Théodore Ngoy dévoile le modus operandi de Joseph Kabila

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Le site Réveil-FM de Freddy Mulongo a mis à notre disposition, à la fin de la semaine dernière (le 09 août 2008), les réponses du Pasteur Théodore Ngoy à ses habituelles dix questions. Plusieurs lecteurs des réponses du Pasteur Ngoy (sur le site) ont estimé qu’il venait de se livrer à une autopsie sans complaisance du « modus operandi » de l’actuel président du Congo et de son clan.
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A travers les échanges, les plus critiques d’entre nous affirment que le Pasteur n’a dit que ce que le commun des Congolais sait du fonctionnement du pouvoir kabiliste.
Partant de ce dernier point de vue, nous voulons comprendre comment des compatriotes sachant par exemple que Joseph Kabila et son clan travaillent à la balkanisation du pays et à son occupation permanente par le Rwanda collaborent à leur œuvre. 
 
Il y a plus. Revenir sur les dix réponses du Pasteur Ngoy peut aider les réseaux du refus de l’ordre kabiliste à affiner leur expertise dans la connaissance du fonctionnement dudit ordre. Incapaciter le système kabiliste exigera une approche avertie de ses acteurs majeurs et un travail assidu pour leur neutralisation.
En effet, quand nous nous auto-accusons en soutenant que « nous Congolais, nous sommes capables de trahir la mère-patrie », nous risquons de tomber dans une auto-flagellation culpabilisante si nous n’arrivons pas à nous avouer que nous ne donnons pas tous la direction à la vie de la société. Les réponses du Pasteur Ngoy ont cet avantage de revenir sur les noms des acteurs majeurs du système kabiliste. Elles nous révèlent qu’ils sont capables de prendre des initiatives sans l’aval de leur chef. Sans innocenter Joseph Kabila, les réponses du Pasteur Ngoy dévoilent le rôle d’une poignée de Congolais dans la descente aux enfers de notre beau et riche pays.
 
Les réseaux du refus du système kabiliste devront apprendre à lister ces fils perdus de notre peuple pour que si, demain, ils ont le pouvoir, ils se chargent de les juger et de récupérer les biens qu’ils auront acquis au prix du sang de leurs frères et sœurs.
Relisons les réponses du Pasteur Ngoy. Nous nous le faisons parce que nous sommes convaincus qu’il y a des pages de notre histoire immédiate qu’il ne faut pas tourner rapidement. Nous voulons éviter de tomber dans l’amnésie et laisser aux générations futures une relecture de l’histoire officielle telle qu’elle est faite par les dominants. Il y a des pages de notre histoire que nous voulons lire et relire pour mieux les assimiler et être mieux outillés pour l’action.
 
Elections de 2006 et instrumentalisation des institutions du pays
 
La relecture des réponses du Pasteur Ngoy aux questions de Freddy Mulongo nous révèle que Joseph Kabila n’a pas renoncé à ses réflexes de seigneur de la guerre. Est-ce parce qu’il est « peu instruit » qu’il n’a pas cru dans le jeu du débat politique avec ses éventuels adversaires ou parce qu’il était porteur d’un autre projet de société que celui des Congolais?
 « Dès l’annonce de ma candidature, avoue Pasteur Ngoy, j’ai systématiquement fait l’objet d’une chasse à l’homme. Il fallait à tout prix me faire taire. » Et il n’a pas été seul dans ce cas. Oscar Kashala et Jean-Pierre Bemba ont connu le même sort. La chasse à l’homme fut organisée après une réunion au cours de laquelle « Joseph Kabila a demandé à ses proches s’ils pensaient que je (Pasteur Ngoy) pouvais le battre aux élections. Samba Kaputo, alors conseiller spécial a répondu que j’étais en réalité le candidat qui le battrait certainement à cause de ma capacité de convaincre si l’on me laissait obtenir un soutien financier et international. » (Les citations sont tirées du site Réveil-FM)
 
A partir de ce moment, l’Agence Nationale des Renseignement (ANR), la police et la garde dite présidentielle rentrent dans le jeu. Elles sont instrumentalisées pour mettre le Pasteur Ngoy hors d’état d’agir en l’assassinant. Le Parlement aussi. « Un jour, avoue Pasteur Ngoy, mes confrères Nkulu Kilombo (alors conseiller de Kabila, aujourd’hui Ministre d’Etat auprès de lui) et Kossissaka, que je venais de croiser au Grand Hôtel de Kinshasa, m’ont dit en riant (…) que pour faire obstacle à ma candidature, le pouvoir pouvait prendre des lois à travers le Parlement en vue de m’écarter de leur chemin. L’une des mesures fut l’exigence du dépôt de la caution de 50 mille dollars pour valider la candidature. »
Le gouvernement de la transition a aussi participé à cette chasse à l’homme par le biais de son Ministre de l’Intérieur. Théodore Ngoy en témoigne: « Le 09 décembre 2005, le sieur Théophile Mbemba alors Ministre de l’Intérieur a proféré des menaces contre moi par téléphone après avoir tenté en vain de me faire enlever chez moi, le même jour à 22 heures par une dizaine de policiers (…). Je lui ai dit que mon sang retomberait sur sa tête et celle de ses descendants de génération en génération, s’il arrivait que je sois assassiné par son fait. »
 
La Haute Autorité des Médias dirigée par Modeste Mutinga et la Cour Suprême de Justice ont aussi participé à ce torpillage de la campagne électorale. La Haute Autorité des Médias avait, « sans qualité, en violation de la loi, annulé le débat contradictoire. Pour ce dernier motif au moins, la Cour Suprême de Justice aurait dû annuler les résultats des élections présidentielles pour irrégularité. » Chose qui ne fut pas faite!
Bref, l’instrumentalisation des services de l’Etat et des institutions du pays au profit d’un seul individu a fait que la campagne électorale de 2006 n’ait été ni libre, ni démocratique. Prétendre qu’au bout d’une campagne si agressive, les élections ont été libres, transparentes et démocratique, voilà une ineptie que l’Occident lâche a fait avaler à ses populations.
 
Les résistants congolais et les autres ascètes du provisoire, eux, ont parlé d’une mascarade. Jusqu’à ce jour, plusieurs d’entre eux n’ont pas changé d’avis. D’où le fait que plusieurs d’entre eux ne croient plus en des élections comme voie de sortie de l’imbroglio politique actuel. Les plus radicaux d’entre eux prônent un coup d’Etat et y travaillent au quotidien. Comme les résistants français, ils disent: « Demain les doctrines politiques…Aujourd’hui le but: SORTIR DE NOTRE ETAT SORDIDE DE VAINCUS: en sortir le plus tôt possible, que ce soit dans cinq semaines, cinq mois ou cinq ans. D’aucuns diront – à raison- que pour avoir une chance d’atteindre ce but, il faut au moins une « réforme intellectuelle et morale ». D’accord, mais cette réforme ne se fera pas par des décrets, des lois, des discours. Elle se fera PAR L’ACTION ET DANS L’ACTION. » J. CAVAILLES, Vaincus invaincus, dans XXe siècle, les philosophes face à l’actualité. Philosophie Magazine (Hors-série), Août-Septembre 2008, p.40
 
Joseph Kabila et son clan
 
Pendant (et après) la campagne électorale, certains noms des Congolais reviennent à plusieurs reprises dans l’organisation de la stratégie contre les autres candidats (que Joseph Kabila) et contre le Congo.
La chasse à l’homme orchestrée par l’ANR (contre Théodore Ngoy) est dirigée par Pascal BAHIBIRE. « Intelligent, peu bavard, véritable loup sachant se travestir en agneau », tel est son portrait. Maître Nkulu Kilombo, le fidèle d’entre les fidèles de Joseph Kabila, lui, sait travestir le droit pour son chef avec le soutien de ses autres amis dont Maître Kossissaka. John Numbi et le colonel Raüs sont les tortionnaires et les assassins opérant au sein du système. Ils savent utiliser la police et la garde présidentielle pour des sales besognes. Théophile Mbemba et Denis Kalume aussi. She Okitundu, Modeste Mutinga, Moïse Katumbi et Kyungu wa Kumwanza font partie de ce clan.
Ces Congolais sont au service de leur ventre et d’un jeune homme menant des relations floues avec le Rwanda « dont les éléments armés occupent encore le Congo, dispersent et/ou massacrent systématiquement et impunément la population, particulièrement au Kivu tout en transférant tranquillement des populations du Rwanda vers les espaces abandonnés dans le but final de créer un Etat dont Minembwe pourrait être la capitale (…). »
 
A en croire Théodore Ngoy, Joseph Kabila choisit ses collaborateurs parmi les Congolais les moins instruits et/ou voulant s’enrichir facilement. Il en choisit de moins compétents ou les moins scrupuleux (« bajike bundu »). Les connaissant tels, il n’a que du mépris à leur endroit. Mais esprit faible, il arrive que ces messieurs lui jouent des tours en orientant son action.
 
Rusé, Joseph Kabila a fabriqué un opposant de son camp: Azarias Ruberwa. « Cet ancien réfugié politique rwandais au Congo (…) a plus de 300 soldats rwandais lourdement armés sous son contrôle. » Il travaille avec lui et Nkunda à la partition du pays, sous le regard du Maître du Rwanda, le « Hitler Africain », Paul Kagame. « Tout en le sachant Kabila avait pourtant nommé Nkundabatware (officier déclaré de l’armée patriotique rwandaise) dans l’armée congolaise. Aujourd’hui, grâce à Kabila, ce criminel international est à la tête d’un mouvement politique anachronique (…). »
En dehors de Nkunda et Ruberwa, le clan s’étend au PDG de l’OFIDA, aux Congolais ayant un parent Rwandais ou Burundais disposé à servir la cause du Rwanda comme Vital Kamerhe, Denis Kalume, Kazadi Nyembwe, etc. Pour preuve, Kabila a chargé Kalume de massacrer les congolais du Bas-Congo. « Voilà Kalume avait en 1997 trahi l’armée congolaise en l’affaiblissant sur le front de Kisangani dont il avait le commandement. Ce même Kalume a osé affirmer que Kahemba serait un territoire angolais alors que in tempore non suspecto la carte administrative du Congo Belge, en 1960, situe clairement Kahemba dans le Kwango, non loin de Kasongo-Lunda. »
 
Voulant illustrer le cas de l’enrichissement facile, Théodore Ngoy cite Moïse Katumbi et son protecteur Katumba Mwanke. « Pendant que Moïse Katumbi, chargé d’affaires de Kabila, propriétaire ex nihilo de trois gisements de Gécamines qui lui ont permis de créer sa poule aux œufs d’or appelée MCK, après avoir réussi en 6 mois seulement en faisant une opération floue avec Anvil mining, à gagner 60 millions de dollars dont des miettes ont servi à acheter les voix de pauvres katangais, devenu gouverneur par la volonté de Katumba Mwanke, continue à jeter de la poussière aux yeux des Katangais qui l’admirent paradoxalement, alors que l’homme s’enrichit de plus en plus sur notre dos. »
 
Théodore Ngoy parlant de Kabila et de sa cour relance le débat sur leur congolité. « J’aurais aimé, dit-il, que Joseph s’assume comme fils de sa vraie mère (…). En fait, personne ne lui en voudrait pour cela. Tout comme j’aurais aimé que Ruberwa que j’ai connu à l’Université de Lubumbashi s’assume comme étudiant rwandais ressortissant du Rwanda-Urundi réfugié au Congo comme Nyarugabo, Kamerhe, Museme Diawe et d’autres. (…) Le problème avec le Chef de l’Etat et celui de ceux dont un parent est rwandais, ougandais, tanzanien ou les deux, ce qu’ils font tout pour se cacher et en même temps, ils servent le Rwanda ou la Tanzanie tout en plaçant le Congo dans une situation politique, diplomatique, militaire ou économique susceptible de provoquer son implosion et sa partition. »
Dans ce contexte, Théodore Ngoy estime que « nous n’avons donc qu’une alternative possible: Kabila doit partir; il est l’hypothèque de notre avenir commun en tant que peuple, nation et patrie. » Pour lui, « Joseph Kabila ne comprend pas ce que ce qu’être un chef de l’Etat. Il se conduit en apprenti seigneur de guerre; il n’a, du reste, aucune emprise sur les affaires de l’Etat mais joue un jeu dangereux à la fois contre le Congo et même contre l’Occident qui l’a soutenu. »
 
Des questions qui demeurent…
 
Après tant d’autres Congolais, le Pasteur Ngoy vient nous apporter sa pierre à la réécriture de notre histoire des « vaincus invaincus ». Pour nos héritiers, le processus électoral de 2006 aura été la consécration du pouvoir des seigneurs de la guerre par un Occident lâche. Cet Occident nous rappelle sa faiblesse morale des années 30-40.
 
En effet, défenseur rhétorique de la démocratie, cet Occident a protégé « un petit fou » décidé à éliminer physiquement ses adversaires politiques. Il reproduisait un exploit historique. « En 1933 et en 1941, tous les dirigeants occidentaux ont conclu avec le totalitarisme un marché immoral. » (A. SOLJENITSYNE, Discours américains, Paris, Seuil, 1975, p.41) Et pourtant, voici ce que disait leurs journaux et leurs hommes politiques: «  »On ne peut pas défendre des pays qui ne respectent pas les règles de la démocratie ». Et quel pays, demande Alexandre Soljénitsyne, se trouvant au bord du totalitarisme a jamais pu maintenir les règles du jeu démocratique? Vous, poursuit-il, ne l’avait pu! Mis ensemble, l’Amérique, l’Angleterre, la France, le Canada et l’Australie ne l’ont pas pu! Au premier danger de l’hitlérisme, vous avez tendu la main à Staline. Est-ce que cela s’appelle respecter la démocratie? Non! » (Ibidem, p.29) 
 
Si hier l’Occident a trahi la démocratie en tendant la main au totalitarisme, aujourd’hui, au cœur de l’Afrique, il collabore avec un « Hitler africain ». Pour nos filles et fils, attendre que cet Occident politico-économique constitue une caution morale à l’épanouissent des valeurs démocratiques chez nous devrait dorénavant faire partie des chimères. (Il a suffit que la Chine sabote Carrefour pour que Nicolas Sarkozy, « ce président décomplexé et entré dans l’histoire » pense à répondre présent aux J.O. de Pékin, ville polluée ayant délogé et chassé ses populations pour construire les stades!)
En bon connaisseur de cet Occident, Soljenitsyne notait déjà en 1978 ce qui suit: « (…) Si l’on me demande si je veux proposer à mon pays, à titre de modèle, l’Occident tel qu’il est aujourd’hui, je devrai répondre avec franchise: non, je ne puis recommander votre société comme idéal pour la transformation de la nôtre. Etant donné la richesse de développement spirituel acquise dans la douleur par notre pays en ce siècle, le système occidental, dans son état actuel d’épuisement spirituel, ne présente aucun attrait. » (A. SOLJENITSYNE, Le déclin du courage. Discours de Harvard, Paris, Seuil, 1978p.34-35) (La Russie renaissant des cendres de l’URSS n’a rien à envier à cet Occident à la dérive! Elle a peut-être mieux à nous apprendre…)
 
Réécrire notre histoire exigera de disqualifier la référence au modèle occidental (d’en haut) et de travailler à notre renaissance en puisant dans nos retranchements spirituels et en nous servant d’autres modèles.
Cela étant, à la lecture des réponses du Pasteur Ngoy, il y a des questions qui demeurent…La critique du Pasteur à Joseph Kabila en tant que chef de l’Etat a-t-elle sa raison d’être? Peut-on être à la fois « un apprenti seigneur de la guerre » et un chef de l’Etat?
 
Théodore Ngoy a-t-il travaillé avec Joseph Kabila? A son avis, non. A la lecture de ses réponses, oui. Pourquoi aurait-il souhaité qu’Etienne Tshisekedi, un vieux politicien, devienne le Premier Ministre d’un « apprenti seigneur de la guerre » qu’il peint comme étant « peu instruit », rusé et sachant jouer au chat et à la souris avec ses adversaires politiques? Théodore Ngoy croit-il être le seul à avoir la vocation pour diriger le Congo de demain? Croit-il en cela parce que Joseph Kabila lui a dit qu’il n’était pas comme « les Congolais »? Sait-il qu’il y a des réseaux de refus congolais du système kabiliste engagés à dresser le profil des dirigeants de demain en excluant tous ceux qui ont travaillé avec Mobutu et les Kabila? (à suivre)
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles ( Belgique)
Beni-Lubero Online
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