Vital Kamerhe, nous ne te croirons que s’il y a impeachment

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S’il est établi que pour cacher certaines choses à un bon nombre de Congolais il faut les mettre dans les livres, il faut aussi avouer que le souhait de plusieurs d’entre nous de voir renaître un Congo libre et autodéterminé les enferme dans une vision manichéenne de l’espace politique congolais. Il y aurait d’une part « les bons », c’est-à-dire ceux et celles qui portent dans leurs préoccupations quotidiennes le désir de voir un Congo en paix et de l’autre, « les mauvais », les maudits, ceux et celles qui ont pactisé avec « le diable » et qui ne méritent que l’enfer. Si cette vision manichéenne de notre espace politique a ses avantages, elle comporte un grand défaut de fabrication: le déterminisme. Elle ne croit pas en la possibilité de la conversion de l’homme ni à celle de son revirement urgé par les circonstances et les faits. Cette vision entretenue par l’ex-président des U.S.A., Georges W. Bush est tellement aveuglante qu’elle a de l’emprise sur la curiosité scientifique congolaise. Tout ce que peut dire et/ou écrire nos compatriotes classés dans « l’axe du mal » n’est ni lu ni examiné de plus près.
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Voulant rompre avec cette vision manichéenne de notre espace politique, nous relisons l’interview de Vital Kamerhe accordée à Colette Braeckman ce lundi 26 janvier et intitulée Vital Kamerhe n ‘était pas au courant). A nos risques et périls.
Notre souci est d’approfondir les questions qui risquent, si elles ne sont pas traitées à temps, de faire du Congo une colonie de peuplement des pays voisins avec la complicité de Joseph Kabila et son gouvernement parallèle et une terre d’esclaves volontaires. Il est possible que Vital Kamerhe joue à la ponce Pilate. Prenons-le au mot.
 
L’étonnement de Vital Kamerhe  
 
Une décision prise au plus haut sommet de l’Etat aurait été un marché de dupes.
A cette question de Colette Braeckman: « En votre qualité de président de l’Assemblée nationale, aviez vous été informé de l’entrée des troupes rwandaises en territoire congolais ? » Vital Kamerhe répond: « Ma réaction a été celle de l’étonnement, comme je l’ai déclaré aux élus du Kivu et à Radio Okapi : je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit et je crains que le Congo ait conclu un marché de dupes. Voici que l’armée rwandaise a été autorisée à manœuvrer au Nord Kivu et au Sud Kivu, tandis que l’armée ougandaise mène déjà des opérations en Province Orientale contre l’Armée de résistance du Seigneur, la LRA…C’est comme si nous étions ramenés aux débuts de la première guerre, en 1996, lorsqu’avaient été conclus les fameux accords de Lemera entre Laurent Désiré Kabila et ses alliés du moment, le Rwanda et l’Ouganda… »
Au moment où certains compatriotes pris dans les filets de l’amnésie crient à la fin de la guerre et au retour de la paix promise par Joseph Kabila, Vital Kamerhe pose un problème de fond: les accords de Goma entre le gouvernement parallèle du Congo et le Rwanda ressemblent aux accords de Lemera. Curieux!
C’est pour la toute première fois – à moins que nous ne soyons pas informés- qu’un élu de la majorité présidentielle parle « fameux accords de Lemera entre Laurent-Désiré Kabila et ses alliés du moment, le Rwanda et l’Ouganda. »
Tenez! Pour nous qui croyions que les Accords de Lemera n’étaient conclus qu’entre L.-D. Kabila et le Rwanda, nous avons encore à apprendre. Vital Kamerhe devrait nous expliquer en quoi auraient consisté les clauses signées avec l’Ouganda.
Si L.-D. Kabila avaient promis aux Rwandais qu’ils pouvaient occuper notre espace vital sur une distance de 300 kms, qu’avait-il promis aux Ougandais. Donc, jusqu’à ce jour, la guerre de 1996 n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Vital Kamerhe en sait quelque chose. Un jour, il nous en parlera. Espérons-le.
A mieux lire la réponse du Président de l’Assemblée nationale, l’entrée des deux pays susmentionnés sur notre territoire pour « neutraliser leurs opposants » (et non les forces négatives) n’avait pas dévoilé tous ses secrets: ces deux pays voulaient faire d’une pierre plusieurs coups. D’où l’étonnement de Vital Kamerhe que « ces maîtres » du mensonge et de la dissimulation reviennent chez nous « avec l’accord de Kabila ».
Vital ne croit même pas que le Rwanda soit venu pour combattre les FDLR chez nous. Il vient, avec l’accord de Kabila et de Louis Michel, désamorcer la pression occidentale.
Lisons sa réponse à cette question: « Ne s’agît-il pas de combattre les Hutus du FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) avec, en contrepartie l’arrestation de Laurent Nkunda ? » La réponse de Vital Kamerhe: « Lorsqu’après les accords de paix, tous les dirigeants du RCD Goma, la rébellion soutenue par Kigali, avaient gagné Kinshasa, Nkunda était resté en arrière. Il avait refusé de prêter serment, comme s’il demeurait en réserve, à la disposition de Kigali. Aujourd’hui, soumis à la pression de certains pays occidentaux (la Suède, les Pays Bas et même les Britanniques) Kagame le lâche. Et Kabila, lui, désamorce la pression qui était mise sur le Rwanda, comme Louis Michel, en disant que ça va aller, qu’un accord est en vue ! »  
 
Les craintes de Vital Kamerhe sont réelles  
 
Partant de ce qui se passe dans la Province Orientale de notre pays, Vital Kamerhe dit: « Je constate qu’en Province Orientale, où se déroulent des opérations conjointes contre la LRA, ce sont déjà 650 civils congolais qui ont été tués. J’ai bien peur pour les populations du Kivu : comment va-t-on faire pour distinguer les Hutus congolais des Interahamwe, ces génocidaires rwandais qu’ils viennent chasser sur notre territoire ? A-t-on pensé aux dégâts collatéraux ?
Ensuite, je me demande comment, en quinze jours, une telle opération militaire peut réussir, si l’on sait que ces Hutus Interahamwe sont chez nous depuis quinze ans, que l’armée rwandaise elle-même, alors qu’elle se trouvait au Kivu de 98 à 2002 n’y a pas réussi, pas plus que ses alliés du RCD, pas plus que Nkunda lui-même…Moi, ce que je crains, c’est que l’on plonge la région dans le chaos… »
Membre de l’AMP, Vital Kamerhe fait montre, à travers cette réponse, d’un sens aigu de responsabilité. On sent que l’adhésion à l’AMP n’a pas corrompu « sa tête ». L’étonnement du Président de l’Assemblée nationale est d’autant plus grand que le plan de sortie de crise proposée par l’Assemblée nationale a été balayé d’un revers de la main. A cette question de Colette Braeckman: « Où en sont le plan de sortie de crise proposé par l’Assemblée nationale et le Programme Amani ? » Vital Kamerhe répond: « Tout cela a été balayé. Cependant, le plan de sortie de crise, que l’Assemblée avait soumis au gouvernement, traçait le cadre de nos relations avec le Rwanda et prévoyait le rétablissement des relations diplomatiques. Il proposait aussi une grande action humanitaire pour subvenir aux populations en détresse. Sur le plan politique, il était prévu d’examiner le cahier des charges présenté par le CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) le mouvement de Nkunda. Il était aussi prévu d’éradiquer les Ex-FAR Interahamwe, mais pas n’importe comment. Compte tenu de la faiblesse de notre armée, nous avions demandé qu’une force régionale de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe) l’Angola ou tout autre pays, appuyée par nos forces armées et par la MONUC puisse venir dans notre pays faire ce travail. Pour rassurer nos voisins, nous avions prévu qu’ils envoient ici quelques éléments chargés de faire du renseignement. Nous avions aussi souhaité l’appui d’une force européenne de type Artémis. Or voilà que nous invitons les troupes rwandaises sur le territoire congolais alors que nous sommes encore dans un processus de normalisation des relations diplomatiques ! N’est ce pas mettre la charrue devant les bœufs ? »
 
Nous ne croirons en Vital que…
 
Nous ne croirons en Vital Kamerhe que si, au vu des conséquences néfastes des accords secrets de ceux de Lemera, il travaillera avec l’Assemblée nationale à les rendre publiques les accords de Goma. Et si, compte tenu de la privatisation de l’Etat congolais par Joseph Kabila avec son gouvernement parallèle (au sein duquel trônent Katumba Mwanke, Evariste Boshab, Charles Okoto, Cishambo, Mbuyu, etc.), l’Assemblée nationale avalisée la proposition d’impeachment à l’endroit de Joseph Kabila telle qu’initiée par Congo pax et bien des compatriotes conscients du rôle que joue l’actuel Président Congolais dans la perpétuation de l’esclavage moderne au Congo.
Cette tâche risque de ne pas être accomplie dans la mesure où Vital Kamerhe participe de l’occupation esclavagiste du Congo par les réseaux de prédation mondiaux. Il n’est jamais revenu sur la motion sur la double nationalité, l’une des tactiques utilisées par ces réseaux de prédation pour esclavagiser le Congo. Kamerhe a participé à l’esclavage moderne au Congo aux côtés de Kagame, Joseph Kabila, Nkunda, Bosco Ntaganda, etc. Ses sorties médiatiques ne sont plus que de la poudre aux yeux des compatriotes ignorants de ceci:
« Etant (…) établi qu’un certain nombre d’affairistes (Rwandais, Ougandais et Congolais) en uniforme tirent le plus grand profit de la guerre telle qu’elle est : une guerre à la Léopold II qui est avant tout une affaire profitable, il devient évident qu’ils n’ont intérêt ni à quitter les lieux, ni à voir finir cette guerre. Et il n’est pas étonnant que Kinshasa ne les contrarie guère, sans qu’il faille pour cela en appeler à quelque mystérieuse conspiration. » En fait, «Les Congolais se sont laissé refiler sous le nom de « démocratie » une démocratie bourgeoise à la façon européenne, c’est-à-dire un pouvoir politique entièrement au service de l’argent. Et les différentes composantes de cette bourgeoisie, au stade actuel, ne se mangent pas encore entre elles. La bourgeoisie en cravate qui peuple les fauteuils des ministères et les bancs du Parlement n’agira pas contre la bourgeoisie en tenue de camouflage. Tous les exploiteurs sont frères et n’ont qu’un ennemi : l’esclave à qui, précisément, on fait la seule vraie guerre que l’on fasse à l’Est : celle de Léopold II. » G. DE BOECK, La guerre de l’est ou le retour de Léopold II, dans Dialogue du 26 janvier 2009. Un article à lire absolument?)
D’où nous viendra le salut? D’un impeachment possible à l’endroit de Joseph Kabila et du gouvernement Muzito. De la lutte patriotique des compatriotes acquis à la cause d’un Congo souverain et autodéterminé et d’une possible conversion d’une partie de « la bourgeoisie en cravate » à cette lutte. C’est peut-être pour demain…
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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