmes, s’est exclamé par ces termes : « Who will watch the Peacekeepers ? » The New York Times, Friday May 23, 2008) Qui surveillera les surveillants de l’ONU ? Depuis lors, plusieurs voix en appellent à une investigation sur les crimes de l’ONU au Congo entre 1999 et 2008. Les compilateurs des statistiques démontrent qu’il y a eu plus de morts congolais depuis le déploiement de l’ONU au Congo que pendant toute la période avant son déploiement. Cinquante résolutions non contraignantes du Conseil de Securité de l’ONU sur le Congo, plusieurs accords signés entre les belligérants sous l’égide de l’ONU, n’ont jamais eu un début d’application surtout quand ces derniers sont à l’avantage des congolais ou de l’Etat congolais. L’action de l’ONU au Congo est ainsi dictée, selon plusieurs analystes, par les grandes puissances (les USA, le Canada, la Grande Bretagne, l’Australie, etc.) qui financent ses opérations. C’était déjà le cas lors de l’opération de l’ONUC au Congo entre 1960 et 1964. L’ONU était financée à 42% par les USA, un fait qui donna aux USA un veto financier sur la gestion des opérations de l’ONUC. Depuis que les USA ont ouvert leur consulat au Nord-Kivu, les observateurs voient de nouveau la gestion de la crise congolaise suivre le diktat des USA, et les soldats de l’ONU faire le même travail que fait l’infanterie américaine en Iraq et en Afghanistan. Bonne nouvelle les casques bleus de la Monuc : il n’y a pas des kamikazes congolais. L’histoire va-t-elle se répéter? On se rappelle qu’en 1960-65, ce n’est pas l’ONU qui avait mis fin aux sécessions Katangaise (Moise Tshombe) et sud-Kasaienne (Albert Kalonji) mais les USA, bien que sous couvert l’ONU. Les USA avaient en effet imposé la paix aux congolais, remettant aux belges le droit de l’œil au Congo au profit des USA et de la Belgique. Les USA feront-ils de même 43 ans après? Un des fruits de la pax americana au Congo en 1965, c’est d’avoir sauvé le Congo de la balkanisation qui une fois de plus n’était pas l’œuvre des congolais mais des belges et d’autres puissances intéressées par les matières premières du Congo. Les USA feront-ils autant aujourd’hui devant les tentacules des nouveaux géants comme la Chine, l’Inde, etc. sur la cerise congolaise?
Comme nous l’avons déjà décrié, plusieurs guerres se déroulent en même temps au Congo. Le malheur est que le Congo fait semblant de ne pas être en guerre, si l’on en croit les discours des membres du gouvernement qui se félicitent partout où ils vont de leurs relations au bon fixe avec les pays qui occupent des portions du territoire national. Comme cadeau de cette passivité, les congolais paient le lourd tribut de toutes ces guerres qui se déroulent au Congo, de fois sans les congolais [le cas de la guerre entre le Rwanda et l’Ouganda à Kisangani, le cas des affrontements entre FDLR et CNDP au Nord-Kivu, etc.]. Ayant échoué de diviser le Congo en opposant les congolais les uns aux autres, selon les tribus, les partis politiques, les confessions religieuses, le concepteur de la balkanisation y a amené des forces étrangères pour qu’elles s’y battent et y servent d’alibi à la balkanisation. C’est ainsi que le conflit armé qui sévit au Congo est imposé aux congolais. Ainsi tous les accords de paix entre congolais et toutes les lois internationales concernant les états, ne sont pas appliqués au Congo pour la simple raison que ceux qui s’y battent n’ont pas intérêt que les congolais s’attendent et deviennent un état de droit, fort et souverain.
Devant ce vaste complot international contre le Congo et la trahison de la patrie par ses propres dirigeants, les congolais ont besoin d’un sursaut moral et patriotique. Le Congo restera le Congo tant que les congolais y croiront. Il peut être agressé, occupé par des étrangers, pillé, trahi par ses propres fils, mais tant que les congolais qui y vivent ne porteront pas ce nouvel ordre dans leurs cœurs, il n’y aura pas de répit pour ceux qui l’occuperaient illégalement. La leçon a tirée du mensonge international qui distrait le peuple congolais depuis l’accord de paix de Lusaka (1999), le dialogue intercongolais de Sun City (2002), la formation du gouvernement de transition (2003), l’organisation des élections législatives et de présidentielles (2006), la conférence de paix de Goma (2008), etc. est qu’il faut une nouvelle génération des congolais pour inventer la voie congolaise de sortie de crise. La solution à la crise congolaise ne sera pas offerte sur un plateau en or par une hypothétique communauté internationale. Elle sortira, au contraire, du labeur et des efforts conjugués de tous les fils et filles du Congo, à la grande surprise des nations habituées à voir le Congo dans la boue. La solution à la crise congolaise ne viendra pas de l’étranger mais des congolais debout, unis par le sort et dans l’effort pour l’indépendance.
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Kahindo Edgar
Racodit-Butembo
Beni-Lubero Online
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