Signer la paix dans une ville de Goma assi

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Plusieurs observateurs de la situation actuelle du Nord-Kivu se demandent comment la paix tant attendue au Nord-Kivu depuis dix ans peut provenir de la Conférence de Goma qui se prépare avec précipitation depuis une semaine. Si le déplacement de Goma dénote, pour certains, le courage des leaders politiques du Kivu, leur enthousiasme et bousculade tels que relatés dans certains canards de Kinshasa démontrent, pour d’autres, leur naïveté.
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En effet, la politique du ventre ou de la mangeoire semble malheureusement tout dicter, surtout à l’approche des fêtes de fin d’année. Bravo à celui qui a trouvé la date de cette Conférence qui suscite des espoirs fous parmi les affamés et les assoiffés du pouvoir. Si pour ses concepteurs, la tenue de cette conférence est une victoire, pour plusieurs observateurs, l’acceptation par les leaders politiques du Kivu d’y participer sans condition aucune, relève, non de la raison, mais de la déraison qui fera parler d’elle dans l’histoire du Congo.
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En effet, on s’attendait à ce que les politiciens originaires du Grand Kivu interpellent le gouvernement congolais, le confrontant à la Constitution du pays, et lui rappelant sa responsabilité de sécuriser les congolais, de mettre fin aux rébellions, etc. Le gouvernement congolais est dans le cas d’espèce coupable de haute trahison, de complicité avec l’ennemi, d’incompétence notoire, etc. C’est donc une démission qu’on attendait du gouvernement de Kinshasa, l’organisation des élections anticipées, à la place et lieu de la Conférence de Paix sur le Kivu.
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Le Président de l’Assemblée Nationale dont la mission n’est pas de mettre fin aux rebellions mais de voter les lois et de veiller à leur bonne application, le voilà devenu membre du gouvernement occuper à résoudre une question d’indiscipline militaire et de faiblesse d’une armée nationale. La société civile, les confessions religieuses, les voilà aussi suivre la vague pour une question qui ne les concerne pas du tout, dans la mesure où un gouvernement élu est toujours en place et n’a pas démissionné. Les stratèges qui tirent les ficelles dans l’ombre de cette Conférence dite de paix doivent rigoler de cette facilité à tromper les congolais, avec leurs ventres affamés qui ont perdu toutes leurs oreilles. Les mêmes acteurs qui avaient induit en erreur le peuple Kivutien pendant les élections de 2006, sont utilisés par les mêmes pouvoirs occultes pour achever la sale besogne d’occupation du Kivu.
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A Goma, dans les milieux des déplacés, et partout au Nord-Kivu, le peuple est sceptique vis-à-vis de cette Conférence dite de paix tant que le gouvernement congolais et la Monuc n’auront pas cessé de jouer au cache-cache avec les rebelles de Nkunda. Les populations du Nord-Kivu, notamment celles de Masisi et de Rutshuru détiennent aujourd’hui la vérité sur la situation au Nord-Kivu que les politiciens qui vont venir de Kinshasa et d’Occident ne savent pas ou feignent de ne pas savoir. Lucre quand tu nous tiens ! Ce sont les mêmes populations qui ont déjà été trompées et par le Gouvernement congolais et par la Monuc, qui craignent pour les leaders politiques attendus à Goma. Certains observateurs n’ecartent pas le risque de leur prise en otage par Nkunda. D’autres entrevoient le risque de la signature des accords de paix au Kivu, au bout du fusil. D’où notre titre, « signer la paix dans une ville de Goma assiégée ».
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Pourquoi cette peur et cette appréhension ? A l’heure qu’il est, la ville de Goma est en effet encerclée par les Nkundistes depuis qu’ils ont mis en déroute l’armée nationale congolaise. La Prophétie que les Fardc se battraient pour la forme s’est en effet réalisée. Après la première défaite, une débandade s’en est suivie, et dans un jour, la décision d’une conférence de paix était prise avant que la nation congolaise ne sache pourquoi les Fardc ont capitulé, quel est le bilan exact du guet-apens meurtrier dans lequel des milliers des Fardc auraient perdu la vie d’après les fuyards, quel est le sort des commandants traitres qui ont livré les Fardc à l’ennemi, etc.
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Le doute de la population vient du fait que la Conférence intervienne au moment où Nkunda tient le bon bout du bâton et règne en maitre sur le Nord-Kivu.
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Qu’on se rappelle aussi que les alliés de Nkunda demandaient à cor et à cri, sans y parvenir, l’organisation de cette conférence de paix jusqu’à perpétrer des massacres dans leur propre communauté, (le cas du massacre de Gatumba, de triste mémoire). Maintenant que cette demande a été exaucée, et appuyée par des consulats étrangers à Goma et à Bukavu, on se demande si la Conférence de paix n’est pas juste pour légitimer une décision déjà prise de longue date.
Cette appréhension répond en effet à la question de savoir pourquoi Nkunda et ses troupes n’ont pas voulu marcher sur Goma après la débâcle des Fardc ? La réponse parait simple. En effet, Nkunda voulait tromper l’opinion nationale et internationale qu’il se bat pour une cause juste. Il veut que sa victoire ne passe pas pour un putsch mais légitimée par des accords, des textes, des signatures, etc. Par la même stratégie, Nkunda  a renvoyé l’ascenseur à son ami Joseph Kabila pour que le fiasco du gouvernement congolais soit couvert par la legitimité de son combat. Les dindons de la farce seront les politiciens du Kivu qui s’appretent par leur naïveté à laver blanc comme neige et Nkunda et Joseph Kabila.
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C’est ainsi que pour plusieurs observateurs, la Conférence de Paix sur le Kivu n’a d’autre agenda que celui d’arracher le oui, l’accord des leaders politiques du Kivu. Avec tous les émissaires des grandes puissances qui s’annoncent au rendez-vous de Goma, les politiciens du Kivu seront mis devant leurs responsabilités. Les délégués du dialogue inter congolais de Sun City avaient fait la même expérience quand il s’agissait de mettre fin et sous pression et intimidation, au dialogue pour commencer la longue transition qui malheureusement vient d’accoucher d’une souris.
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La ville assiégée de Goma s’offre bien pour ce genre de pression. Aucun participant ne pourra quitter la ville volcanique de Goma sans la volonté de Nkunda. En effet, Nkunda, avec ses nouveaux missiles récupérés des Fardc en fuite, contrôle toutes les voies d’accès à la ville, y compris l’aéroport international de Goma. S’il veut, il peut obliger ses hôtes à signer les accords de paix pour avoir l’autorisation de quitter la ville de Goma.
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Ainsi la Conférence de Goma peut-être une question de formalité savamment préparée par les stratèges derrière le dossier du Kivu. Depuis l’arrivée des consulats belge et américain au Kivu la situation du Nord-Kivu est sur une pente raide.
Ainsi, avant de prendre leur avion pour Goma, les politiciens du Kivu devraient se poser et répondre, entre autres, aux questions suivantes :
Qui assurera la securité des conférenciers à Goma ? Qui assure actuellement la securité à l’aéroport de Goma, à la frontière avec le Rwanda, l’Ouganda ? Qui a décidé du lieu et de la date de la Conférence! Quel est le bilan du guet-apens dans lequel les Fardc sont tombés par la trahison de leurs commandants ? Quel est le bilan du matériel militaire qui est passé dans le camp Nkunda par le fait de la trahison ? Quelle est le point de vue du million d’habitants déplacés par le fait de la guerre de Nkunda ? Pourquoi les humanitaires sont-ils entrain de plier bagages ? Est-ce notre armée de 500 leaders politiques qui va faire sauter les verrous de Nkunda et de ses alliés contrairement aux accords de Lubumbashi, de Nairobi, d’Addis-Abeba ? Quels sont les points inscrits sur l’agenda de Nkunda, l’agenda du gouvernement congolais, l’agenda du peuple Kivutien, l’agenda des leaders politiques, l’agenda des américains, l’agenda des belges, etc. ? Pourquoi tous les accords du passé sur le Rwanda depuis Lusaka en 1999 jusqu’à nos jours tombent toujours à l’eau ? Qui a toujours bloqué l’application de ces accords ?
Y-a-t-il un problème entre le peuple congolais et le peuple rwandais ? Y-a-t-il un conflit ethnique entre les tribus du Kivu ? Pourquoi y-a-t-il des officiers congolais dans l’armée de Nkunda ? Les politiciens du Kivu sont-ils unis pour défendre quelle cause commune ? La conférence du Kivu a-t-elle reçu le quitus du Parlement Congolais, du Senat congolais, du peuple congolais ? Quelle est la part des étrangers dans la guerre du Kivu ? Quels sont les intérêts étrangers au Kivu ? Qui sont les grandes puissances derrière Nkunda ?
Pour espérer aboutit à quelque chose de bien, les organisateurs ainsi que les participants de la prochaine Conférence de Goma devraient exiger ce qui suit :
  1. Repousser la date de la conférence au mois de mars 2008 pour une meilleure préparation,
  2. Exiger le retour effectif des déplacés dans leurs villages avant la tenue de la Conférence,
  3. Informer les congolais sur les agendas des parties en conflits, notamment l’agenda du gouvernement congolais et celui du général dissident Nkunda,
  4. Mettre en place une force militaire neutre différente de la Monuc pour assurer la securité de la région pendant les assises,
  5. Demander au gouvernement de tirer au clair le mandat et le rôle du Consulat des USA à Goma et du Consulat Belge à Bukavu.
Un homme averti en vaut deux ! Que les conférenciers se rappellent que c’était une conférence sans ordre du jour clair dans la capitale tanzanienne qui avait précédé l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana du Rwanda. Les conférenciers de la Paix au Kivu ne peuvent se payer le luxe d’ignorer la situation actuelle de la Province du Nord-Kivu et toutes les forces en présence.
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Rigobert Kanduki & Paul Maene
Goma
Beni-Lubero Online

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