Une lettre Confidentielle du Père Vincent Machozi, qui dit tout

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Les antécédents du Génocide en cours au Kivu-Ituri, R.D.Congo
(Vincent Machozi)

Calicos Marche a kin

Cher Vincent, ce soir, en relisant mes mails, j’ai retrouvé ton mail du 3 mars 2016, 17 jours avant que tu nous quittes et dans lequel tu répondais à mon mail ci-après :

« Cher Vincent, bonsoir!
Peux-tu m’aider à répondre à ces deux questions que souvent l’on me pose?
1. Pourrais-tu me faire un résumé de ce qui se passe et en souligner quelques antécédents?
2. Étant sur terrain, comment expliquerais-tu ces faits au public européen qui n’y comprend rien? Se, ton condisciple et ton ami de longue date de Kambali.

Avec ta permission, permets-moi de livrer le contenu de ton mail au public qui avait le plaisir de te lire :

Les antécédents du Génocide en cours au Kivu-Ituri, R.D.Congo
1. Qualification des Massacres de Génocide

La déclaration de l’Association Culturelle Kyaghanda Yira de la communauté Yira (ou Nande) de Février 2016, le message de la conférence Episcopale Nationale de la R.D.Congo de juillet 2008, ainsi que le mémorandum caucus des députés nationaux Yira de Février 2016, ont déjà qualifié les massacres en cours des membres de l’ethnie Yira de Génocide pour les raisons suivantes :

– Les membres de l’ethnie Yira, principale cible des massacres [1], sont tués parce qu’ils sont Yira, sélectionnés pour être tués parmi les membres d’autres ethnies habitant un même village,
– Les massacres des Yira sont les plus odieux, les plus nombreux, les plus fréquents, les plus intenses,
– Les massacres sont savamment planifiés, prémédités,
– Les exécutants des massacres des Yira sont principalement des troupes et milices rwandophones,

2. Mobiles du Génocide des populations au Kivu-Ituri
Causes Directes :

– L’occupation géoéconomique du Kivu-Ituri par le Rwanda et l’Ouganda en complicité avec le Président Joseph Kabila. Sans être démembrée officiellement, le Kivu-Ituri est depuis 1996 économiquement exploité par le Rwanda et l’Ouganda, deux pays supplétifs des multinationales minières intéressées par l’Or, le pétrole, le coltan, la cassitérite, le diamant, le bois, le cacao, etc.

– Les velléités expansionnistes du Rwandan et de l’Ouganda s’expliquent par le plan du contrôle des zones minières de l’Est de la R.D.Congo.

– Pour réussir ce plan, il faut que Joseph Kabila, un rwandais-fils adoptif de Mzee L.D. Kabila, reste pour longtemps le Président de la R.D.Congo.

– Ainsi, la contestation du projet de la révision constitutionnelle dont le but est d’ouvrir la possibilité d’un troisième mandat à Joseph Kabila ainsi que la résistance ouverte à l’occupation rwandaise et ougandaise de l’Est de la R.D. Congo par les populations congolaises sont les deux faits qui cimentent la coalition Kagame-Kabila-Kaguta (le fameux K3) dans les massacres des populations constituant un obstacle au plan d’occupation rwando-ougandaise et du troisième mandat anticonstitutionnel de Joseph Kabila.

– Parmi les populations résistantes de l’Est de la R.D.Congo, l’ethnie Yira (Nande) est la plus nombreuse démographiquement et la plus forte économiquement au Kivu-Ituri. Les Yira constituent ainsi le plus grand obstacle au plan d’occupation rwando-ougandaise du Kivu-Ituri et au troisième mandat de Joseph Kabila. Cela explique pourquoi l’ethnie Yira est la cible principale du génocide en cours. La fondation Beni-Lubero a déjà documenté 1231 cas des Yira massacrés (à lire sur le site internet www.benilubero.com).

– Le mode opératoire des tueurs (commandos mobiles), la méthode d’exécution des victimes (mutilation des cadavres), les armes utilisées (machettes, haches, armes à feu) ainsi que la langue principale des tueurs (le Kinyarwanda) ressemblent forts aux caractéristiques du génocide du M23 (2010-2013) et du génocide rwandais de 1994. La main du Rwanda est ainsi omniprésente dans le génocide en cours.

– Pour occuper l’Est de la R.D. Congo, il faut une force d’occupation conséquente. C’est ainsi que le régime Tutsi de Kigali instrumentalise les Hutu du Rwanda et de la R.D. Congo pour servir de force d’occupation. Dans le cas d’une victoire des populations congolaises sur les occupants Hutu, le régime Tutsi de Kigali ne regretterait rien car il se serait débarrassé du trop-plein des Hutu du Rwanda. Dans le cas d’une réussite du génocide des Yira, le régime Tutsi de Kigali se féliciterait d’avoir conquis une terre fertile et riche en minerais à l’Est de la R.D. Congo.

– Les massacres des populations autochtones visent ainsi à rendre l’Est de la R.D. Congo ingouvernable et non sécurisée pour l’organisation de toute élection avant son occupation effective par des populations rwandophones. Ces dernières occuperaient les terres laissées par les populations locales massacrées ou condamnées à l’errance loin des zones minières convoitées par le Rwanda et l’Ouganda.

Le déferlement massif actuel des populations Hutu du Rwanda au Nord-Kivu et en Ituri, lesquels immigrés hutu rwandais arrivent en R.D. Congo munis des cartes d’identité des congolais, des feuilles de route signées par les autorités congolaises du Nord-Kivu participe de cette stratégie d’occupation et explique la parfaite implication du gouvernement congolais dans cette occupation progressive de l’Est de la R.D. Congo par des populations Hutu du Rwanda.

– L’occupation rwando-ougandaise de l’Est de la R.D. Congo est facilitée par les institutions congolaises chargées de la sécurité et de la défense du territoire national de la R.D.Congo, à savoir l’armée (FARDC), la Police Nationale Congolaise (PNC), les services des renseignements (ANR).

Il sied de faire remarquer que pendant ses deux mandats au pouvoir, le Président Joseph Kabila a infiltré plusieurs rwandais dans son armée, sa police, ses services de renseignement, les entreprises de l’Etat, etc. En effet, les soi-disant rebellions de l’Est de la R.D. Congo sont toutes des alliés des régimes de Kinshasa, de Kigali et de Kampala pour asservir la population congolaise locale, piller impunément les richesses de la région, faciliter l’infiltration rwando-ougandaise dans toutes les institutions de la R.D. Congo, occuper durablement les terres fertiles de la région, et tracer la voie de la balkanisation ou de l’autonomisation de la région convoitée. A titre d’exemple, les commandants FARDC sont frères ou amis des commandants des forces négatives telles les FDLR. C ‘est le cas de la cité de Kirumba où le commandant du 811e régiment des FARDC, Mr MUGISHA est petit frère de KIZITO, commandant FDLR du milieu autour de KIRUMBA. Les deux frères étaient tous membres du CNDP, une rébellion pro-Rwanda.

– L’implication du régime de Joseph Kabila se fait voir aussi par l’inaction des Fardc, de la Police Nationale Congolaise (PNC en sigle) pendant les massacres des populations congolaises. C’est souvent longtemps après les massacres que ces forces de sécurité congolaise arrivent sur le lieu du crime pour faire un simple constat. En plus, il n’y a ni enquête ni poursuite des tueurs qui vont impunément de tuerie à tuerie au grand dam des populations civiles.
Causes lointaines:

Le génocide hors micro des populations congolaises en cours au Kivu-Ituri n’est pas le premier du genre dans l’histoire du Congo. Déjà entre 1898 et 1910, à l’heure du télégramme et de la caméra, les belges étaient capables de sacrifier 10 millions des congolais sur l’autel de l’ivoire et du caoutchouc sans que le monde ne s’en offusque. Les télégrammes envoyés du Congo et les photos prises par les caméras étaient gérés dans un circuit fermé. Officiellement, on parlait de mission humanitaire et civilisatrice des nègres. Officieusement, on parlait d’argent avec les industries du pneu ou d’automobiles.
Aujourd’hui, à l’heure de l’internet, de Facebook, et de Whatsa
pp, les multinationales minières sont en train de tuer en silence les congolais par millions pour accéder aux minerais de pointe de l’industrie du 21 ième siècle. Les projecteurs des TV du monde inondent l’Occident des faits qui cachent l’implication des multinationales, de l’industrie des armes, des armées des pays voisins dans le génocide des congolais. Au contraire ils mettent au premier plan les conflits ethniques, les conflits des terres, les violences sexuelles faites aux femmes. Le génocide parait ainsi une affaire tribale locale sans lien direct avec le business international.

On constate que l’Occident a fait un retour aux pratiques génocidaires des siècles passés depuis la grave crise financière internationale de 2008. Au lendemain de cette crise, on a assisté au retour à grands pas des rebellions (Boko Haram, Etat Islamique, ADF/NALU, FDLR, LRA, etc.), retour de la guéguerre entre l’Occident et la Russie, des attentats terroristes au cœur des grandes capitales dites jadis les plus protégées du monde, etc. 7 ans après ce retour des pratiques génocidaires, le résultat est là : les économies des pays occidentaux pratiquant l’économie du génocide, reprennent lentement le chemin de la croissance économique sur fond des cadavres des bébés, des femmes enceintes, des fosses communes dans les pays d’où viennent les richesses tels la R.D.Congo, la Lybie, l’Irak, la Syrie, etc.

La complicité des élites congolaises dans cette exploitation génocidaire des richesses de la R.D.Congo fait encore échec à la prise de conscience des minorités congolaises organisées à la base et qui ont besoin de faire une coalition avec celles d’autres coins du monde qui se battent pour un monde plus juste et plus fraternel.
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[1] Depuis mars 2016, les membres des ethnies Hunde et Nyanga sont aussi tués par les rwandophones dans des endroits où ils vivent ensemble avec les Yira.

©Beni-Lubero Online

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