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Zones d’ombre de la démilitarisation de Beni et de Butembo

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Les autorités militaires provinciales du Nord-Kivu ont annoncé le 11 novembre 2010 dernier la démilitarisation des villes de Butembo et de Beni. La Police assurerait seule la securité des personnes et de leurs biens dans les deux villes précitées. La police militaire organiserait désormais des patrouilles pour traquer les militaires et les policiers qui violeraient cette nouvelle mesure. Les camps militaires des villes de Butembo et de Beni se videraient ainsi de leurs occupants pour accueillir les policiers. Les militaires iraient dans des campements de fortune de Mwighalika, Nyaleke, Mavivi, Mangango, tous des lieux situés en Territoire de Beni. 

L’accueil favorable de cette démilitarisation ressemble à l’attitude d’un prisonnier qui finit par dire merci à son geôlier.

Primo : On se rappelle que les tueries et autres violations des droits humains dans la région de Beni-Lubero était l’œuvre non seulement des militaires mais aussi des policiers. Ensuite, on se rappelle qu’au mois de Septembre dernier, le Président Joseph Kabila ainsi que le Chef d’Etat Major des Fardc, le Général Didier Etumba avaient tous deux annoncé l’affectation vers d’autres provinces des militaires actuellement déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, disant qu’on n’entre pas dans l’armée congolaise pour garder les vaches de son père mais pour servir la nation toute entière.

Pendant que les observateurs attendaient voir comme cette décision du Commandant Suprême des Forces Armées de la République allait se concrétiser on assiste à la défection de certains anciens miliciens du CNDP de rangs des Fardc et à leur attroupement dans le Masisi, un territoire au bord de la sécession selon plusieurs sources concordantes. Plusieurs leaders du CNDP ont, en effet, réservé un fait de non recevoir à l’appel du Président Joseph Kabila. 

La mesure de la démilitarisation des villes de Beni et de Butembo intervient ainsi dans un contexte plein d’ambiguïtés sur le plan militaire et de la securité de la région du Nord-Kivu. 

C’est ainsi que, tenant compte du fait que militaires et policiers déployés au Nord-Kivu sont tous coupables de massacres des populations congolaises, les séparer n’est pas vraiment une démilitarisation. Les policiers sont aussi porteurs d’armes. Ensuite, les policiers et les militaires dont il s’agit sont déjà coupables de désobéissance au Chef de l’Etat et au Chef d’Etat Major des Fardc. Il n’y a donc pas de garantie que leur simple séparation sécurise Beni-Lubero. Tenant compte de tous ses préalables, on peut craindre que séparer les policiers de militaires peut-être tout simplement une mesure de propagation vers les campagnes du mal qui rongeait les villes de Beni et de Butembo ! 

Revenant sur la mesure de démilitarisation, on constate qu’elle est muette sur le sort des grandes agglomérations de la région, telles que Kanyabayonga, Kaina, Kirumba, Lubero, Oïcha, Mutwanga, Mangina, Manguredjipa, etc. où militaires et policiers commettent des crimes indescriptibles. Quel critère a-t-on suivi pour démilitariser seulement les deux grandes villes de Beni-Lubero ? La population martyre de Beni-Lubero aurait voulu que la mesure de démilitarisation soit applicable dans toutes les villes et cité de la région voire du pays et qu’elle soit opposable aussi bien aux policiers qu’aux militaires qui pour prouver leur congolité doivent obéir au Président de la République et accepter de servir ailleurs qu’au Nord-Kivu. 

Toute caserne militaire dans la région devrait être loin de la population civile. La R.D. Congo ne manque pas de terrain pouvant abriter des casernes militaires à au moins vingt kilomètres d’un lieu habité par les humains ! A la lecture de la mesure de démilitarisation des villes de Butembo et de Beni, on constate que les endroits qui vont accueillir les militaires n’ont pas d’infrastructures d’accueil et ne sont pas loin de grandes agglomérations. D’où la question de savoir si les militaires qui se la coulaient douce en ville ne vont pas s’en prendre aux paisibles paysans proches de leurs campements de fortune? Si Nyaleke et Mwighalika sont situés aux abords du Parc National des Virunga et donc théoriquement plus faciles à surveiller, cela n’est pas le cas pour Mangango et Mavivi qui sont situées dans les faubourgs fortement peuplés de la ville de Beni. Si l’impunité, l’indiscipline, le détournement de la solde des militaires ne sont pas résolus, la démilitarisation des villes de Butembo et de Beni peut servir à répandre le mal dans les campagnes et à parachever l’occupation militaire de la région.

Secundo : La Police pose déjà des problèmes dans les villes de Butembo et de Beni où elle est au service de riches. D’après un bubolais privilégié qui bénéficie du gardiennage de la Police Nationale Congolaise, la garde d’un policier lui coûte au moins 180 US$ par mois repartis comme suit : 100 US$ versés au bureau de la Police Urbaine et 80 US$ remis au policier comme salaire. Les riches qui n’entrent pas dans ce jeu seraient victimes de cas d’insécurité pour les obliger à demander leur protection au bureau urbain de la Police. Si cette accusation est prouvée, elle donnerait raison à ceux qui disent que certains actes de terrorisme dans nos villes et cités sont commandités par ceux-là mêmes qui ont la securité en charge, raison pour laquelle il est très rare qu’un malfrat soit arrêté par les services de securité. Il n’y a que la population qui souvent parvient à mettre la main sur un bandit. En d’autres termes, la police n’est pas idoine vis-à-vis de l’insécurité entretenue dans la région. 

Ainsi donc se séparer la police de l’armée dans le contexte d’indiscipline et d’insoumission évoqué dans l’introduction de cet article, serait une stratégie de répandre le mal qui ronge le Nord-Kivu depuis le début de l’agression rwando-burundo-ougandaise.

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Militaires et Civils participent à une réunion de sécurité à Oicha/Territoire de Beni au mois de septembre 2010

Tertio : Les autorités militaires provinciales ont demandé à la population de collaborer avec la Police pour la réussite de la sécurisation des villes de Beni et de Butembo. C’est tout ce que la population demande et fait depuis toujours sans y succès. De fois la population met la main sur des bandits qu’elle remet à la Police. Quelques temps après, on retrouve les mêmes bandits sur les rues de Beni et de Butembo. C’est ainsi qu’il faudrait que les associations de la Société Civile ainsi que les autorités urbaines se retrouvent autour d’une même table pour qu’elles signent un contrat, un protocole d’accord sur la nature de la collaboration entre police et civils en matière de securité telle que conçue par les autorités provinciales. Sans ce contrat, et sans protocole d’accord entre la police et la population civile en matière de sécurisation de la région, on ne peut sortir de l’auberge par un simple déclaration fut-elle des autorités militaires provinciales.  

Kakule Mathe 

Butembo 

©Beni-Lubero Online

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