Tshisekedi, les massacres et la face cachée du phénomène « Banyabwisha »

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Mr.    Malachi Ndayange

 

Le périple du président Félix Tshisekedi a été l’occasion de redécouvrir la réalité cachée derrière les crimes que subissent les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri, une réalité que lui cachent les canaux officiels, dont la hiérarchie des FARDC. A Goma, à Beni et à Bunia, il a publiquement reconnu la présence des « brebis galeuses » dans l’armée qu’il a, au passage, accusée d’entretenir un modus vivendi d’omerta et de mafias et sacrifier des vies humaines pour « leurs intérêts personnels ». Pendant ce temps, à Kinshasa, le gouvernement avait brisé le tabou en désignant des « Banyabwisha » comme étant derrière les massacres de Boga et de Tchabi, une prise de position officielle qui marquait un tournant dans l’identification des auteurs des massacres sans fin dans le territoire de Beni et la province de l’Ituri. Le 13 juin 2021, le porte-parole des FARDC en Ituri, Jules Ngongo, a affirmé que cinq sujets banyabwisha avec cinq armes du type AK-47 s’étaient rendus aux FARDC ». Les rescapés des massacres de Boga et de Tchabi, dans la nuit du 30 au 31 mai, avaient décrit les tueurs comme étant des « Banyabwisha », s’exprimant en kinyarwanda. Cette description correspond à celle de nombreux rescapés de Beni qui décrivent leurs agresseurs comme des hommes armés s’exprimant en kinyarwanda.

1. Qui sont ces « Banyabwisha » ?

Depuis fin 2013, des milices rwandaises affluent en masse vers Beni et l’Ituri sous la fausse identité de « Banyabwisha ». Banyabwisha est une identité fabriquée de toute pièce et utilisée pour masquer les mouvements des envahisseurs en provenance du Rwanda. « Banyabwisha » signifie littéralement « les habitants de Bwisha », une chefferie du territoire de Rutshuru. Mais lorsque les notables de la province de l’Ituri ont soulevé la question de l’arrivée massive de ces « Banyabwisha » dans leur province, le chef coutumier du Bwisha, Mwami Ndeze, a affirmé que ces populations ne sont pas ses sujets et qu’ils ne viennent pas de la chefferie de Bwisha.

Nous sommes donc en présence de milliers d’individus qui cachent leurs origines et qui choisissent de s’implanter dans des territoires où se déroulent des massacres contre les autochtones. Dans sa dernière publication de mars 2016, Père Vincent Machozi avait déjà décrit ces individus comme des sujets rwandais envoyés au Kivu-Ituri pour accélérer le plan de balkanisation. Il fut assassiné le lendemain, mais la vérité qu’il avait publiée est aujourd’hui une réalité que même le gouvernement reconnait dans son compte-rendu du conseil des ministres[1].

Cette affaire de « Banyabwisha » est en réalité un secret de polichinelle. Il s’agit de sujets rwandais mobilisés par les réseaux du M23 et qui envahissent l’est du Congo dans la continuité de la guerre du M23. En 2015, beniluberoavait mené des investigations au Rwanda et avait découvert que les chefs du M23 fabriquaient des cartes d’électeurs qu’ils confiaient à ces sujets rwandais avant de les envoyer en masse dans le Kivu et en Ituri. C’est à Gisenyi que ces cartes étaient fabriquées.

Ces milices de la mort opèrent sous la protection des FARDC, et l’état de siège imposé par Félix Tshisekedi est en train d’être récupéré pour servir de couverture à une nouvelle campagne des massacres. C’est ce que nous révèle un document audio que nous mettons à votre disposition.

2. L’état de siège et l’afflux des milices « banyabwisha » dans le territoire de Lubero

C’est une conversation au téléphone entre un officier rwandais des FARDC et un certain Malaché Ndayange. Les deux hommes sont en train de discuter de la façon dont ils pourraient profiter de l’état de siège pour introduire des « miliciens hutu » dans le territoire de Lubero. Ils affirment que ces personnes ne doivent pas venir en tenue civile. La population locale, méfiante, va rapidement les identifier et l’opération infiltration risque d’échouer. C’est alors qu’il se mettent d’accord sur une stratégie : ces « Hutu » doivent venir habillés en uniformes FARDC. La population va croire qu’il s’agit de nouvelles unités des FARDC qui arrivent dans le cadre de l’état de siège, puis ces miliciens vont s’installer dans le territoire de Lubero.

Nos contacts sur terrains sont alarmants. En profitant de l’état de siège, des milliers de ces individus vont se disséminer dans le territoire et attendre d’être en effectifs suffisants pour lancer des campagnes de massacres comme dans le territoire de Beni. Une première vague est déjà déployée dans les secteurs de Manguridjipa où des milliers de miliciens rwandais sous identité « Banyabwisha » s’implantent dans des zones minières. Les uns arrivent avec des armes, les autres arrivent sans armes mais trouvent des armes sur place grâce aux réseaux de complicité avec certains officiers FARDC. Manguridjipa est parmi les principaux greniers de la ville de Butembo, notamment pour ses approvisionnements en riz.

Pour rappel, ces milices rwandaises avaient mené des attaques meurtrières dans le Sud-Lubero en 2015 et 2016 et assassiné deux familles de chefs coutumiers nande à Miriki. Les autochtones s’étaient organisés en groupes d’autodéfense pour les chasser. Cinq ans plus tard, les revoici en profitant de l’état de siège proclamé par Félix Tshisekedi.

3. Se préparer à la lutte

Les habitants des territoires de Beni et de Lubero sont prévenus. Même si la visite de Félix Tshisekedi leur a permis de faire entendre leurs voix jusqu’au cœur de la présidence, toutes les forces ennemies sont toujours sur place. Les officiers accusés d’entretenir des mafias sont toujours là. Les réseaux rwandais pour acheminer des tueurs « banyabwisha » partout sont toujours opérationnels comme en atteste ce document audio. A Boga et à Tchabi, ces milices rwandaises sous masque « ADF/Banyabwisha » sont toujours sur place. Bref, la mort continue de rôder partout.

Il n’y a aucune raison de faire confiance aux FARDC aussi longtemps qu’il y aura dans cette armée toutes ces mafias et tous ces réseaux génocidaires rwandais.

[1]Compte-rendu du conseil des ministres du 11 juin 2021 : https://acpcongo.com/wp-content/uploads/2021/06/COMPTE-RENDU-DE-LA-SEPTIEME-REUNION-DU-CONSEIL-DES-MINISTRES-du-11-juin-2021-VF01.pdf

 

 

Constant Bilima Kabango

©Beni-Lubero Online.

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