TIGO (ex Oasis) fera-t-il la différence à Beni-Lubero?

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Après Congo Gates (Top Cell) de Bayoli, Celtel, et Vodacom, TIGO (Anciennement appelé OASIS) s’est installé à Butembo le 8 mars dernier, par le canal de l’Association Culturelle Nande de Kinshasa. Selon le Président  de l’ACN (ou Kyaghanda Kinshasa), Mr Balinande, l’ACN est aussi un bureau de liaison de la Communauté Nande (7,5 % de la population congolaise) avec les institutions nationales et les investisseurs de Kinshasa.
 
D’après le Président Balinande, accompagné de Maman Josée Kabibi, Présidente des Mamans Nande de Kinshasa, la BIAC était aussi arrivée à Beni-Lubero par le même  truchement du Kyaghanda Kinshasa.
 
Dans l’ensemble, les observateurs locaux saluent cette initiative du Kyaghanda de Kinshasa et espèrent que sa mission de promouvoir des nouveaux investisseurs à Beni-Lubero répondra effectivement aux besoins des populations locales sans écraser les entrepreneurs locaux.
 

Nos efforts d’avoir le point de vue du patronat local sur l’arrivée de TIGO à Butembo n’ont pas été concluants. En effet, selon certains analystes, il serait mieux que ceux qui recrutent des investisseurs étrangers pour la région de Beni-Lubero travaillent la main dans la main avec les investisseurs locaux, notamment la Fédération des Entreprises Congolaises, Antenne de Butembo ainsi que les autorités administratives locales.  Sans cette précaution, disent-ils, et tenant compte de la bousculade actuelle des réseaux économiques internationaux au Kivu (y compris les réseaux maffieux)  les gros poissons risquent de manger les petits poissons.  
 
En effet, l’expérience en matière d’investissements étrangers,  oblige aux recruteurs  d’investisseurs de ne pas se faire d’illusion. Une chose est d’amener une nouvelle entreprise dans la région, une autre est de voir cette entreprise soutenir la dynamique locale en contribuant effectivement à l’essor économique locale.
 
Malheureusement, les congolais n’ont que des mauvais souvenirs en cette matière. Très souvent les gouvernants encouragent plus les investisseurs étrangers qui servent leurs intérêts privés au détriment des intérêts des citoyens congolais.
 
L’exemple de Congo Gates (Top Cell) de Bayoli revient à l’esprit chaque fois que les géants de la télécommunication cellulaire viennent s’installer à Butembo.
 
Pour la petite histoire, Butembo est entré dans les annales de l’histoire de télécommunication cellulaire en Afrique avec le réseau de Congo Gates. En effet, Congo Gates est le premier réseau cellulaire (et le dernier en date) en Afrique Subsaharienne créé avec des capitaux locaux et géré par un africain et congolais en plus. Tous les autres réseaux de communication connus au Congo, sont des réseaux étrangers, etc.   Au lieu de soutenir une initiative qui a fait parler de soi en Afrique, on a vu comment les politiciens, ayant touché des pots de vin, ont rendu difficile l’ascension de Congo Gates pour donner le marché de Beni-Lubero à Celtel et à Vodacom. Congo Gates, le premier arrivant à Beni-Lubero, n’avait pas été compétitif  comme laisse croire une certaine opinion. Mais la vérité est que Congo Gates n’avait pas des millions de dollars à glisser nuitamment dans l’escarcelle des gouvernants.
 
Dans un Congo désirant sortir de son bourbier actuel, protéger et promouvoir les entrepreneurs locaux avant de faire venir des nouveaux serait la stratégie à privilégier.  C’est ainsi que le Kyaghanda de Kinshasa qui s’est donné comme mission de jouer le rôle d’intermédiaire entre Beni-Lubero et les institutions nationales, devrait, par exemple, aider les entreprises locales qui peinent à obtenir des licences ou permis de travail auprès des bureaux de Kinshasa, collaborer avec la FEC local, les ONG de développement, etc. Autrement, il est plus facile d’aider les grands que de secourir les petits. Aider les petits à s’en sortir est un travail de longue haleine que, malheureusement la plupart de nos dirigeants congolais répugnent. Le gain égoïste et facile étant dans la plupart des cas ce qui les fait agir.
 
D’après le Président Balinande, Tigo  se propose de travailler en partenariat avec  les opérateurs économiques locaux, d’épauler les administrateurs locaux dans leurs efforts et projets de développement économiques et social (ponts, écoles, hôpitaux), et de donner de l’emploi aux locaux, etc.  
 
Ce que le Président Balinande n’a pas dit, c’est la tarification de TIGO. En effet, si TIGO n’offrira pas une meilleure tarification de ses services tels les appels téléphoniques locaux et internationaux, l’internet, etc., et si TIGO n’implante pas ses grandes toiles dans les coins de Beni-Lubero où le réseau téléphonique est déficient,  à quoi servirait-il si ce n’est l’assouvissement comme ses prédécesseurs Celtel et Vodacom de l’appétit glouton et égoïste des gouvernants actuels ?
 
Nous osons espérer que l’ACN-Kinshasa a pensé à toutes ces questions et qu’elle n’est pas devenue un bras séculier des politiques clientélistes qui livrent sans merci les citoyens congolais à l’exploitation du gros business international.
 
En effet le phénomène des contrats léonins qui sont d’actualité au Congo-Kinshasa n’est pas différent de ce que les chefs coutumiers d’antan avaient fait pendant quatre siècles en vendant leurs sujets aux marchands esclavagistes. Le commerce des esclaves générait de l’emploi pour une poignée d’hommes de la cour qui allaient extirper les esclaves de brousses et forêts, parcouraient des centaines de kilomètres pour dénicher l’esclavagiste le plus offrant, contribuait au renforcement des capacités militaires du chef, etc. Mais la grande masse croupissait dans la misère et n’était bonne que comme marchandise potentielle dans le commerce des êtres humains. Aujourd’hui, les choses n’ont pas changé même si on utilise d’autres termes de vocabulaire.
 
Le  grand défi que l’ACN-Kinshasa doit relever en recrutant TIGO pour Beni-Lubero est là. TIGO fera-t-il la différence à Beni-Lubero et en quel sens? Tant que le  marché congolais sans initiatives locales sera livré aux seules multinationales, il n’y aura pas de développement durable. C’est ainsi que l’initiative de l’ACN-Kinshasa qui a choisit le modèle de développement des multinationales sera jugée aux fruits de TIGO sur terrain à Beni-Lubero!
 
Kakule Mathe
Butembo
Beni-Lubero Online

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